11.03.22
09:28

La menace cyber russe toujours pas mise à exécution

Les Occidentaux s'attendaient, avant même le déclenchement de la guerre, à une avalanche de cyber-attaques russes contre l'Ukraine, voire contre eux-mêmes, mais la réalité reste à ce jour très en deçà des prévisions. La Russie, reconnue comme l'une des grandes puissances mondiales de la cyber-offensive, a institutionnalisé l'usage de l'arme cyber depuis des années, le plus souvent via des groupes criminels. Selon les besoins et la stratégie du moment, elle leur assigne des tâches prioritaires ou, à minima, ferme les yeux sur leurs activités dont elle peut ensuite se démarquer entièrement et nier toute responsabilité.

Attaquer un système bancaire, couper le réseau électrique ou l'alimentation en eau, éteindre les réseaux de communication sont à la portée de Moscou. Comme les plus classiques attaques informatiques sur des institutions ou entreprises, paralysie des sites internet, extorsion de fonds ou vol de données relevant de l'espionnage.

Mais les autorités russes n'ont semble-t-il pas déclenché le "feu numérique" qui était attendu. Ni contre l'Ukraine, ni contre les Occidentaux. "Le contexte stratégique est essentiel dans le déploiement d'opérations cyber et la stratégie d'invasion de l'Ukraine a indéniablement restreint le menu des options cyber" de la Russie, résume l'expert Jason Blessing sur le site de l'American Entreprise Institute (AEI). "Si vous voulez installer un gouvernement fantoche, la dernière chose que vous voulez est de détruire les infrastructures majeures", ajoute-t-il. Ce type d'attaque est par ailleurs long et complexe à mettre en place. "L'effort n'en vaut pas la peine si vous tablez sur une victoire rapide".

 

Nuisance

Or, il ne semble pas faire de doute que Vladimir Poutine espérait prendre Kiev, et le reste de l'Ukraine, plus facilement. C'était sans compter sur la résistance acharnée des Ukrainiens et sur les faiblesses structurelles de l'armée russe.

Mais même si l'opération militaire s'avère plus complexe que prévu, la mise sous contrôle russe de l'Ukraine, quelles qu'en soient les modalités politiques, demeure probablement l'objectif de Moscou. Dans un pays, qui plus est, dont la majorité des infrastructures sont de confection russe (ou soviétique) et que Moscou maîtrise donc parfaitement.   "Quand vous voulez prendre une maison, vous n'y mettez pas le feu", abonde Jim Lewis, du Centre des études stratégiques internationales (CSIS) à Washington. "Mais cela pourrait changer maintenant que les choses se passent si mal".

La force de frappe russe peut aussi se tourner contre les Occidentaux. Il y a une semaine, la société privée Mandiant anticipait des actions cyber "pour obtenir des informations sur l'application des sanctions internationales" après le début du conflit. "Dans le cas d'action de destruction ou de perturbation (...), les organisations gouvernementales, financières, énergétiques, les services, le transport et la logistique font face à des risques élevés", estimait-elle, désignant nommément plusieurs groupes criminels russes connus pour leurs capacités de nuisance.

Mais là aussi, le cyber-Armageddon n'est peut-être pas pour demain. Car précisément, une cyber-attaque contre des cibles majeures serait considérée comme un acte de guerre. 

 

Niveau de nuisance "très élevé"

Une attaque qui viserait à couper l'électricité de la ville de Marseille ou à priver Dallas de gaz constituerait une agression entrant potentiellement dans le cadre de l'article 5 de l'Otan, selon lequel l'organisation intervient en cas d'agression d'un de ses membres.

D'autres opérations cyber plus réduites, plus complexes à attribuer, figurent en revanche en bonne place dans la boîte à outils des autorités russes. "La Russie va certainement nous punir pour ce qu'elle croit que nous avons fait. Cela se poursuivra dans la durée mais restera au stade des nuisances, plutôt que de la destruction", explique à l'AFP David Stupples, professeur d'ingénierie électronique à la City University de Londres.  "Ce sera un niveau de nuisance très élevé".  

En attendant, les Occidentaux se préparent à contrer la menace et tentent d'aider les Ukrainiens. "Les États-Unis ont par exemple dépêché des soldats du US Cyber Command en Europe de l'Est pour aider les Ukrainiens", relève Alexis Rapin, de l'Université du Québec à Montréal.  "Il semble par exemple qu'ils épient attentivement les hackers du renseignement russe, pour prévenir les Ukrainiens des cyberattaques qui se préparent". 

Partager cet article

Partager cet article