23.03.22
16:19

"La vitesse a une image trop positive en Belgique, certains excès ne sont jamais punis"

Le drame de Strépy-Bracquegnies met au jour des lacunes dans la répression des infractions routières dans notre pays, où certains excès "ne sont jamais punis", selon Benoît Godart, porte-parole de l'institut Vias, chargé des campagnes de sécurité routière. La vitesse jouit chez nous d'"une image encore trop positive", selon lui, et un automobiliste peut trop facilement enchaîner les excès "faute d'un système efficace pour le punir".

 

Quel constat tirez-vous de ce drame à Strépy?

"On est clairement dans un cas où la vitesse a tué (elle est en cause pour un accident mortel sur trois en Belgique, ndlr), c'est un chauffard accro à la vitesse qui a tué et ça n'a rien à voir avec la sécurité des processions ou leur place sur la chaussée. Un piéton heurté par une voiture à 90 km/h n'a aucune chance de survie, alors qu'à 50 --la limitation en agglomération qui n'a pas été respectée tôt dimanche à Strépy -- il y a quand même des possibilités, les distances d'arrêt ne sont pas les mêmes.

En Belgique, le nombre de tués sur la route a diminué (484 en 2021 contre 619 en 2019), mais pas celui des accidents corporels. Et au premier semestre 2021 il y a eu en moyenne 108 procès-verbaux chaque jour pour un gros excès de vitesse --un dépassement de limitation de plus de 40 km/h--, du jamais vu depuis 2015".

 

Peut-on parler d'un phénomène belge? On roule plus vite en Belgique qu'ailleurs en Europe?

"C'est vrai que si on regarde les moyennes européennes de l'enquête Esra (menée entre 2018 et 2020 dans 24 pays d'Europe), on voit qu'ici on est un peu plus tolérants pour les excès de vitesse. Il y a par exemple 68% de Belges qui disent outrepasser régulièrement les limitations sur autoroute là où la moyenne européenne est à 62%, et 62% les dépassent en agglomération pour une moyenne à 56%.

En outre, il est possible en Belgique en cas de petits excès --un dépassement n'excédant pas 30 km/h en agglomération et 40 sur autoroute-- d'enchaîner les amendes sans jamais être inquiétés par la justice. Il n'y pas de permis à points (qui existe en France ou en Allemagne) et il manque un système pour tirer la sonnette d'alarme et dire voilà Monsieur après dix excès de vitesse en trois-quatre ans, maintenant c'est le tribunal. Il n'y a pas de lien effectif entre la base de données des infractions et celle des conducteurs, ce qui revient à tolérer ces excès qui ne sont finalement jamais punis".

 

Le gouvernement promet d'installer d'ici l'été le parquet national de la sécurité routière avec 48 magistrats dédiés. Permettra-t-il de mieux lutter contre les délits?

"L'objectif de ce nouveau parquet est d'harmoniser les poursuites à travers le pays et d'éliminer les quotas ou les marges de tolérance qu'appliquent certains parquets parce qu'ils sont débordés et ne peuvent absorber le flot de PV. Aujourd'hui vous pouvez par exemple vous faire flasher à 140 km/h sur l'autoroute à Courtrai alors que ça ne sera pas le cas à Liège à la même vitesse, parce que certains parquets fonctionnent par quotas. Ce deux poids-deux mesures, ça ne va pas!"

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