16.05.22
13:53

Ultimes préparatifs avant le top départ du 75e Festival de Cannes

Retrouvez chaque jour Déborah Laurent en direct du festival de Cannes dans la chronique "Tapis rouge"

Derniers préparatifs avant le déluge de films, de stars et de paillettes: à la veille de l'ouverture du 75e Festival de Cannes, la Croisette s'apprête à recevoir la planète cinéma et retrouve ses airs de fête.

Lundi matin, le Palais des festivals a ouvert ses portes, accueillant les journalistes au compte-gouttes. Des aficionados, équipés d'escabeaux, ont déjà pris place pour ne rien rater du défilé de stars. 

Sur les fameuses marches, pas encore recouvertes du tapis rouge, des policiers répétaient en uniforme la sécurisation de la soirée d'ouverture de mardi. Indifférents à l'agitation des manutentionnaires transportant des cartons dans le Village international, les touristes profitaient déjà du soleil et de la mer sur la plage.

"On arrive au bout, pour nous, après trois semaines de montage", se félicite José Will, chef de service exposition au palais des festivals, auprès de l'AFPTV. 

Pour cette édition anniversaire, plus de 35.000 cinéphiles et professionnels s'apprêtent à rallier la cité balnéaire de la Côte d'Azur. Dans une ambiance balançant entre stars, crème du cinéma d'auteur et échos de la guerre en Ukraine à travers plusieurs films sélectionnés.

 

Retour de Tom Cruise

Peu de professionnels russes sont attendus, le Festival ayant annoncé dès l'invasion de l'Ukraine qu'il n'accueillerait pas de "délégations" officielles ou de structures liées au gouvernement.

Et certains pays comme la Chine pourraient être moins présents que d'habitude, en raison de la situation sanitaire sur place. Mais à Cannes, la page de l'épidémie de Covid, qui a contraint à l'annulation en 2020 et à une édition en juillet l'an dernier, semble tournée: le Festival a retrouvé ses dates habituelles et il n'y aura ni masques obligatoires, ni pass sanitaire cette année.

Dès mardi soir, la fête et le 7e art retrouveront leurs droits, après l'arrivée du jury, présidé par l'acteur français Vincent Lindon, qui succède à Spike Lee.

L'une des premières stars internationales à monter les marches sera l'acteur Forest Whitaker ("Ghost dog", "Le dernier roi d'Ecosse"). Une Palme d'Or d'honneur lui sera remise lors de la cérémonie d'ouverture mardi soir, présentée par l'actrice Virginie Efira.

Beaucoup d'autres stars suivront: Kristen Stewart, qui montera les marches aux côtés de Léa Seydoux et Viggo Mortensen pour le dernier film de David Cronenberg, le prometteur Austin Butler et le vétéran Tom Hanks, qui interprètent Elvis et son manager dans un biopic événement, et bien sûr Tom Cruise, pour "Top Gun: Maverick".

Devant le Grand Hôtel, une vidéo du nouvel opus des aventures de Cruise en aviateur était d'ailleurs déjà diffusée dans un casque géant de pilote afin de promouvoir le film, présenté mercredi aux festivaliers.

Côté compétition, 21 films --et 5 réalisatrices-- sont en lice pour succéder à "Titane", Palme d'Or gore et sans concession de la Française Julia Ducournau, 2e réalisatrice couronnée dans l'histoire du Festival.

 

Film posthume

Parmi les cinéastes attendus, David Cronenberg ("Crash") promet une nouvelle fois de secouer le public avec "Les crimes du futur", Park Chan-wook ("Old boy") revient avec une enquête sulfureuse ("Decision to leave"), et James Gray présente "Armageddon Time", avec Anthony Hopkins et Anne Hathaway.

