06.05.22
12:35

Macron, DRH stratège ou général dans le brouillard?

Est-ce une habile manoeuvre dilatoire ? Ou un enchaînement de refus et tâtonnements ? En temporisant pour nommer son nouveau gouvernement, Emmanuel Macron entretient le suspense sur son calendrier sans qu'on sache s'il le maîtrise ou le subit.

Près de deux semaines après la réélection du chef de l'Etat français et à la veille de son investiture samedi, il n'y a toujours pas l'ombre d'un remaniement à l'horizon. Et l'incertitude devrait perdurer au moins encore quelques jours, puisqu'il est acquis que "le gouvernement Castex ira au bout du premier quinquennat d'Emmanuel Macron qui s'achève le 13 mai minuit", a indiqué le porte-parole Gabriel Attal.

Mutique sur ses plans, M. Macron n'a à se conformer à aucune échéance légale pour nommer ses ministres et peut en théorie tout à fait attendre l'issue des législatives des 12 et 19 juin pour se décider. Une hypothèse qui avait un temps couru, s'était dissipée, puis resurgit.

"Ce n'était pas la thèse du président, mais je m'aperçois que peu à peu il s'en approche", observe un de ses proches. Mais cette option nécessiterait un travail de conviction auprès de M. Castex, qui ne cache pas en privé son désir d'arrêter là et souligne le besoin d'un "nouvel élan" pour conduire la campagne des législatives.

En attendant, chacun guette avec une forme de fatalisme son téléphone, le président ayant indiqué en Conseil des ministres qu'il prendrait le soin d'appeler tous les membres du gouvernement. "De l'accompagnement psychologique", à destination "surtout de ceux qui sortent", souffle un ministre.

Mais M. Macron s'est plutôt consacré ces derniers jours aux investitures pour les législatives et ses obligations internationales. Et lundi, il est attendu à Strasbourg pour un discours au Parlement européen, dans le cadre de la journée de l'Europe, avant de se rendre à Berlin rencontrer le chancelier Olaf Scholz.

Certains voient dans la séquence une stratégie mûrement réfléchie, à l'image de ce ministre qui "pense que le président a en tête et son Premier ministre, et son gouvernement".

"Et pour tout le reste, il joue uniquement avec le calendrier", assure le même. "Il veut une campagne courte" pour les législatives, "peut-être pour profiter de l'effet de surprise" des nominations. M. Macron veut qu'"il y ait encore l'effet wahou du nouveau gouvernement, pour ne pas laisser les gens s'habituer", abonde un autre poids lourd du gouvernement.

 

"Jurisprudence TVA sociale"

Surtout, réduire l'intervalle entre les nominations et les scrutins permet de "ne pas laisser le temps aux nouveaux de dire des conneries", ajoute-t-il. Et celui-ci d'invoquer "la jurisprudence TVA sociale", taxe imprudemment évoquée par Jean-Louis Borloo au lendemain de la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007 et qui coûta de nombreux sièges aux législatives à la droite.

En 2017, Emmanuel Macron avait lui-même vu l'exécutif tanguer entre présidentielle et législatives, avec l'ouverture de procédures judiciaires contre plusieurs de ses ministres (Richard Ferrand, François Bayrou, Marielle de Sarnez, Sylvie Goulard), ce qui ne l'avait cependant pas empêché d'obtenir une large majorité.

Autre raison de temporiser pour M. Macron, la volonté de laisser retomber la poussière chez ses adversaires et d'engranger d'éventuels ralliements supplémentaires, pour l'heure bien maigres.

"Ce n'est pas l'issue prévue puisqu'on voit qu'un accord à gauche est en train de se faire: il ne faut pas donner le sentiment qu'on est à l'arrêt quand les autres bougent", grince un ministre.

L'image de maître des horloges de M. Macron est cependant écornée par les refus essuyés pour le poste à Matignon de la DG du groupe immobilier Nexity Valérie Bédague. Ou encore de la socialiste Valérie Rabault, comme elle l'a laissé entendre, même si à l'Elysée on assure que "le président n'a proposé le poste de Premier ministre à personne".

Alors que le nom de la ministre Elisabeth Borne avait circulé avec insistance, M. Macron semble encore chercher la perle rare pour remplir les critères qu'il s'est fixés: plutôt une femme, avec une fibre à la fois "sociale, environnementale et productive".

"S'il avait une solution évidente pour Matignon elle serait annoncée depuis déjà longtemps", commente un proche. Et d'enfoncer le clou face aux difficultés du casting: "son équation est très difficile et ça l'emmerde".

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