29.03.22
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Juan Orlando Hernandez, ex-président du Honduras, dans le même sac que les trafiquants de drogue qu'il disait poursuivre

Juan Orlando Hernandez s'est présenté pendant ses huit années à la présidence du Honduras comme un champion de la lutte contre les trafiquants de drogue mais il finit dans le même sac

La justice de son pays a définitivement accepté lundi de l'extrader aux Etats-Unis, où il est poursuivi pour l'importation de plus de 500 tonnes de cocaïne.

La Cour suprême de justice a confirmé la décision d'un juge de première instance, déboutant l'ancien chef de l'Etat (2014-2022) de son ultime recours.

Celui que ses compatriotes surnomment "JOH", en référence à ses initiales, avait été élu pour un premier mandat de quatre ans en 2014. Il était alors devenu à 45 ans le président le plus jeune du Honduras, un des pays les plus pauvres d'Amérique centrale, et le plus violent du monde hors zone de guerre, avec un taux annuel de près de 80 meurtres pour 100.000 habitants. 

"JOH" s'est vanté pendant son mandat d'avoir divisé par deux ce taux d'homicides en combattant les bandes criminelles, les sinistres "maras", et en extradant vers les Etats-Unis plus d'une vingtaine de narcotrafiquants, tandis qu'une douzaine étaient contraints de se livrer à la justice américaine.

Cependant, lors du procès en 2021 à New York de son frère cadet Antonio "Tony" Hernandez condamné à la perpétuité, un procureur a affirmé que le président du Honduras, en échange de sa protection, avait reçu des millions de dollars de narcotrafiquants, dont le célèbre criminel mexicain Joaquin "El Chapo" Guzman.

"Je suis innocent, je suis victime d'une vengeance et d'un complot", a écrit JOH dans une lettre manuscrite rédigée en prison, destinée aux membres de la CSJ avant leur décision définitive.

 

Lycée militaire

Juan Orlando Hernandez est né le 28 octobre 1968 dans une famille de la classe moyenne rurale de l'ouest du pays. Il y a détenu des entreprises agricoles, un hôtel, une radio et une chaîne de télévision.

Physique athlétique, cheveux poivre et sel et large sourire, il revendique une pratique sportive quotidienne. Il a fait ses classes dans un lycée militaire, d'où il est sorti sous-lieutenant de réserve dans l'infanterie.

Diplômé de droit au Honduras, "JOH" a aussi obtenu à New York en 1995 un master en administration publique. Il s'est marié avec une avocate, avec qui il a eu quatre enfants.

En 1998, il a fait son entrée en politique en étant élu député.

En 2009, il soutient le coup d'Etat politico-militaire contre le président Manuel Zelaya, le mari de l'actuelle présidente de gauche, et il est élu à la présidence du Parlement. 

Il obtient ensuite l'investiture du Parti National (PN, conservateur) pour les élections présidentielles de 2013.

Depuis son fauteuil de président du Parlement, il favorise l'élection de quatre des cinq magistrats de la Cour constitutionnelle, celle-là même qui approuvera sa candidature pour un second mandat, au mépris de la Loi fondamentale.

Sa réélection, entachée de fraude, sera contestée par d'importantes manifestations populaires, durement réprimées.

Peu avant, toujours à la présidence du Parlement, il fut l'instigateur de la création de la Police Militaire d'Ordre Public (PMOP), forte de 5.000 éléments issus de l'armée, et considérée par ses opposants comme sa garde prétorienne.

Une fois à la présidence de la République, Juan Orlando Hernandez avait aussi lancé des programmes sociaux de distribution de nourriture et de logements aux plus pauvres, destinés, selon ses adversaires, à acheter votes et soutien.

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