25.04.22
11:18

Macron à la recherche d'une majorité, les oppositions pour un "3e tour"

Quelle majorité pour Macron II? A peine réélu, le président affronte des vents contraires au moment de basculer dans la bataille des législatives, en interne comme face à des adversaires revanchards.

Cinquante jours pour une nouvelle campagne. Ce délai inédit entre la présidentielle et le premier tour des législatives, qui aura lieu le 12 juin, a des allures de course de fond mais les opposants en chef, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon l'ont débuté au sprint. C'est l'occasion d'un match retour face à un président dépeint comme élu par défaut, en faisant des législatives un "3e tour" et pourquoi pas en imposant une cohabitation. 

"L'esprit de revanche perdra contre l'esprit de raison", leur oppose Richard Ferrand, le président LREM sortant de l'Assemblée nationale. A voir. Dimanche, deux sondages montraient qu'une majorité de Français ne voulaient pas que les troupes de M. Macron remportent les législatives (63% selon OpinionWay et 56% selon Ipsos Sopra-Steria). Sur fond de recomposition du spectre politique, l'objectif pour le camp Macron est d'organiser une nouvelle majorité et de s'assurer de sa solidité alors que pointe à l'horizon la réforme inflammable des retraites.

Pour les partis historiques comme LR et le PS, l'ambition est de survivre et résister aux forces d'attraction du macronisme et d'une nouvelle union des droites ou trouver sa place au sein d'un bloc des gauches sous la houlette de M. Mélenchon. En 2017, sur fond d'abstention record (57,36%) et de dégagisme, Emmanuel Macron s'était retrouvé avec une majorité absolue avec à la clef des cohortes de néo-députés. Rebelote en 2022? "Les législatives vont être compliquées. Il n'y aura pas d'effet de souffle", pronostique un ex-ténor de la droite converti au macronisme. 

"On aura une majorité trop confortable", calcule à l'inverse un membre du gouvernement sortant. Au premier tour de la présidentielle 2022, Emmanuel Macron est arrivé en tête dans 255 circonscriptions, soit 24 de mieux qu'en 2017.

 

"À l'intérieur ou à l'extérieur?"

"Les reports de voix en faveur de la majorité seront probablement immédiats au premier tour avec peu de réserves au second tour", analyse une cadre LREM qui se remémore la fragilité de certaines victoires "En marche" dans une cinquantaine de circonscriptions en 2017.

Mais pour la majorité, le défi est aussi interne. En annonçant, au soir du premier tour, la création d'un "grand mouvement politique d'unité et d'action", Emmanuel Macron n'a pas donné de calendrier et a semé le trouble. Parti unique ou confédération pour une bannière commune aux législatives et après? Le choix relève de la stratégie politique mais aussi d'un enjeu financier pour les alliés d'En marche, au premier rang desquels le Modem de François Bayrou et Horizons de l'ex-Premier ministre Edouard Philippe.

Ce grand mouvement unitaire aux contours encore flous pourrait aussi aspirer de nouveaux transfuges. Fort d'un score inégalé au second tour de la présidentielle, le RN peut nourrir des espoirs. Mais attention aux lendemains qui déchantent. Il y a cinq ans, en ne glanant que huit sièges, les candidats RN et apparentés avaient été incapables de constituer un groupe parlementaire. 

Outre la démobilisation d'une partie de son électorat (jeunes, CSP-) encline à l'abstention, le RN devra également affronter la concurrence de Reconquête!, le parti d'Eric Zemmour susceptible de capter une frange du vote contestataire et qui propose un rassemblement du "bloc national". 

La démarche a reçu un accueil glacial du RN. C'est Marine Le Pen qui sera "la cheffe de la bataille des législatives", assure le député européen Jean-Lin Lacapelle. En réalisant un score de 67% dans son fief d'Hénin-Beaumont, elle peut viser une réélection facile dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais.

A gauche, la "nouvelle union populaire" a déjà enclenché la marche avant, avec l'objectif d'imposer une cohabitation et d'envoyer Jean-Luc Mélenchon à Matignon. Fort de ses 22% à la présidentielle, le chef de file LFI veut travailler de concert avec EELV, les communistes et le NPA. Un accord pourrait être trouvé d'ici la fin de la semaine avec un "programme partagé".

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