25.02.22
07:08

Blé, gaz, hydrocarbures, les prix grimpent déjà…

L’ordre mondial a changé. L’armée russe n’est plus en haillons. La Chine est une puissance technologique capable de vendre à la Russie ce que nous prévoyons de ne plus lui vendre.

Donc, de réduire à néant les sanctions que nous voudrions bien dicter à l’encontre de la Russie. Depuis l’annexion de la Crimée en 2014, les embargos successifs nous ont pénalisé en Europe.

Après l’effondrement des bourses européennes, après la flambée du prix du gaz et du pétrole, c’est aux tours du blé et du maïs d’atteindre des sommets jamais vus. 

L’Ukraine est le cinquième exportateur mondial de blé, le quatrième de maïs. A cause des bombardements d’hier, le port d’Odessa est inopérant. Celui de Marioupol également, ça complique les exportations via la mer noire…

Il y a la France, première puissance agricole de l’Union européenne, la France dispose de stocks de céréales importants.

Les réserves françaises et américaines pourraient pallier en partie la baisse des exportations ukrainiennes. Mais c’est un blé plus cher.

La crise aura donc plus un impact sur les cours mondiaux que sur notre propre approvisionnement. Pas de pénurie donc, mais des hausses de prix rapides.

Dans le détail, le prix du blé a grimpé hier jusqu’à un pic inédit. La tonne de blé s’est tradée à 344 euros. Il a ensuite légèrement dégonflé, tout en se maintenant à un niveau très élevé, autour de 330 euros la tonne. Même ce tassement-là bat le dernier record qui s’élevait à 313 euros la tonne. Ce pic s’ajoute donc à un cours des céréales très hauts depuis cet été à cause de la reprise économique post-covid.

Le cours du Colza s’envole également, en fait, tout le grain, toutes les huiles s’envolent. Les cours du colza progressent très nettement dans le sillage des autres huiles. L'huile de palme était également en plein boom hier.

La Russie et l'Ukraine sont les deux premiers pays producteurs de tournesol au monde. L'Ukraine à elle seule exporte plus de 50 % des huiles de tournesol dans le monde. Et ça non plus, elle ne peut plus le livrer ce matin.

Après l’invasion russe de la Crimée en 2014 les prix avaient augmenté de 20 % sur les marchés. Il avait fallu quatre à cinq mois pour qu’ils refluent. Mais à cette époque, les combats s’étaient essentiellement cantonnés au Donbass, qui n’est pas une grosse région agricole et la crise était restée centrée sur la Crimée.

Ce que l’on voit aujourd’hui est d’une tout autre ampleur puisque tout le pays est touché. 

L’énergie est également touchée. Tout ça va augmenter très rapidement. Les nombreuses entreprises de transformation du blé, de votre boulanger au gros producteur de pâtes alimentaires seront touchées. En fin de course, les prix vont grimper.

J’en veux pour preuve – d’ailleurs – qu’une réduction permanente de la TVA et une réforme des accises est à nouveau sur la table du gouvernement belge. 

Si l’on en croit la ministre fédérale d l'Énergie, Tinne Van der Straeten hier à la VRT lors de l'émission Villa Politica.

Je la cite "nous sommes confrontés à une crise des prix, et non à une crise de l'offre, en raison de l'invasion de l'Ukraine par la Russie."

Des propositions viennent donc d’arriver sur la table du gouvernement :

-une réduction permanente de la TVA sur le gaz et l'électricité à 6 %,

-une réforme des droits d'accises pour mieux accompagner l'évolution des prix

-une pérennisation du tarif social, permettant à un million de familles de bénéficier d'une réduction de 2.000 euros par an sur leur facture d'énergie.

C’est donc un manque à gagner évident pour l’État qui s’annonce, est-ce que le jeu des sanctions en vaut la chandelle ?

Les sanctions « massives » comme on dit n’auront que peu d’impact sur la Russie pour plein de raisons qu’on a déjà évoquées : la Russie s’est constitué des réserves, ce qu’elle ne sait pas produire (comme les produits tech). La Chine se fera un plaisir de le lui livrer.

La Russie pourra toujours se reporter sur la Chine également pour y transférer ses produits et les vendre à l’international après.

Avec plus de 4.000 kilomètres de frontière entre les deux pays, il y a de quoi réaliser des exportations facilement - ce qui annule les effets des sanctions occidentales. Point.

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