23.05.22
19:50

Accusé de viol, le ministre Abad se dit "innocent" et n'envisage pas de démissionner

Tout juste formé et déjà sous pression: le gouvernement français s'en est remis à la justice lundi pour "trancher" le cas d'un ministre accusé de viols, une affaire embarrassante pour le président Emmanuel Macron qui a promis la "tolérance zéro" en matière de violences faites aux femmes.

Le ministre Damien Abad, chargé des Solidarités, de l'Autonomie et des Personnes handicapées, est accusé par deux femmes de viols en 2010 et 2011, des allégations qu'il récuse.

"Je n'ai jamais violé une seule femme de ma vie", a-t-il déclaré lundi soir à la presse, disant "contester ces accusations d'agressions sexuelles avec une grande fermeté".

Le ministre, lui-même handicapé, a encore écarté toute idée de démission. "Un homme innocent doit-il démissionner ? Je crois pas".  

M. Abad est un transfuge de l'opposition de droite. Il était jusqu'à la semaine dernière le responsable des députés du parti Les Républicains à l'Assemblée nationale avant de démissionner et faire son entrée au gouvernement.

Deux plaintes pour viol ont déjà été classées mais la justice dit analyser un nouveau signalement.

Interrogée à l'issue d'une réunion du gouvernement lundi matin, la nouvelle porte-parole, Olivia Grégoire, a fait valoir la politique de "tolérance zéro pour les délinquants sexuels" du président Macron, mais laissé à la justice le soin de trancher cette affaire, malgré des appels à la démission venant de l'opposition de gauche.

Le gouvernement est "aux côtés de celles qui, suite à une agression ou un harcèlement, ont l'immense courage de parler", a-t-elle indiqué.

Mais la ligne du président est qu'il revient à la justice d'établir la "vérité" et "la justice est la seule à devoir et à pouvoir trancher", a ajouté la porte-parole.

Cette affaire éclabousse un exécutif nommé vendredi et qui doit se mettre en ordre de marche en vue des élections législatives des 12 et 19 juin.

Les accusations de violences et agressions sexuelles visant des personnalités politiques en France ont gagné en médiatisation ces dernières années. Et des personnalités de premier plan ont été contraintes de se retirer de la vie publique.

La nouvelle Première ministre Elisabeth Borne, qui s'est entretenue avec M. Abad dimanche soir selon la porte-parole, a déclaré n'avoir appris ces allégations que samedi dans un article du média en ligne Mediapart, qui a révélé l'affaire.

 

"Contexte inédit" 

Pour le premier conseil des ministres de son second quinquennat, M. Macron a appelé le gouvernement à s'engager dans une "action nouvelle sur le fond et la forme", à "l'aune de défis nouveaux".

"Le gouvernement que vous constituez est avant toute chose (...) un gouvernement pour agir", a-t-il lancé, pointant "un contexte inédit" avec la crise du Covid-19, "dont nous sortons à peine si tant est qu'elle soit totalement terminée", la guerre en Ukraine et des "défis inédits" pour la société française.

Le nouvel exécutif doit s'atteler "en urgence" à un ensemble de mesures destinées à "aider concrètement tous les Français à réduire leurs dépenses contraintes", a indiqué la porte-parole, au moment où les prix s'envolent et la croissance économique stagne.

Ce texte doit être adopté par le gouvernement avant les législatives, a-t-elle précisé.

Le gouvernement entre en action près d'un mois après la réélection du chef de l'Etat le 24 avril et à moins de trois semaines des législatives où M. Macron espère voir son parti Renaissance et ses alliés centristes rafler la majorité absolue dans la nouvelle Assemblée.

Selon un sondage publié lundi, la majorité présidentielle et une alliance de partis de gauche sous la houlette du leader de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon se trouvent au coude à coude devant le parti d'extrême droite RN, obtenant respectivement 28%, 27% et 21% des intentions de vote au premier tour.

Le sort du nouveau gouvernement est suspendu au résultat du scrutin, la moitié de ses membres dont la Première ministre étant candidats et devant le quitter s'ils sont battus, en vertu d'une consigne édictée par Emmanuel Macron en 2017.

Parmi les nouveaux visages, celui du ministre de l'Education, l'universitaire de père sénégalais et mère française, Pap Ndiaye, historien des minorités, était au centre des attentions. 

Seule véritable surprise du nouvel exécutif, sa nomination a suscité un tollé au sein de l'extrême droite qui l'accuse de "vouloir déconstruire le pays".

Ses détracteurs ont notamment critiqué des propos en 2017 dans le journal Le Monde, où il évoquait un "racisme structurel" en France.

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