Plusieurs cinéastes déjà couronnés sont en lice, dont les frères Dardenne ("Rosetta") avec "Tori et Lokita", Ruben Östlund, le plus grinçant des cinéastes suédois ("The Square"), avec "Sans filtre", ou le Japonais Kore-eda ("Une Affaire de famille"), qui a cette fois tourné "Broker" avec la star sud-coréenne de "Parasite", Song Kang-ho. Ainsi que de jeunes talents prometteurs, comme Lukas Dhont ou Leonor Serraille, tous deux en compétition pour leur deuxième film.

Le Festival a aussi promis de ne pas oublier l'Ukraine et a ajouté la semaine dernière en sélection le film posthume du réalisateur lituanien Mantas Kvedaravičius, tué début avril à Marioupol. Sa fiancée qui l'accompagnait a pu rapporter les images tournées là-bas et les assembler.

La compétition ouvrira mercredi avec le dernier film de Kirill Serebrennikov, devenu symbole des artistes russes en rupture avec le régime depuis qu'il a pu rejoindre légalement l'Europe après le déclenchement de la guerre.

 

Les 21 films en compétition au 75e Festival de Cannes

De Park Chan-Wook à Claire Denis, de David Cronenberg à Jean-Pierre et Luc Dardenne, voici les 21 films en compétition pour la Palme d'Or lors du 75e Festival de Cannes, du 17 au 28 mai.

 

 "Les Crimes du futur" de David Cronenberg Le réalisateur de "Crash" (1996) n'a pas l'habitude d'épargner son public: à 79 ans, le Canadien devrait le prouver une fois de plus, avec ce film où il est question de transhumanisme et d'ablation d'organes avec Viggo Mortensen et Léa Seydoux.

 

"Holy Spider" ("Les nuits de Mashhad") d'Ali Abbasi Révélé à "Un Certain Regard" en 2018 avec "Border", le Danois d'origine iranienne suit une journaliste de Téhéran enquêtant sur une série de féminicides. Ces crimes seraient l'oeuvre d'un homme qui prétend purifier la ville de ses péchés.

 

"Triangle of Sadness" de Ruben Ostlund Le plus grinçant des réalisateurs suédois brigue une deuxième Palme d'Or, après "The Square" (2017), avec cette comédie satirique où il suit les passagers d'une croisière de luxe, échoués sur une île déserte et dirigés par un capitaine de navire marxiste.

 

- "Broker" ("Les bonnes étoiles") d'Hirokazu Kore-eda Après sa Palme d'Or pour "Une affaire de famille" (2018), le grand habitué de la Croisette a fait un pas de côté vers la Corée du Sud, embarquant la star de "Parasite", Song Kang-ho, pour une nouvelle histoire de familles, où il est question de boîtes à bébés.

 

- "Decision to leave" de Park Chan-Wook Il a marqué la Croisette avec l'ultra-violent "Old boy" (Grand prix 2004); le Coréen Park Chan-Wook devrait de nouveau intriguer avec un enquêteur devant élucider le meurtre d'un homme, avec pour principal suspect: la femme de la victime.

 

- "Showing up" de Kelly Reichardt Grande figure du cinéma indépendant, l'Américaine au cinéma minimaliste ("First Cow") retrouve une de ses actrices fétiches, Michelle Williams, pour un film sur le quotidien d'une artiste et la manière dont elle puise dans sa vie pour son inspiration.

 

- "Boy from Heaven" de Tarik Saleh Après le succès du "Caire confidentiel" (2017), le Suédois d'origine égyptienne Tarik Saleh renoue avec son acteur fétiche, Fares Fares, et filme une lutte de pouvoir entre les élites religieuse et politique du pays.

 

- "La femme de Tchaïkovski" de Kirill Serebrennikov L'enfant terrible de la scène russe, installé à Berlin après avoir quitté la Russie dans la foulée de l'invasion de l'Ukraine, est pour la troisième fois en compétition, avec un film historique autour de la vie privée du compositeur Tchaïkovski.

 

- "Les Amandiers" de Valeria Bruni Tedeschi L'actrice franco-italienne passée avec succès à la réalisation est l'une des cinq femmes briguant la Palme d'or. Son film sur l'école de théâtre des Amandiers, fondée par le metteur en scène français Patrice Chéreau en région parisienne, a pour toile de fond le sida qui fait rage.

