02.04.22
13:04

Irak: les exportations de pétrole en mars battent un record vieux de 50 ans

L'Irak, dont l'or noir est la première source de revenus, a battu un record vieux d'un demi-siècle en mars en exportant pour 11,07 milliards de dollars de pétrole, dans un contexte de hausse des prix tirés vers le haut notamment par la guerre en Ukraine.

Deuxième pays exportateur de l'Opep, l'Irak a exporté "100.563.999 barils pour des ventes s'établissant à 11,07 milliards de dollars (10,02 milliards d'euros), soit le revenu le plus élevé jamais réalisé depuis 1972", juste avant le premier choc pétrolier de 1973, a expliqué le ministère dans un communiqué, ajoutant que le pays avait produit en moyenne 3,244 millions de brut par jour en mars.

Il s'agit de données préliminaires, "mais les chiffres définitifs ne varient généralement pas ou peu", a indiqué samedi à l'AFP un responsable du ministère qui a requis l'anonymat.

En février, les recettes pétrolières avaient déjà atteint un plus haut en huit ans, à 8,5 milliards de dollars (7,7 milliards d'euros) avec des exportations quotidiennes de 3,3 millions de barils de pétrole. L'Irak dispose d'immenses réserves d'hydrocarbures et tire 90% de ses revenus de la vente de pétrole.

Dans le contexte de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, les prix de l'énergie ont tendance à grimper, tandis que les pays producteurs de pétrole limitent leur offre. La Russie est le deuxième plus gros exportateur de pétrole au monde, derrière l'Arabie saoudite.

Jeudi, les 13 membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), menés par Ryad, et leurs dix alliés conduits par Moscou (Opep+), ont convenu "d'ajuster à la hausse la production totale mensuelle de 432.000 barils par jour pour le mois de mai", ignorant ainsi les appels à alléger la pression sur les prix induite par la guerre en Ukraine.

Le président américain, Joe Biden, a dans le même temps ordonné de puiser un million de barils par jour dans les réserves stratégiques de pétrole et ce pendant six mois, une initiative "sans précédent" dans l'histoire américaine pour tenter de juguler la flambée des prix à la pompe.

Vendredi, le prix du baril se situait autour de 100 dollars.

"Double tranchant"

Le prix du baril et les revenus du pétrole sont des données cruciales pour le gouvernement irakien dans la préparation du budget, dans un pays de 41 millions d'habitants frappé par des difficultés économiques et qui attend toujours de grands projets d'infrastructures après des décennies de guerre.

L'Irak vit aussi au quotidien une grave crise énergétique. Il importe près du tiers de sa consommation de gaz et d'électricité de l'Iran, son voisin et allié, qui coupe ou réduit régulièrement ses livraisons, aggravant des délestages déjà quotidiens.

Pour Yesar Al-Maleki, analyste au Middle East Economic Survey (MEES), cette "manne due aux revenus du pétrole a des effets globalement positifs pour l'Irak, mais c'est est aussi une arme à double tranchant". 

"Elle pourrait atténuer les efforts entrepris par le gouvernement pour mettre en place les réformes économiques requises pour diversifier ses sources de revenus au-delà du seul pétrole", juge-t-il.

En outre, une bonne partie des Irakiens sont passablement excédés que ces revenus supplémentaires ne leur bénéficient pas au quotidien, dans un pays où près de 30% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, selon l'ONU.

"Cette aubaine financière, poursuit M. Maleki, va pousser certains responsables politiques et les Irakiens à exiger une augmentation des salaires dans la fonction publique".

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