21.05.22
14:21

Pourquoi le nouveau ministre français de l'Éducation nationale Pap Ndiaye fait tant réagir

De tous les "nouveaux" du gouvernement, Pap Ndiaye est celui dont la nomination, à la tête de l'Education nationale, suscite le plus de commentaires. Aux manettes d'un ministère notoirement explosif, l'historien doit aussi affronter un tir de barrage de l'opposition, notamment l'extrême-droite.

Son arrivée rue de Grenelle est la "dernière pierre de la déconstruction de notre pays, de ses valeurs et se son avenir", affirmait vendredi soir la dirigeante du Rassemblement national Marine Le Pen. Le président du parti, Jordan Bardella, le qualifie de "militant racialiste et anti-flics".

"Emmanuel Macron avait dit qu’il fallait déconstruire l’Histoire de France. Pap Ndiaye va s’en charger", a réagi l'autre candidat d'extrême droite à la présidentielle Eric Zemmour (Reconquête!).

Dès sa première prise de parole après l'annonce de son gouvernement, la Première ministre Elisabeth Borne est montée au créneau, vendredi au journal de 20H00 sur TF1.

"C'est parfaitement caricatural, ce qui ne m'étonne pas de la part des personnes que vous avez mentionnées", a-t-elle déclaré en référence aux propos de Marine Le Pen et Eric Zemmour. "Pap Ndiaye est un républicain très engagé, quelqu'un qui croit aux valeurs de la République et c'est bien évidemment ce qu'il va porter en tant que ministre de l'Education nationale", a-t-elle plaidé.

 

"Plus +cool+ que +woke+" 

La nomination rue de Grenelle de cet intellectuel, de mère française et de père sénégalais, est d'autant plus remarquée que sa personnalité paraît en rupture avec celle de son prédécesseur Jean-Michel Blanquer, longtemps considéré comme un maillon fort de la macronie avant que son étoile ne pâlisse ces derniers mois.

M. Ndiaye, 56 ans, spécialiste de l'Histoire des minorités, "est une personnalité extrêmement respectée, un très grand universitaire", a souligné Jean-Louis Bourlanges, député MoDem (centre) sur Franceinfo. "Mais nous passons quand même d'une culture politique exigeante en matière de laïcité à une culture politique très différente".

Le député de 75 ans ajoute être "très sensible au danger du wokisme, de la +cancel culture+". "Même si je crois qu'il faut accueillir les cultures nouvelles, je ne voudrais pas que les valeurs fondamentales de laïcité et la liberté de l’esprit ne soient pas défendues avec la même énergie", ajoute-t-il. "Passer d’un système à l’autre sans crier gare, ça nous interpelle".

Jean-Michel Blanquer se posait en fer de lance contre le "wokisme" et "l'islamo-gauchisme". Un combat très médiatique qui lui a valu des louanges (et pas seulement à droite) mais aussi l'exaspération d'une partie des enseignants. Ils jugeaient que leur ministre devait surtout s'efforcer de remédier aux inégalités du système scolaire français et revaloriser le métier de professeur.

En juin 2021, après sa nomination à la tête du Palais de la Porte Dorée (qui comprend le Musée de l'Histoire et de l'Immigration), Pap Ndiaye avait déclaré au Monde "partager la plupart des causes" des militants qualifiés de "woke", "comme le féminisme, la lutte pour la protection de l'environnement ou l'antiracisme". 

"Mais je n'approuve pas les discours moralisateurs ou sectaires de certains d'entre eux", ajoutait-il, disant se sentir "plus +cool+ que +woke+". "C'est sans doute une question de génération".

 

"Urgences réelles" 

Réputé partisan du consensus, la personnalité de ce novice en politique pourrait être un atout pour favoriser la réconciliation avec le monde enseignant, après des mois d'affrontement avec son prédécesseur. Ceux qui ont travaillé avec Pap Ndiaye louent sa capacité à pacifier et dénouer les polémiques.

Pour ses premiers mots sur le perron du ministère de l'Education, lors de la passation de pouvoir vendredi soir, le nouveau ministre a d'abord rendu hommage à "un collègue historien, Samuel Paty", assassiné en octobre 2020 par un jeune terroriste, et prôné "le dialogue avec toute la communauté éducative".

Car au-delà des polémiques, plusieurs chantiers de poids attendent le nouveau ministre. Parmi les plus urgents, la crise du recrutement des enseignants et la réintroduction des mathématiques dans le tronc commun au lycée.

Le principal syndicat d'enseignants du secondaire, le Snes-FSU, a déjà prévenu: "L'Education nationale ne se gouverne pas uniquement à coup de symboles" et "les urgences sont réelles, des réponses rapides sont attendues, notamment en matière salariale".

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