16.02.22
10:32

Le RN pousse au départ Nicolas Bay, tenté par Éric Zemmour

Le Rassemblement national a suspendu mardi de ses fonctions l'eurodéputé et membre dirigeant du parti d'extrême droite Nicolas Bay, le poussant au départ alors qu'il envisage de rejoindre Eric Zemmour, comme le sénateur Stéphane Ravier dimanche.

Nicolas Bay a été suspendu mardi de "toutes ses responsabilités" au sein du RN, qui l'accuse de "sabotage" pour avoir transmis des "éléments stratégiques et confidentiels" au rival de Marine Le Pen, ce que l'intéressé a aussitôt démenti.

"Nous avons eu confirmation que Nicolas Bay, profitant de sa présence dans les plus hautes instances de la campagne, transmet depuis des mois des éléments stratégiques et confidentiels à notre concurrent direct Eric Zemmour", a écrit le bureau exécutif (BE, direction) du RN dans un message aux cadres du mouvement transmis à l'AFP.

"Ceci a permis à plusieurs reprises le parasitage des événements de la campagne. Ce comportement parfaitement immoral s’analyse en un véritable sabotage", a ajouté la direction du parti.

Nicolas Bay a aussitôt réfuté sur Twitter l'accusation, jugée "grossière". "Ne participant à aucune instance de la direction de campagne, comment aurais-je pu connaître et transmettre de prétendues +informations stratégiques+ !?", interroge-t-il.

Quelques minutes auparavant l'élu, qui est aussi membre du bureau exécutif, avait réclamé dans un tweet une "explication franche" du parti sur les récents départs du mouvement vers Eric Zemmour. "La direction du RN ne peut pas continuer à ignorer la crise que nous traversons", avait-il écrit.

"Limace poisseuse" 

Marine Le Pen avait semblé anticiper cette décision en milieu de journée. En marge d'un déplacement dans l'Aisne, elle avait dénoncé de "véritables campagnes de sabotage en interne".

Sans nommer Nicolas Bay, la candidate d'extrême droite avait "demandé à ceux qui opèrent la stratégie de la limace de bien vouloir accélérer leurs départs (...) parce que la limace est lente mais aussi parce qu'elle est poisseuse".

Selon des sources proches de l'ancien secrétaire général du parti (2014-2017), l'élu envisage de rejoindre Eric Zemmour, qui effectue un déplacement samedi sur sa terre d'élection en Normandie, où M. Bay est conseiller régional.

Plusieurs élus du RN ont rejoint Eric Zemmour ces dernières semaines, à commencer par les eurodéputés Jérôme Rivière, Gilbert Collard et Maxette Pirbakas, suivis dimanche par le sénateur RN des Bouches-du-Rhône Stéphane Ravier, ainsi que plusieurs conseillers régionaux.

Le RN "fait semblant de chasser quelqu'un qui est (déjà) parti, pour sauver l'honneur", a réagi sur franceinfo Gilbert Collard, selon qui "il y aura encore" des ralliements.

Tous ont en commun d'être plus identitaires, plus conservateurs sur le plan sociétal et plus libéraux sur le plan économique que Marine Le Pen, et proches de l'ancienne députée Marion Maréchal, qui "penche" désormais pour Eric Zemmour.

"Combativité"

Stéphane Ravier avait reproché à Marine Le Pen son "manque de combativité" et le fait qu'elle soit "en permanence en train de composer, de reculer" sur l'immigration ou l'islam. Il avait aussi fustigé la "non gestion" du parti qui a pris "l'habitude" de "couper les têtes", autant de critiques qui avaient surgi au sein du mouvement après l'échec du RN aux élections régionales en juin 2021.

Alors que Nicolas Bay accompagnait la candidate pour une réunion de partis alliés à Madrid fin janvier, il avait refusé de dire s'il serait encore à ses côtés au premier tour, provoquant la colère de Marine Le Pen. Que "ceux qui veulent partir (du RN) partent, mais ils partent maintenant parce que ce qui est insupportable c'est la taqiya (la dissimulation, ndlr) qu'ils reprochent eux-mêmes aux islamistes", avait-elle lancé.

Nicolas Bay a entamé sa carrière politique sous l'égide, pendant près de 10 ans, de Bruno Mégret, l'ennemi juré des Le Pen père et fille.

Revenu en grâce en 2009, il a été porte-parole de la campagne de Marine Le Pen en 2012, et élu eurodéputé en 2014. Mais ses relations avec Marine Le Pen se sont détériorées depuis l'échec de la présidentielle de 2017, après laquelle il avait tenté sans succès à incarner la relève de Marion Maréchal, partie en juin, en même temps qu'une alternative au contesté Florian Philippot. 

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