22.03.22
15:23

Paolo F. "a honte et demande qu'on accepte ses explications: c'est un accident, il n'a jamais voulu cela"

Deux jours après le drame de Strépy-Bracquegnies, le parquet de Mons a communiqué ce mardi des premières informations concernant les chefs d'inculpation qui pèsent sur le conducteur et son passager. Interrogé tard hier soir, le conducteur, Paolo F., a été inculpé d'homicide et de coups et blessures involontaires. "Un soulagement", pour son avocat Me Discepoli. "C'est ce que nous avions soutenu et j'en remercie la juge d'instruction. Elle a pris son temps pour avoir un maximum d'éléments permettant de qualifier justement les faits. Tout simplement parce qu'elle estime que le caractère volontaire ne peut évidemment pas être retenu à charge de mon client."

"Celui ci ne ne pourrait pas admettre qu'on dise vous avez volontairement foncé dans des gens en sachant que vous alliez les tuer, et que vous avez accepté le principe de les tuer. C'est intolérable dans son chef d'entendre ça. Donc, il a expliqué avec ses mots et ses souvenirs tout ce qui s'était produit.," explique-t-il au micro de Romuald La Morté. "On a vraiment la preuve d'un freinage. A partir du moment où vous freinez, on ne voit pas pourquoi vous voudriez tuer des gens, si par définition vous freinez au départ."

 

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"Il ne sait pas où il est, il se demande qui sont ces gens"


Si certains riverains disent qu'à un moment, il a également redémarré, "on a l'impression quand on dit ça, qu'il freine et puis, qu'à un moment donné, il remet les gaz à fond pour partir. Ce n'est pas du tout ça", répond l'avocat.

"Au moment de l'impact, il faut bien se rendre compte qu'il est quand même à une vitesse excessive par rapport à la configuration des lieux. Il percute des gens qui se retrouvent immédiatement dans son habitacle. Il ne sait pas où il est, il sait qu'il est à Strépy, mais il se demande qui sont ces gens. Il n'a même pas l'idée qu'il puisse s'agir d'une festivité carnavalesque. Sa vue est obstruée parce qu'il est blessé. Il a du sang au niveau du visage. Son pare-brise est fissuré. Il ne voit pas grand chose mais il entend des hurlements, des cris. On tape sur son véhicule et à partir de là, il se dit il faut que je me dégage de là. Et donc il avance son véhicule en se disant les gens vont s'écarter. Et en faisant attention, évidemment, de ne pas les écraser. En gros, c'est la raison pour laquelle, effectivement, il a redémarré. Mais dans une toute autre optique, qui n'était évidemment pas celle ni d'écraser, ni même d'imaginer qu'il pourrait écraser."

"Il y a une chose extrêmement importante qu'on doit savoir, c'est que cette rue, est une rue qui qu'il empruntait toute les nuits puisqu'il travaille la nuit. C'est une rue rectiligne, il la connaît par cœur. Ce qui veut dire que pour lui, c'est un lieu dans lequel il ne se passe rien. Il ne peut pas y avoir quelqu'un au milieu de la route, en pleine nuit. Il était donc inattentif. Et, il le reconnaît, il est à une vitesse excessive."

"Le rapport d'expertise de la voiture sera fondamental, même si d'ores et déjà, des éléments semblent apparaître de manière technique qui accréditent le fait qu'effectivement, il avait bel et bien freiné."

 

Passager endormi ou non?

Le passager, Antonino F., a confirmé qu'il dormait au moment des faits, version contredite par son cousin. Il a été inculpé de non-assistance à personnes en danger. Il a été remis en liberté conditionnelle. "Il n'y a absolument aucune contradiction", selon l'avocat de Paolo F.  "Mon client a bien reconnu qu'il discutait avec son convoyeur qui, à 5 h du matin, somnolait parfois, était réveillé à d'autres moments, et était dans un demi-sommeil. Et donc il lui parlait, il essayait parfois de le réveiller, ou bien l'autre lui répondait. Que le convoyeur n'ait pas entendu ce que lui disait mon client, c'est une chose. De là à ce que mon client mente en disant que son convoyeur était réveillé et qu'il arrivait à lui parler, c'en est une autre. Il parlait à quelqu'un qui était somnolent.":

 

Sa mère avant les services de secours

Par rapport à l'appel des services de secours, l'avocat du chauffard précise qu'il "a tenté de les appeler mais après avoir appelé sa mère. Il a d'abord appelé sa maman parce qu'il savait très bien que la police allait arriver, qu'il allait être embarqué, qu'il n'aurait plus l'occasion de pouvoir prendre contact avec elle. Et elle allait s'inquiéter parce qu'ils avaient une relation assez fusionnelle. Chaque fois qu'il rentrait un peu tard, elle s'inquiétait et il voulait l'appeler pour lui dire que, malheureusement, il allait probablement être embarqué par la police."

 

"Chaque heure qui passe, il sort d'un cauchemar"

Concernant l'état d'esprit de son client, "d'abord, il pense aux victimes," explique Me Discepoli. "A l'heure où on se parle, l'identité même des victimes apparaît pour lui petit à petit, parce qu'il n'a pas eu accès au dossier de la procédure et n'a pas accès à l'extérieur pour l'instant. Et il pense aux victimes, parmi lesquelles il peut y avoir des amis ou même de la famille. Donc il pense d'abord à elles. Et puis, malheureusement, chaque heure qui passe, il sort d'un cauchemar mais il se rend compte de l'ampleur des faits dans lesquels il est impliqué. Il a honte et il demande à ce qu'on accepte, si pas ses excuses, à tout le moins ses explications. Qui sont les suivantes: c'est un accident. Il n'a jamais voulu ce qui est arrivé. Certainement pas voulu tuer des gens qui auraient pu être ses proches."
 

"Depuis qu'il est en prison, il se rend beaucoup plus compte de ce qu'il a fait. Il était absolument confiné avec des policiers et ne pouvait pas avoir de contact avec l'extérieur. C'est au fur et à mesure où il peut avoir des contacts, notamment avec le juge d'instruction, avec moi, où on lui dit ce qui est dans le dossier et comment les choses se produisent à l'extérieur. Et effectivement, il est de plus en plus mal évidemment, parce qu'il apprend le nombre de décès, il apprend le nombre de victimes et et même lui, il n'arrive pas à comprendre ce qui s'est passé, même s'il reconnaît tout à fait sa responsabilité. A partir du moment où il dit j'ai été imprudent, j'ai roulé trop vite, je n'ai pas regardé, pour moi, c'est évidemment un aveu total de ce que, dans le cadre de cet accident, il est arrivé par un défaut de prévoyance et de précaution, reconnu totalement par mon client."

 

À l'heure actuelle, le bilan est de six morts et de dix blessés  graves.

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