14.04.22
16:35

Afrique du Sud: les plus pauvres frappés de plein fouet par les inondations

Des grappes humaines ont afflué munies de seaux pour prendre de l'eau potable à même les canalisations percées: depuis quatre jours sans eau, ni électricité, les plus pauvres à Durban en Afrique du Sud manquent de tout après des inondations meutrières.

Au moins 306 personnes sont mortes dans les intempéries qui ont commencé le week-end dernier, la plupart dans la ville portuaire du Kwazulu-Natal (KZN). Un nombre important de personnes sont toujours portées disparues.  

Souvent installés sur des terrains non constructibles, les quartiers déshérités où s'entassent des habitations informelles faites de tôles ondulées ou de planches de bois, ont été durement frappés par les pluies, les plus fortes jamais vues depuis plus de 60 ans dans la région. 

Jeudi, un répit accordé par le ciel et le retour d'une chaleur subtropicale dans la province ouverte sur l'océan Indien ont été marqués par l'arrivée d'une odeur nauséabonde d'égouts. 

Thobele Sikhephen, 35 ans, tire sur sa cigarette. Debout, les chevilles enfoncées dans une mélasse brunâtre, il dit ne pas savoir comment "réparer tout ça". Sa maison en tôle est remplie de boue. Des sacs en plastique tiennent lieu de fenêtres. 

"Nous n'avons nulle part où dormir et rien pour manger", résume-t-il. Le réfrigérateur derrière lui ne fonctionne plus. Lorsque l'eau est montée, il a fui avec sa femme enceinte de six mois n'emportant que ce que leurs bras pouvaient porter -- pas grand-chose. 

"Personne" 

Le quartier est baptisé Mega Village. Il se situe près d'une rivière, un terrain inondable; la plupart l'ignoraient. Ceux qui s'étaient installés le plus près de la rive n'ont rien trouvé d'autre en rentrant que le lit du cours d'eau qui s'était élargi. 

Les pluies ont détruit des milliers de maisons, des écoles, emporté des tronçons de routes et des ponts. Les secours peinent à atteindre les zones comme ce township à cause des destructions. 

Debout au milieu de sacs de riz désormais immangeable, Petros Ndala, 59 ans, dit avoir tout perdu: "Je n'avais pris que mon permis de conduire et une pièce d'identité". 

Dans la désolation, quelques objets disséminés, un panier à linge, une chaussure, un pot en métal qui a miraculeusement gardé son couvercle. 

Une femme passe. Ses tongs sont aspirées par la boue à chaque pas. Elle finit par abandonner ses chaussures dans le sol détrempé. 

"Nous sommes livrés à nous-mêmes", lâche-t-elle. "Depuis que tout ça est arrivé, personne n'est venu voir si on s'en sortait".  

"Il n'y a personne ici qui puisse nous aider", renchérit Thobele Sikhephen. Il se souvient, en 2017 et 2019, lors de précédentes inondations, le gouvernement avait promis de les reloger. "Rien", dit-il. 

Un peu plus loin, certains essaient de poursuivre un quotidien qui semble pourtant avoir été balayé bien loin. Ils lavent du linge dans la rivière, faisant mine d'ignorer la couleur de l'eau boueuse.  

De la musique sort d'une des rares maisons restées debout. Des hommes et des femmes continuent à ramasser des vestiges de leur maison, une planche, un bout de métal. 

Partager cet article

Partager cet article

En lien avec l'article