23.05.22
12:06

L'ONU entame en Chine une visite en terrain miné

La Haute-Commissaire aux droits de l'Homme de l'ONU a entamé lundi une visite en Chine consacrée à la répression visant des minorités musulmanes du Xinjiang, au milieu de craintes que Pékin ne restreigne sa liberté de mouvement.

Après plusieurs années d'âpres négociations avec les autorités chinoises, Michelle Bachelet, l'ex-présidente chilienne âgée de 70 ans, devrait rester six jours dans le pays, jusqu'à samedi. Elle a parlé lundi en visioconférence avec les chefs de délégation d'environ 70 ambassades étrangères en Chine, ont indiqué à l'AFP des sources diplomatiques.  

Selon ces sources, Michelle Bachelet a assuré aux diplomates qu'elle avait négocié l'accès à des centres de détention et pourrait s'entretenir avec des militants locaux des droits de l'homme. Des responsables de l'ONU ferraillaient depuis 2018 avec Pékin afin d'obtenir un "accès libre et significatif" au Xinjiang. Cette région du nord-ouest de la Chine, longtemps frappée par des attentats sanglants, pour lesquels les autorités accusent des séparatistes et des islamistes ouïghours, fait l'objet depuis le milieu des années 2010 d'une surveillance drastique.

Des études occidentales accusent la Chine d'avoir interné au moins un million de Ouïghours et de membres d'autres minorités musulmanes dans des camps de rééducation et des prisons, voire d'imposer du travail forcé. Pékin dément ces accusations. La visite de Mme Bachelet est la première d'un Haut-Commissaire aux droits de l'Homme en Chine depuis 2005. Elle doit se rendre notamment à Urumqi, la capitale du Xinjiang, ainsi qu'à Kashgar, ville du sud de la région où la population ouïghoure est particulièrement importante. 

 

"Chorégraphiée" 

Michelle Bachelet rencontrera par ailleurs "un certain nombre de hauts fonctionnaires aux niveaux national et local", des "organisations de la société civile, des représentants du monde des affaires ainsi que des universitaires", a indiqué son cabinet. La responsable onusienne donnera également une conférence à l'Université de Canton (sud de la Chine).

Un séjour scruté de près, car beaucoup d'observateurs craignent que la Chine utilise cette visite pour se dédouaner des accusations dont elle fait l'objet. L'organisation de défense des droits de l'homme Chinese Human Rights Defenders (CHRD), basée à Washington, a ainsi estimé lundi dans une lettre ouverte à Mme Bachelet que sa visite serait "soigneusement gérée et chorégraphiée" par Pékin.

"Nous craignons (...) que vous n'ayez pas un accès libre aux victimes, aux témoins, aux membres indépendants de la société civile" et que "vos points de vue soient déformés par le gouvernement chinois", souligne l'ONG. Les Etats-Unis, qui accusent la Chine de perpétrer un "génocide" et critiquent Mme Bachelet pour son "silence persistant" face aux "atrocités" commises par Pékin, se sont dits la semaine dernière "préoccupés" par cette visite.

"Nous ne nous attendons pas à ce que la République populaire de Chine garantisse l'accès nécessaire pour mener une évaluation complète et sincère de la situation des droits humains au Xinjiang", a déclaré le porte-parole de la diplomatie américaine Ned Price.

 

Peur de représailles

Pour la plupart musulmans sunnites, les Ouïghours constituent le principal groupe ethnique du Xinjiang, peuplé de 26 millions d'habitants. Des études occidentales, fondées sur des interprétations de documents officiels, des témoignages de victimes présumées et des extrapolations statistiques, accusent Pékin d'avoir interné dans des "camps" au moins un million de personnes, d'effectuer des stérilisations "forcées" ou encore d'imposer du "travail forcé".

La Chine présente les camps comme des "centres de formation professionnelle" destinés à lutter contre l'extrémisme religieux et à former les habitants à un métier afin de développer l'emploi et la stabilité sociale. Pékin dit par ailleurs n'imposer aucune stérilisation, mais uniquement appliquer la politique de limitation des naissances à l'oeuvre dans l'ensemble du pays, et qui était peu mise en pratique auparavant dans la région.

Selon des universitaires et des Ouïghours basés à l'étranger, les autorités du Xinjiang semblent toutefois ces dernières années avoir abandonné les mesures de répression sévères pour se concentrer sur le développement économique. "Maintenant, il n'y a plus beaucoup de preuves visibles d'une répression", déclare à l'AFP Peter Irwin, de l'organisation Uyghur Human Rights Project.

La surveillance omniprésente de l'Etat et la peur de représailles pourraient empêcher les Ouïghours sur le terrain de parler librement à l'équipe onusienne, selon des organisations de défense des droits humains.

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