17.05.22
05:57

Irlande du Nord: Londres doit clarifier sa position

Le gouvernement britannique doit clarifier ses intentions mardi concernant l'Irlande du Nord, sur fond de tensions avec l'Union européenne concernant les contrôles post-Brexit qui ont provoqué une crise dans la province.

En raison de l'impasse politique en Irlande du Nord et des perturbations dans les échanges commerciaux entre la province et le reste du Royaume-Uni, Londres veut renégocier en profondeur le protocole nord-irlandais conclu avec l'Union européenne, qui se dit seulement prête à des aménagements.

Après avoir agité la menace d'actions unilatérales pour outrepasser l'accord, le gouvernement britannique doit exposer son "raisonnement" mardi, selon Downing Street, par la voix de sa cheffe de la diplomatie Liz Truss. Selon la presse britannique, cela pourrait prendre la forme d'un projet de loi permettant au gouvernement de suspendre unilatéralement certaines parties du protocole nord-irlandais en invoquant son article 16. Une adoption prendrait des semaines et ouvrirait la voie à une longue période de crise entre l'UE et Londres mais aussi en Irlande du Nord.

Pour l'UE, revenir sur ce traité signé en connaissance de cause reviendrait à violer le droit international, et le Royaume-Uni s'exposerait à de sévères représailles commerciales.

 

"Assurance"

Le Premier ministre britannique Boris Johnson a affirmé que le gouvernement ne voulait pas "supprimer" le protocole mais le "réparer". Il a déclaré qu'il "aimerait" que les tensions se résolvent "de manière consensuelle avec nos amis et partenaires" de l'UE mais a ajouté que le Royaume-Uni avait aussi besoin de "l'assurance" d'une "solution législative en même temps".

Le dirigeant conservateur s'exprimait lors d'une visite en Irlande du Nord lundi où il a tenté de convaincre les différentes formations politiques de trouver un compromis et de "retourner au travail". Car onze jours après la victoire historique des républicains du Sinn Fein lors d'élections locales, les institutions nord-irlandaises sont à l'arrêt. 

Les unionistes du DUP ont refusé de participer à l'exécutif local, pourtant censé être partagé en vertu de l'accord de paix de 1998 qui a mis fin à trois décennies de conflit sanglant connues sous le nom de "Troubles". Et ils ont bloqué l'Assemblée locale en refusant de désigner un nouveau candidat.

Viscéralement attachés à l'union avec la Grande-Bretagne, les unionistes entendent ainsi protester contre le protocole nord-irlandais, l'accord signé entre Londres et Bruxelles pour répondre à la délicate question de la frontière entre l'Irlande du Nord britannique et la République d'Irlande européenne après le Brexit. Ce texte crée une frontière douanière de fait avec la Grande-Bretagne et menace selon eux la place de la province au sein du Royaume-Uni.

Au coeur du bras de fer politique, le chef du parti unioniste DUP, Jeffrey Donaldson réclame des "actes" du gouvernement britannique pour régler les problèmes qui affectent l'économie nord-irlandaise et les relations avec la Grande Bretagne. "Je veux voir le gouvernement promulguer une loi qui apportera la solution dont nous avons besoin", a déclaré M. Donaldson lundi.

Les républicains du Sinn Fein s'opposent eux fermement à un projet de loi qui suspendrait certaines parties du protocole. "Nous lui avons dit directement qu'un projet de loi unilatéral à Westminster est mal", a dit lundi la présidente du Sinn Fein, Mary Lou McDonald après une rencontre qu'elle a qualifiée d' "assez difficile" avec Boris Johnson. Les institutions nord-irlandaises avaient déjà connu trois ans de paralysie, sur fond de scandale financier, avant qu'un accord ne permette le rétablissement de leur fonctionnement en janvier 2020.

Voisine de l'Irlande du Nord, la république d'Irlande, membre de l'UE, s'inquiète des conséquences d'une éventuelle décision unilatérale britannique. 

Après un appel téléphonique avec le président du conseil européen Charles Michel, le Premier ministre irlandais Micheál Martin a indiqué lundi que les deux hommes avaient "convenu que la seule façon de faire avancer le protocole passe par des pourparlers de fond entre l'UE et le Royaume-Uni". "Toute action unilatérale est préjudiciable et ne peut aider" a-t-il tweeté.

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