10.04.22
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La nécessité d'une réforme de l'ONU relancée à l'aune de l'invasion russe de l'Ukraine

Serpent de mer depuis 30 ans, le débat sur une réforme de l'ONU et singulièrement de son Conseil de sécurité, qui ne représente pas le monde d'aujourd'hui et s'est révélé incapable d'empêcher l'invasion de l'Ukraine par la Russie, rebondit avec acuité

"Ni les Nations unies, ni le Conseil de sécurité n'ont fonctionné. Des réformes sont requises", a réclamé fin mars le président ukrainien Volodymyr Zelensky au Parlement japonais. "Nous devons développer un nouvel outil préemptif qui puisse réellement arrêter les invasions", a-t-il plaidé, une supplique répétée dans plusieurs pays et encore le 5 avril devant le premier concerné: le Conseil de sécurité.

Censée garantir la paix et empêcher une troisième guerre mondiale, cette instance créée en 1945 conserve en socle un groupe de cinq pays membres permanents dotés d'un droit de veto - Etats-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni et France - qui leur permet de s'auto-protéger et de garder la main sur les affaires du monde.

Depuis 2011, Moscou l'a utilisé une quinzaine de fois pour la Syrie. Il lui garantit de ne pas être écarté du Conseil de sécurité, la Charte de l'ONU ne prévoyant une exclusion par l'Assemblée générale d'un membre que sur... recommandation de cette instance (article 6). 

De leur côté, les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont envahi en 2003 l'Irak sans aval de l'ONU et sans conséquences sur leur position au Conseil de sécurité.   

Outre le droit de veto et l'absence de représentativité de la communauté internationale parmi ses membres permanents - sans Afrique ni Amérique latine -, le fonctionnement du Conseil dépend d'un monopole exercé dans de nombreux dossiers par Washington, Londres ou Paris.

Parmi les 15 membres du Conseil de sécurité, le partage des rôles est inégal, juge un ambassadeur d'un des dix pays membres non permanents. Ces derniers, élus pour deux ans chacun, "se voient confier les tâches bureaucratiques de président des Comités des sanctions" et "nous ne pensons pas que ce soit une répartition équitable du travail", indique-t-il sous couvert de l'anonymat.

Au final, le Conseil de sécurité est dénoncé pour sa paralysie récurrente, le secrétaire général de l'Organisation, Antonio Guterres, critique une gouvernance mondiale dévoyée, et les Nations unies sont pointées du doigt globalement et sans demi-mesure.

 

"Cholestérol"

En réalité, "l'ONU c'est comme le cholestérol", tempère Bertrand Badie, spécialiste à Paris des relations internationales. "Il y a le bon", avec notamment l'aide humanitaire dispensée sur la planète et qui sauve des vies, et "il y a le mauvais, avec le Conseil de sécurité".

"La critique est intense" mais il faut "se demander où nous en serions si nous n'avions rien de tout" ce qui compose l'Organisation, abonde l'ambassadeur.

Toute réforme du Conseil de sécurité passera par son élargissement, pour les permanents comme pour les non permanents. Mais l'identité des nouveaux comme le sujet du droit de veto continuent de provoquer des "positions très polarisées".

L'utilisation de ce droit "doit être un peu plus disciplinée", poursuit le même ambassadeur. Le veto ne devrait pas avoir vocation "à bloquer des progrès" mais à "forcer les cinq membres permanents à s'asseoir et à trouver une solution acceptable" aux problèmes. 

Lors d'une réunion informelle vendredi sur la réforme de l'ONU incluant les cinq membres permanents du Conseil, le veto a une nouvelle fois été mis en question. Plusieurs idées parfois anciennes co-existent dont une proposition franco-mexicaine de limiter l'utilisation du droit de veto en cas de "crimes de masse" et celle du Liechtenstein d'obliger tout pays y recourant à s'expliquer devant l'Assemblée générale.

Jeudi, le président sud-africain Cyril Ramaphosa, dont le pays pourrait rejoindre un jour les membres permanents du Conseil de sécurité, a jugé cette dernière instance "dépassée".

"L'ensemble de l'architecture de paix et de sécurité de l'ONU a besoin d'être révisé", a-t-il estimé, appelant à "démocratiser" le Conseil de sécurité pour "infléchir les actions unilatérales" des membres permanents actuels afin de "remodeler le jeu politique mondial".

Parmi les autres prétendants à un siège permanent figurent l'Inde, le Japon, le Brésil ou l'Allemagne.

Selon plusieurs experts cependant, tant que les cinq membres permanents n'accepteront pas une perte de pouvoir, aucune réforme du Conseil de sécurité ne verra le jour.

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