17.05.22
09:51

Avec la flambée des fusillades, les habitants de Chicago se tournent vers la sécurité privée

Effrayés par la vague de meurtres et de cambriolages violents que connaît Chicago, n'ayant plus confiance en la police, des associations d'habitants de la grande ville du nord des Etats-Unis se tournent vers des sociétés de sécurité privée.

L'Amérique vient de vivre un week-end sanglant. Deux fusillades ont endeuillé Buffalo et Los Angeles, et réveillé, une fois de plus, la peur des citoyens et le débat autour de l'accès aux armes à feu. Chicago, troisième ville du pays, peine à se défaire de sa réputation dangereuse. Elle subit une flambée des crimes violents, même dans les quartiers du nord, plus aisés et blancs, traditionnellement plus préservés.

Désormais, là-bas, des employés d'entreprises privées, souvent des policiers sur leur temps libre ou à la retraite, sillonnent les rues en voiture. Ils sont embauchés par des associations d'habitants prêts à piocher dans leur porte-monnaie pour assurer leur sécurité. Armés et équipés de gilets pare-balles, ces salariés ne sont pas censés se confronter aux potentiels criminels, mais leur présence rassure Patricia Horton, 44 ans, cliente d'une de ces sociétés et habitante du quartier de Lincoln Park.

Les entreprises de sécurité privée "ne peuvent qu'aider", même s'il est "vraiment triste que ce soit nécessaire", affirme-t-elle à l'AFP. "La criminalité est hors de contrôle, et la police est soit en sous-effectif, soit absente", regrette cette mère de deux enfants. "Je pense que, pour les gens qui se promènent dans le quartier, voir des voitures passer environ toutes les 20 minutes apportera un sentiment de sécurité", juge Jim Higgins, commerçant du quartier voisin de Wicker Park. Lui ne paye pas mais profite du dispositif, comme tous ceux situés dans une zone couverte par ces entreprises. Il se désole de voir "des car-jackings violents qui n'avaient jamais lieu avant".

 

"Pas une solution"

P4 Security Solutions, une entreprise qui travaille avec des associations de résidents dans plusieurs quartiers, dit se voir comme une paire d'yeux et d'oreilles supplémentaires. "Nous sommes une couche additionnelle, pas une solution", affirme son vice-président Paul Ohm. 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, ses employés surveillent des caméras placées à l'intérieur et à l'extérieur de voitures dans lesquelles patrouillent leurs collègues.

Pas question pour eux de pourchasser un suspect: leur rôle se borne à "appeler la police et donner autant d'informations que possible", rappelle Paul Ohm. Tout cela a un prix, généralement compris autour de 100 dollars par mois, ou 1.200 dollars par an.

Mais tous les voisins, qu'ils payent ou non, ont accès à un canal de discussion en ligne. Ils peuvent communiquer ensemble, ou avec P4, pour signaler un élément suspect, ou simplement prévenir que la porte d'un garage est restée ouverte par erreur. L'arrivée d'entreprises privées pour assurer la sécurité publique provoque néanmoins des craintes. L'organisation de défense des libertés ACLU est "inquiète" car "on ne sait pas quel type de formation ils ont", explique un porte-parole, citant le risque de discrimination.

La maire afro-américaine de Chicago, Lori Lightfoot, semble elle aussi sceptique. L'édile démocrate appelle les magasins à recruter davantage de personnel spécialisé dans la sécurité, mais ne voit pas les choses de la même façon concernant les zones résidentielles. Elle a été très critique en commentant le recrutement de sécurité privée par les habitants de Wicker Park. "J'ai besoin d'en savoir plus concernant leur plan et leur portée, mais patrouiller dans les rues, répondre à la criminalité, c'est le travail de la police de Chicago, et ils le font efficacement", a-t-elle plaidé. "C'est une pente glissante, et cela m'inquiète."

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