08.04.22
12:18

Routes de campagne: plongée dans la "French Tech"

Pour cette dernière étape des Routes de Campagne, nos envoyés spéciaux, Pol Loncin et Brieuc Beckers font étape à Grenoble. Après les Gilets Jaunes en Moselle comme première étape, ils terminent leur périple par une rencontre avec "la France qui gagne" sous le quinquennat Macron : la Start-up Nation.

 

Le 15 juin 2017, Emmanuel Macron, est au salon VivaTech, à Paris. L’ancien Ministre de l’Economie de François Hollande, fraîchement élu Président de la République, annonce vouloir transformer la France en « Start-Up Nation ». Autrement dit, « une Nation qui travaille pour et avec les start-ups, mais aussi une nation qui pense et bouge avec l’agilité de ces jeunes entreprises en hyper-croissance ».

 

Le Label French Tech

Pour réussir son paris, le jeune Président veut s’appuyer sur un label développé par deux de ses prédécesseurs : la French Tech. Cette marque, lancée en 2013 par Fleur Pellerin (Ministre de l’économie avant Emmanuel Macron) sous le quinquennat Hollande, veut rassembler le mouvement des start-ups françaises. « Toute jeune entreprise qui innove dans les technologies peut porter le coq de la FrenchTech comme un porte drapeau » explique Emilie Rondet, déléguée générale de la FrenchTech Grenoble « mais c’est aussi un programme qui aide l’entreprise depuis le moment où elle est en train de se créer jusqu’au moment où elle a une forte croissance ». Elle se tient au milieu de l’espace de coworking du Totem, un bâtiment au cœur de la capitale des Alpes censé rassembler les acteurs de cet écosystème en pleine expansion. On y retrouve un campus de formation aux métiers du numérique, des espaces de travail partagés et des start-ups en incubation.

 

A Grenoble, c’est 475 start-ups en 2021 avec 6200 emplois directs à la clé. Une belle performance qui en fait, selon Le Figaro, la deuxième ville française la plus attractive pour lancer une Sart-Up, juste derrière Paris. « On remarque une dynamique très positive ces dernières années, continue Emilie Rondet, « on a eu un milliard de levées ces deux dernières années. C’est surtout porté par des startups industrielles, elles ont besoin de beaucoup de capitaux pour se développer, contrairement à des entreprises qui développent du logiciel. ».

 

Quand la Start-Up Nation se transforme en industrie

C’est l’une des spécificités de Grenoble. Si l’image des startups est parfois associée aux applications mobiles et aux sites de vente en ligne, ici, la rencontre entre les pôles de l’industrie, des universités et de la recherche permet la naissance de ces startups plus industrielles. Nous nous rendons sur le chantier de l’une d’elles. En 18 mois, l’entreprise Verkor est passée de 6 fondateurs à 100 employés. Plus de 100 000 millions d’euros ont été levés. Et 1500 emplois sont annoncés avec deux usines en construction. Une GigaFactory à Dunkerque et le Verkor Innovation Center, ici, au cœur de Grenoble. L’objectif de l’entreprise en hyper-croissance est de ramener la production de batterie automobile en France alors que le secteur est en pleine expansion. « Le gap entre l’offre et la demande s’agrandit chaque jour, explique Sylvain Paineau, l’un des cofondateurs. Tous les grands acteurs automobiles ont annoncés un virage avec un catalogue 100% électrique d’ici 2030. Dans ces industries très lourdes, c’est déjà aujourd’hui. »

 

L’ambition du groupe, qui travaille déjà avec le constructeur Renault pour fournir sa gamme Alpine, est énorme. L’entreprise veut se développer vite et bien, avec de nombreux chantiers menés en parallèle pour optimiser le temps nécessaire à la mise en place des ces unités de production. Si ses fondateurs sont fiers de revendiquer une expertise forte de plus de 19 nationalités différentes « et 600 ans d’expertise cumulée » selon Sylvain Paineau, cela montre aussi que ce savoir faire est encore trop peu présent dans l’Hexagone. C’est l’un des plafonds de verre auquel se heurte la French Tech. Il y a trop peu de talents pour soutenir les ambitions des groupes qui veulent se développer. Ce sont alors ces mêmes groupes qui doivent pallier à ce manque. « On est en train de développer une école de la batterie, ici à Grenoble, explique Gilles Moreau, autre cofondateur de Verkor. On veut densifier ces compétences locales française pour accéder à des talents pour nos différentes usines ».

 

L’enclos à licornes s’agrandit

A en croire le Président-Candidat Macron, le développement de la French Tech est une réussite. 11,6 milliards d’euros ont été levés en 2021, soit une progression de 115 % par rapport à 2020. L’hexagone compte aujourd’hui 27.000 de ces jeunes pousses, contre 9.400 en 2016. 1.000.000 d’emplois ont été créés. Autre chiffre qui fait la fierté du candidat de La République en Marche, plus de 25 licornes françaises. Les licornes, ce sont ces entreprises de technologie non cotées en bourse et valorisées à plus d’un milliard de dollars. En 2019, le Président en voulait 25 d’ici 2025, un objectif dépassé avec trois ans d’avance, début 2022.

 

Un bilan à relativiser

Mais tout cela est a relativiser. Le développement des ces licornes bénéficie d’une conjoncture très favorable à travers le monde. Au niveau européen, la France n’est pas encore leader, et reste loin derrière ses voisins allemands et britanniques. Emmanuel Macron récolte aussi les fruits semés avant son arrivée. Les start-ups les plus fructueuses ont été créées il y a plus de cinq ans. Et ça, c’est pour celles qui sont restées en France. Le manque de fonds d’investissements français force les joyaux français à se tourner vers des capitaux étrangers pour accompagner leur développement.

 

Enfin, le manque de mixité de genre est criant. Seulement 6% de femmes cofondatrices parmi les 123 entreprises françaises de la tech en hyper-croissance. Même constat pour la diversité sociale. « il y a encore beaucoup de gens qui sont issus des grandes écoles, de milieux sociaux aisés. On souhaite faciliter l’accès pour les personnes qui ont plus de difficultés à se lancer, parce qu’elles n’ont pas le soutien familial ou les reins financiers suffisamment solides pour ce lancer dans ce type de parcours » explique Romain Gentil, président de la FrenchTech Grenoble.

 

Après cinq ans de Présidence Macron, le paris de la communication est réussi. La FrenchTech est connue et reconnue à l’international. Mais sur le terrain, les acteurs (souvent bénévoles) pointent un manque de moyens, qui empêche parfois de mener de vrais projets de développement au-delà des entrepreneurs talentueux et de leurs idées brillantes. Il reste encore beaucoup de travail et d’investissements pour démocratiser la startup nation et pour que cette étiquette devienne une réalité sur le terrain.

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