24.04.22
10:08

Liban: six morts dans le naufrage d'un bateau de migrants

Six migrants, dont une fillette, ont péri noyés dans le naufrage d'un bateau au large du Liban, où la marine tente toujours dimanche de retrouver des survivants après en avoir secouru une cinquantaine.

Les départs de bateaux transportant illégalement des migrants, syriens, libanais ou autres se sont multipliés depuis le Liban, pays plongé dans une crise économique sans précédent. Mais les naufrages meurtriers sont rares.

Le bateau est parti samedi de la région de Qalamoun au sud de Tripoli, la grande ville du nord du Liban, et transportait une soixantaine de personnes dont la nationalité n'a pas été précisée.

L'armée libanaise a repêché dimanche cinq corps de migrants noyés après que le corps d'une fillette a été récupéré samedi, ce qui porte à six le nombre total de morts, selon un bilan provisoire de l'agence nationale d'information (ANI). 

Jusqu'à présent, 48 personnes ont été secourues, d'après les derniers chiffres officiels.

Dans un communiqué, l'armée a indiqué que le bateau avait coulé juste après son départ de Qalamoun, en raison du trop grand nombre de personnes à bord.

Mais l'un des survivants a affirmé que l'embarcation avait coulé après avoir été prise en chasse par l'armée.

"La bateau de patrouille a percuté à deux reprises notre embarcation (...)", a-t-il dit à l'AFP au port, avant que des familles de survivants ne lui disent de se taire et l'emmènent plus loin.

"A cause des politiciens" 

En outre, un homme soupçonné d'être impliqué dans le transport des clandestins a été arrêté, a indiqué l'armée.

Samedi, le ministre des Travaux publics et des Transports, Ali Hamiyé, a affirmé qu'une soixantaine de migrants illégaux se trouvaient à bord du bateau. 

"La marine poursuit les recherches pour retrouver des survivants", a indiqué le directeur du port de Tripoli Ahmad Tamer.

L'armée a fermé le port, ne laissant entrer que les ambulances de la Croix-Rouge libanaise qui faisaient des allers-retours.

M. Hamiyé s'est rendu au port après l'accident et a déploré une "grande catastrophe".

Par ailleurs, des appels ont circulé sur les réseaux sociaux pour manifester dimanche contre la maison à Tripoli du Premier ministre libanais Najib Mikati.

Les proches de personnes qui se trouvaient à bord du bateau attendaient dimanche à l'extérieur du port dans l'espoir d'obtenir des nouvelles.

"C'est arrivé à cause des politiciens qui ont forcé les Libanais sans emploi à quitter le pays", a déclaré l'un d'eux à l'AFP.

"Condamnés à mourir" 

Le Liban, petit pays d'environ six millions d'habitants, est aux prises avec une grave crise financière: la monnaie a perdu plus de 90% de sa valeur et la majorité de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté. 

Une grande partie de la population, de même que des organisations internationales et des gouvernements étrangers imputent la responsabilité de cette crise à une classe politique libanaise inchangée depuis des décennies et accusée de corruption et d'incompétence.

Des élections législatives sont en principe prévues le 15 mai dans ce pays où le mouvement armé pro-iranien du Hezbollah exerce une grande influence.

"Mon neveu, qui a cinq enfants et une femme enceinte, essayait de fuir (...) la pauvreté", a confié un autre proche à l'entrée du port de Tripoli.

Deux cousins de Nissrine Merheb étaient à bord du bateau ainsi que leurs enfants.

"Les habitants de Tripoli sont condamnés à mourir", a-t-elle écrit sur Facebook. 

"Même quand on essaie d'échapper aux sales politiciens et à leur corruption (...) la mort nous rattrape."

Selon l'agence de l'ONU pour les réfugiés, au moins 1.570 personnes, dont 186 Libanais, ont quitté ou tenté de quitter illégalement le Liban par la mer entre janvier et novembre 2021. 

La plupart espéraient rejoindre l'île de Chypre, membre de l'Union européenne et située à quelque 175 kilomètres. Ce chiffre est en hausse par rapport aux 270 passagers, dont 40 Libanais, en 2019.

La plupart de ceux qui tentent de quitter le Liban par la mer sont des réfugiés syriens qui ont fui leur pays en guerre, mais les Libanais sont de plus en plus nombreux à rejoindre leurs rangs.

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