24.02.22
14:05

De Croo: "Si nous n’agissons pas, Poutine ne s’arrêtera pas à l’Ukraine"

"Ce qui est en jeu aujourd'hui n'est rien de moins que la paix et la sécurité en Europe"

Le Premier ministre Alexander De Croo a pris ce jeudi la parole à la Chambre après l'invasion de l'Ukraine par la Russie. 

 

Son discours:

Nous vivons aujourd'hui l'un des moments les plus sombres depuis la Seconde Guerre mondiale. Après la difficile construction de la paix dans les Balkans dans les années 1990, nous pensions que la paix en Europe était définitivement établie. Aujourd'hui, rien ne semble être plus éloigné de la vérité. Un conflit militaire sur le sol européen, aux frontières de l'Union européenne et du territoire de l'OTAN. Une agression russe sans précédent et inédite envers une Ukraine innocente.

Vladimir Poutine n'en est pas à ses débuts. Au cours des derniers mois et des dernières années, de nombreux citoyens russes courageux sont descendus dans la rue contre l'autocratie et la kleptocratie du président russe. Ils ont été brutalement battus, empoisonnés et assassinés.  Aujourd'hui, Poutine étend son agression à 45 millions d'Ukrainiens. Qu'ils parlent russe ou ukrainien lui importe peu. Ce qui dérange Poutine, c'est que les Ukrainiens sont des citoyens libres.  Cela le dérange que l'Ukraine soit un pays libre. Un pays qui fait ses propres choix. Et oui, un pays qui regarde vers l'Ouest. L'attaque de Poutine est donc une attaque contre la liberté.

 

Pour l'instant, l'agression de la Russie est uniquement dirigée vers l'Ukraine. Aucun élément ne confirme que la Russie vise également des pays de l'OTAN. Cependant, un certain nombre de pays européens se sentent menacés et ont donc invoqué aujourd'hui l'article 4 du traité de l'OTAN. L'article 4 stipule qu’en tant qu'alliance, nous nous consultons à chaque fois que des pays se sentent menacés dans leur intégrité territoriale, leur indépendance politique ou leur sécurité.

En vertu de l'article 4, les premières consultations ont eu lieu ce matin et demain, nous consulterons les chefs d'État et de gouvernement des trente pays de l'OTAN. Avec nos alliés, nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour intensifier la dissuasion et la défense. Mais nos actions seront toujours préventives, proportionnelles et non escalatoires.

Au niveau national, pendant ce temps, nous prenons les précautions nécessaires pour renforcer la protection de nos infrastructures critiques. Plus tard dans la journée, le Conseil européen se réunira aussi en session spéciale pour se prononcer sur des sanctions plus sévères à l'encontre de la Russie. Il s’agit du plus lourd paquet de sanctions de l'Histoire de l'Union. Le temps des sanctions graduelles est révolu. Si nous n’agissons pas, Poutine ne s’arrêtera pas une fois l’Ukraine sous son joug. Notre action vise à affaiblir le complexe industriel et militaire de la Russie.

 

Ces sanctions relèvent de plusieurs domaines. En premier lieu, le domaine financier. Nous devons isoler les banques et les entreprises d’État russes des marchés monétaires internationaux. Outre les banques et les entreprises, il faut ajouter des représentants de l'élite politique et économique à la liste des sanctions - des oligarques russes au club des kleptocrates entourant Poutine. L’ensemble de sanctions devra aussi se concentrer sur la technologie dont la Russie a besoin pour faire fonctionner son économie et assurer ses activités militaires.

 

Chers collègues, 
Soyons clairs : ces sanctions ne sont pas destinées à frapper le peuple russe, mais à accroître la pression sur le régime autocratique qui siège au Kremlin.  Ce qui est en jeu aujourd'hui n'est rien de moins que la paix et la sécurité en Europe.

Vladimir Poutine trouve la démocratie faible et les valeurs occidentales  sans valeur. Parce que - contrairement à lui - nous n'utilisons pas la violence physique. Nous ne risquons pas des vies humaines dans des guerres inutiles. Parce que nous rejetons sa "loi du plus fort" et préférons le dialogue politique aux missiles de croisière. 

Ce modèle d'agression et de guerre est répréhensible. C'est un modèle du passé. Construit sur des fondations faibles. Sur une société de méfiance et une économie où un petit groupe s'enrichit aux dépens de la population générale. Il s'agit d'un régime basé sur la restriction de la liberté. Notre démocratie peut sembler fragile, mais elle est beaucoup plus résiliente.  Précisément parce qu'elle est fondée sur le libre arbitre et la coopération volontaire. 

Nous ne franchirons le cap qu'en formant un bloc solide avec nos partenaires européens et nos alliés de l'OTAN. Nous devons nous tenir fermement à l'Ouest dans les jours et les mois à venir. Et nous devons utiliser cette unité pour mettre fin à la grande injustice dont est victime l'Ukraine. La seule façon de sortir de cette crise est l'arrêt immédiat de la violence.

Ce qui se passe aujourd'hui ne concerne pas seulement l'Ukraine. Il en va également de notre sécurité européenne. Il s'agit de notre Europe. Une Europe qui opte résolument pour l'ordre juridique international et une Europe qui a appris que la guerre ne produit que des perdants.

 

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