 

- "Tori et Lokita" de Jean-Pierre et Luc Dardenne Les frères Dardenne, les plus célèbres représentants du cinéma social, déjà doublement palmés à Cannes, content cette fois l'amitié de deux adolescents africains exilés en Belgique et vivant dans des conditions précaires.

 

- "Armageddon Time" de James Gray Après "Ad Astra", le réalisateur américain est revenu sur Terre avec une chronique d'adolescence portée par Anne Hathaway et Anthony Hopkins et située en plein coeur du New York des années 1980, dans une école régie par le père de Donald Trump.

 

- "Nostalgia" de Mario Martone Pour ses premiers pas en compétition, le Napolitain Mario Martone rend hommage à sa ville à travers une adaptation dramatique du roman "Nostalgia" de l'écrivain et journaliste italien Ermanno Rea.

 

- "Stars at noon" de Claire Denis Récompensée en février pour "Avec amour et acharnement" à la Berlinale, la réalisatrice française Claire Denis revient avec un "film d'attente, d'ambiance, à la lisière du polar diplomatique" dixit le délégué général du Festival de Cannes Thierry Frémaux, tourné en Amérique centrale.

 

- "Close" de Lukas Dhont Son premier film "Girl" sur la transidentité lui avait valu la Caméra d'or en 2018. Avec "Close", le Belge Lukas Dhont traite d'amitié à travers deux adolescents qu'un drame sépare.

 

- "Frère et soeur" d'Arnaud Desplechin Dans la continuité de son "Conte de Noël" (2008), le réalisateur français Arnaud Desplechin filme un drame familial avec un frère et une soeur en conflit de longue date réunis par le décès de leurs parents. Avec Marion Cotillard et Melvil Poupaud.

 

- "RMN", de Cristian Mungiu Palme d'Or pour "4 mois, 3 semaines, 2 jours", drame sur l'avortement et la corruption, Cristian Mungiu continue d'ausculter les maux de la Roumanie avec un film, tourné dans un village de Transylvanie, évoquant l'effet des politiques européennes, les relations entre les communautés et le destin d'un pays.

 

- "Leila's Brothers" de Saeed Roustaee L'Iranien Saeed Roustaee a déjà impressionné avec son polar coup de poing, "La Loi de Téhéran", sur le trafic de drogue. Il arrive à Cannes avec "Leila's Brothers", sur une jeune femme dont la famille est criblée de dettes, qui tente de lancer une affaire familiale.

 

- "Hi-han" (EO), de Jerzy Skolimowski A 84 ans, ce grand nom du cinéma polonais, pilier de la Nouvelle vague dans ce pays dans les années 1960, rentré en Pologne après avoir vécu en Californie, raconte l'histoire d'un âne rejeté d'un cirque polonais vers une écurie de chevaux, avant d'être conduit dans les Alpes au gré de nombreuses péripéties.

 

- "Pacifiction - Tourment sur les Îles" d'Albert Serra L'Espagnol Albert Serra, qui avait filmé "La mort de Louis XIV" en 2016 avec Jean-Pierre Léaud dans le rôle du souverain agonisant, s'est installé à Tahiti pour cette histoire d'amour et d'écriture, avec Benoît Magimel en diplomate français.

 

- "Un petit frère" de Léonor Serraille Troisième Française en compétition, Léonor Serraille, remarquée en 2017 avec "Jeune fille", raconte l'histoire d'une famille issue de l'immigration, de la fin des années 1980 à nos jours en banlieue parisienne.

 

- "Les huit montagnes" ("Otto Montagne") de Charlotte Vandermeersch et Felix Van Groeningen L'actrice Charlotte Vandermeersch adapte, avec le réalisateur de "La merditude des choses" et "Alabama Monroe" le roman de l'Italien Paolo Cognetti, sur le lien d'amitié entre Pietro et Bruno, un garçon de la ville et un autre de la montagne.

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