21.05.22
07:05

Zéro Covid en Chine: l'atout devient handicap pour Xi Jinping

Des habitants de plus en plus exaspérés, des indicateurs économiques dans le rouge: l'inébranlable stratégie chinoise zéro Covid, succès sanitaire inlassablement célébré par les médias officiels, vire au handicap politique pour le président Xi Jinping.

Les multiples confinements, les quarantaines forcées, la réduction drastique des liaisons aériennes internationales, la non-délivrance de nouveaux passeports pour les ressortissants chinois sauf pour raisons jugées essentielles, les tests PCR incessants...

Si le zéro Covid a permis de limiter le bilan officiel du Covid-19 à quelques milliers de morts, une véritable performance pour un pays de 1,4 milliard d'habitants, cette politique pèse lourdement sur l'économie et le moral des Chinois.

Contrairement à un Occident quasi-paralysé par l'épidémie ces deux dernières années, la Chine avait déjà repris une vie quasi-normale depuis le printemps 2020.

La politique sanitaire était, depuis, louée en Chine comme un symbole du leadership avisé de Xi Jinping et de la supériorité du système chinois sur les démocraties libérales.

Fervent défenseur du zéro Covid, stratégie désormais très associée à sa personne, le dirigeant de 68 ans doit obtenir fin 2022 un troisième mandat à la tête du Parti communiste (PCC).

Mais l'actuelle vague d'Omicron en Chine met en lumière les effets néfastes de cette politique sanitaire, ce qui écorne par ricochet l'image du président.

Des centaines de personnes sont mortes du coronavirus ces dernières semaines à Shanghai, où la population, confinée depuis près de deux mois, est à bout. 

"Entêtée" 

L'économie, elle, tousse en raison des confinements imposés un peu partout dans le pays et qui empêchent nombre de Chinois de voyager, de consommer, voire de travailler. Sans compter la perturbation des chaînes d'approvisionnement.

La Chine a dévoilé lundi ses pires performances économiques depuis deux ans, avec une consommation au plus bas et un chômage proche du record absolu.

Ne pas assouplir le zéro Covid "risque désormais de faire apparaître la stratégie chinoise comme entêtée, peu créative et peu judicieuse", déclare à l'AFP Vivienne Shue, professeur à l'université d'Oxford.

Mais Xi Jinping a appelé à poursuivre cette politique de façon "indéfectible", disant vouloir placer la vie de ses compatriotes au-dessus des considérations économiques.

L'année 2022 est pour lui cruciale.

Lors du 20e Congrès du PCC qui doit se dérouler en automne, les principaux dirigeants communistes devraient lui accorder, sauf énorme surprise, un troisième mandat de cinq ans comme secrétaire général.

D'ici là, pour essayer d'éteindre les feux économiques, le Premier ministre Li Keqiang a tenté cette semaine de jouer les pompiers, appelant à un "sentiment d'urgence" chez les collectivités locales afin de lancer des mesures de soutien.

Mais au niveau de la grogne sociale, les responsables politiques locaux n'ont qu'une marge de manoeuvre limitée.

Le président, qui est déjà le dirigeant chinois le plus puissant depuis des décennies, est désormais si associé au zéro Covid qu'ils n'ont d'autre choix que d'appliquer avec zèle cette stratégie, selon des experts.

"Suicide politique" 

"Remettre en cause cette politique, ça voudrait dire le remettre en cause lui", estime Alfred Wu, professeur spécialiste de la Chine à l'Université nationale de Singapour.

Car le Covid-19 peut faire ou défaire des carrières.

Des personnalités politiques ont déjà été limogées pour n'avoir pas su enrayer des flambées épidémiques.

A Shanghai, ville la plus peuplée de Chine avec 25 millions d'habitants, la gestion parfois chaotique du confinement suscite ainsi des interrogations sur l'avenir du chef municipal du PCC, Li Qiang.

Cité comme futur Premier ministre potentiel, cet allié de Xi Jinping conserve toutefois "de bonnes chances" de rejoindre lors du Congrès le Comité permanent du bureau politique du PCC, le coeur du pouvoir chinois, estime le cabinet américain SinoInsider.

Xi Jinping est-il même contesté en interne?

"Difficile de savoir si les élites du Parti ont d'autres avis" que lui sur la situation sanitaire, juge Joseph Torigian, spécialiste des régimes autoritaires à l'Université américaine à Washington.

Et de toute façon, "la politique chinoise n'est pas un concours de popularité", critère qui n'est pas déterminant pour accéder au pouvoir, souligne-t-il.

A quelques mois du Congrès, renoncer au zéro Covid serait en tout cas pour Xi Jinping un risque considérable, selon SinoInsider: "Plus encore aujourd'hui qu'auparavant, ce serait un suicide politique".

Partager cet article

Partager cet article