31.03.22
15:10

"Quels que soient les plans de Poutine, l’Ukraine ne sera jamais sienne"

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'est adressé en visioconférence au parlement fédéral belge. Il a notamment évoqué la bataille d'Ypres et les "diamants russes" (voir la vidéo du discours ici). "

"Vous plaidez depuis le début de cette guerre pour que l'OTAN impose une zone d'exclusion aérienne. Mais disons-le sans détour : cela signifierait abattre des avions russes et enclencher ainsi une escalade qui pourrait faire basculer toute l'Europe. Il y aurait encore plus de victimes, la guerre s’étendrait et nous éloignerait d’autant plus d’une solution", a notamment répondu le Premier ministre Alexander De Croo. "Néanmoins, nous sommes appelés à choisir un camp. La Belgique l’a fait et elle continuera à le faire. Nous maintiendrons notre soutien à l'Ukraine."

 

La réponse du Premier ministre Alexander De Croo au discours du président ukrainien Zelensky:

Monsieur le Président, Vous nous avez remerciés d’aider les réfugiés ukrainiens, d’accueillir et héberger ces femmes et des enfants qui fuient les bombes de Poutine.

Mais c'est nous qui devrions vous remercier, remercier le peuple ukrainien pour le combat qu'il mène. La lutte que vous conduisez n'est pas seulement une lutte pour la survie de l'Ukraine, c'est aussi un combat pour la pérennité de nos valeurs communes de liberté et de démocratie. Nous entendons votre message.

Et je comprends votre frustration. Vous plaidez depuis le début de cette guerre pour que l'OTAN impose une zone d'exclusion aérienne. Mais disons-le sans détour : cela signifierait abattre des avions russes et enclencher ainsi une escalade qui pourrait faire basculer toute l'Europe. Il y aurait encore plus de victimes, la guerre s’étendrait et nous éloignerait d’autant plus d’une solution.

L’OTAN n’est pas partie prenante à ce conflit. Et elle ne doit pas le devenir. Je sais que ce n’est pas la réponse que vous avez envie d’entendre mais je pense que vous comprenez cet argument.

Néanmoins, nous sommes appelés à choisir un camp. La Belgique l’a fait et elle continuera à le faire. Nous maintiendrons notre soutien à l'Ukraine. Un soutien politique, en infligeant des coûts économiques élevés à la Russie. Un soutien diplomatique, en isolant ce pays. Un soutien militaire et humanitaire, en accueillant les personnes qui fuient les missiles et les bombes russes. Nous sommes à vos côtés et le resterons. Dès le début, la Belgique a plaidé avec détermination pour des sanctions très sévères. On le voit, ces sanctions sont efficaces et, ne nous y trompons pas, elles dureront encore longtemps.

Nous continuerons aussi à travailler avec nos alliés du monde entier pour bloquer toute esquive et veiller à une stricte application des sanctions. Tout comme nous continuerons à apporter notre soutien humanitaire et militaire. À l'heure où nous parlons, une nouvelle aide de la Belgique s’achemine vers l’Ukraine. Lors du dernier sommet de l'OTAN et du dernier Conseil européen, vous avez sollicité un soutien militaire supplémentaire. Sachez que l'armée belge a commandé de nouvelles armes pour l'Ukraine. Et nous maintiendrons ce soutien aussi longtemps qu’il le faudra, aussi longtemps que votre pays sera pris pour cible.

Monsieur le Président, La Belgique est à vos côtés, aux côtés des Ukrainiens, car vous faites partie du peuple européen. Nous sommes une seule et même famille européenne !

Vous partagez avec nous les mêmes valeurs de liberté et de démocratie. Nous sommes liés aussi par la société ouverte et le progrès humain que nous défendons. L’Europe commettrait une terrible erreur si elle faisait attendre l’Ukraine jusqu’au processus formel d’adhésion à l’UE. L'adhésion est un processus long et exigeant, à juste titre. Nous devons donc mettre en place une solution plus rapide et plus directe. Une intégration économique accélérée de l'Ukraine et de l'Europe. Pour commercer, pour investir, pour grandir ensemble.

Nous devons aussi donner le droit aux Ukrainiens de devenir pleinement des Européens et de participer à des programmes comme Erasmus.

Souvenez-vous d’ailleurs, Volodymyr, lorsque nous nous sommes rencontrés à Bruxelles : vous ne vouliez pas discuter de la guerre imminente. Vous vouliez parler économie et investissements. Car Vladimir Poutine veut aussi anéantir votre puissance économique. Votre tempérament de battant. Votre créativité. Nous ne pouvons pas le laisser faire.

 

C’est la raison pour laquelle l'Europe sera à l'avant-garde de la reconstruction de l'Ukraine. Avec un plan Marshall européen pour l'Ukraine. Mais pour cela, il faut que cette barbarie cesse au plus vite... et c'est possible. Les pourparlers de paix actuels nous le prouvent.

Face à l’opacité et à l’ambiguïté de la Russie, vous offrez au monde entier votre honnêteté, votre sincérité et une réelle détermination à mettre fin à cette guerre illégale et injuste. Quels que soient les plans de Poutine, l’Ukraine ne sera jamais sienne.

Volodymyr, Monsieur le Président, Trouver les mots justes dans des circonstances aussi dramatiques n’est pas chose aisée. Mais sachez que tous les Belges admirent votre courage et votre sang-froid. Nous saluons la bravoure du peuple ukrainien. Et surtout, nous admirons votre dignité face à tant d'inhumanité.

L'Ukraine vaincra et la liberté finira par l’emporter. Gardez la foi ! Slava Ukrainii (Gloire à l’Ukraine)! Heroyam Slava (Gloire aux héros)

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