03.04.22
08:07

Les Serbes votent dimanche à l'ombre de la guerre en Europe

Les Serbes votent dimanche à des élections où le président populiste Aleksandar Vucic cherche à prolonger une décennie de règne en se présentant comme le garant de la stabilité dans l'ombre de la guerre en Ukraine.

Les électeurs désignent leur chef de l'Etat, leurs 250 députés ainsi que plusieurs conseils municipaux. Les 8.255 bureaux de vote seront ouverts de 05H00 à 18H00 GMT.

Selon les derniers sondages, le Parti serbe du progrès (SNS, centre-droit) d'Aleksandar Vucic devrait confirmer sa mainmise sur le parlement, tandis que le président lui-même est en pole position pour un second mandat.

"Personnellement, je vois un progrès stable et j'ai voté en accord avec cette opinion", a déclaré à l'AFP Milovan Krstic, 52 ans, employé dans l'administration.

L'invasion de l'Ukraine par la Russie fin février a changé le cours de la campagne qui aurait dû, selon les commentateurs, se concentrer sur l'environnement, la corruption et les droits.

Mais Aleksandar Vucic, accusé d'autoritarisme par ses contempteurs, s'est emparé de la guerre à son avantage. Dans un pays subissant comme ailleurs la pandémie du coronavirus, il souffle sur les craintes d'instabilité et se présente comme le seul capitaine capable de barrer le navire par temps d'orage. Il a fait campagne sous le slogan "Paix. Stabilité. Vucic".

"Ces crises ont secoué des économies beaucoup plus fortes que la nôtre mais nous sommes complètement stables, nous faisons face avec succès aux défis", a-t-il lancé dans une tribune, promettant aussi un salaire moyen à 1.000 euros, contre 600 actuellement.

"Peur et incertitude"

Dans le pays des Balkans considéré jadis comme un paria, les souvenir des guerres qui ont consacré la désintégration sanglante de l'ex-Yougoslavie et des sanctions économiques ayant durement frappé la classe moyenne restent vivaces.

Par gros temps, les gens préfèrent un leader qui leur promet de la stabilité plutôt que risquer le changement, explique à l'AFP Zoran Stojiljkovic, professeur de sciences politiques à Belgrade: "Les grandes crises, au moins à court terme, favorisent toujours ceux qui sont déjà au pouvoir. Elles génèrent de l'incertitude, de la peur et l'espoir que le système garantira au moins la sécurité de base".

Jana Grulovic, 43 ans, traductrice espère néanmoins des changements. "Je croix qu'à Belgrade l'opposition à une chance de bouleverser le pouvoir de Vucic", a-telle dit à l'AFP. 

Il y a seulement quelques mois, l'opposition semblait avoir réussi une percée dans le pays de moins de sept millions d'habitants. 

En janvier, Aleksandar Vucic a annulé un projet controversé de mine de lithium qui avait précipité des dizaines de milliers de protestataires dans la rue, revirement rarement vu durant sa décennie aux commandes, d'abord comme Premier ministre adjoint, ensuite comme Premier ministre puis comme président.

Les derniers sondages prédisent qu'il franchira la barre des 50% dès dimanche, mais l'opposition espère néanmoins qu'un fort taux de participation déclenchera un second tour. 

Selon les enquêtes d'opinion, le principal rival d'Aleksandar Vucic serait le général à la retraite Zdravko Ponos, candidat surprise présenté par le camp pro-européen de l'opposition.

Prorusses 

"Il ne s'agit pas de savoir si l'opposition aura quelques sièges de plus mais si la Serbie existera en temps que pays démocratique et européen si (Vucic) reste au pouvoir encore cinq ans", déclare-t-il à l'AFP.

Mais pour les analystes, l'opposition n'a guère de chance de le détrôner ou de bouleverser la composition du parlement sortant, acquis quasi entièrement à une coalition pro-Vucic.

La Serbie, où de nombreux habitants soutiennent la guerre du Kremlin, fait figure d'ovni en Europe.

Certains partis d'opposition partagent ces vues prorusses. Ceux qui ne les partagent pas n'osent pas ouvrir la bouche de peur de déplaire aux électeurs pro-Moscou.

Aleksandar Vucic se présente aux élections armé d'autres avantages. Durant son long  règne, il a resserré son emprise sur tous les niveaux du pouvoir, y compris un contrôle de facto des institutions et de la quasi-totalité des médias. 

Dans les mois précédant la campagne, le président a également distribué des aides financières, faisant dire à ses critiques qu'il cherchait à "acheter" des voix. 

Des résultats non officiels sont attendus dans la soirée.

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