15.02.22
06:47

L'Église catholique italienne face à la pression des victimes de violences sexuelles

"Maintenant ou jamais": neuf associations italiennes de victimes d'agressions sexuelles par des clercs au sein de l'Église catholique lancent une campagne pour faire pression sur le gouvernement et réclamer une enquête indépendante

Baptisée "Au-delà du grand silence" ("Oltre il grande silenzio"), cette campagne s'inscrit dans la lignée des récents rapports publiés en France et en Allemagne, tandis que de plus en plus de voix s'élèvent pour dénoncer le retard pris par la péninsule dans la lutte contre ces violences.

"Le gouvernement doit agir et profiter de l'élan créé par les enquêtes indépendantes menées ailleurs", déclare à l'AFP Francesco Zanardi, fondateur du réseau "L'Abus" (Rete L'Abuso, en italien), association de victimes qui a recensé, sur les 15 dernières années, plus de 300 prêtres mis en cause ou condamnés sur les 50.000 que compte la péninsule.

"Si l'Italie ne le fait pas maintenant, je crains qu'elle ne le fasse jamais", ajoute M. Zanardi, qui a été agressé par un prêtre lorsqu'il était adolescent.

A travers cette initiative portée sur les réseaux sociaux par le hashtag #ItalyChurchToo, les neuf associations, regroupées dans un consortium, entendent mettre la pression sur le gouvernement, dans un pays à majorité catholique, terre de la papauté où l'Eglise conserve une grande influence.

Pour Cristina Balestrini, qui a créé un groupe de soutien aux familles après l'agression de son fils par un prêtre, l'essentiel pour les victimes est "de s'assurer que cela ne se reproduise jamais". D'autant que toutes ne survivent pas, souligne-t-elle auprès de l'AFP: "Beaucoup se suicident et personne ne le sait".

Cette campagne intervient alors que le Vatican a été à nouveau amené à s'exprimer sur le sujet après la publication d'un rapport en Allemagne. Le 8 février, l'ancien pape Benoît XVI, accusé d'inaction lorsqu'il était archevêque de Munich, a ainsi demandé "pardon" aux victimes.

"Silence total" 

A 13 ans, Giada Vitale, qui jouait de l'orgue à Portocannone dans le Molise a été agressée pendant trois ans par le curé de sa paroisse. Ce dernier a été condamné en 2020, mais selon les associations de victimes, une telle décision de justice est rare alors que son cas est loin d'être isolé.

Un haut-conseiller du Vatican sur la lutte contre ces violences, le prêtre jésuite allemand Hans Zollner, a lui-même affirmé à l'AFP qu'une enquête est également "nécessaire" en Italie, où "il y a très probablement des prêtres qui ont commis des abus et qui continuent de vivre sans être inquiétés".

Lundi, le pontife argentin - qui a plusieurs fois exprimé sa "honte" face à l'ampleur de ce fléau et durci la politique du Vatican - a réformé un important organe de la Curie romaine, le "gouvernement" du Saint-Siège, pour y créer une section chargée de la discipline.

Et l'influent cardinal Gualtiero Bassetti, président de la Conférence épiscopale italienne (CEI), a récemment indiqué que celle-ci "réfléchit depuis un certain temps au lancement d'une enquête approfondie et sérieuse".

M. Zanardi aurait toutefois "peu confiance" dans une enquête interne. "Il y a un silence total des médias italiens et du gouvernement à Rome", regrette-t-il. "La Conférence épiscopale d'Italie fait ce qu'elle veut."

L'Eglise "a agi comme si nous étions un ennemi, faisant de nous des victimes une fois de plus", ajoute Mme Balestrini, 56 ans, dont le fils adolescent a été agressé en 2011 par un ecclésiastique, d'abord déplacé dans une autre paroisse avant d'être condamné. 

Elle espère que ce consortium parviendra à faire pression sur l'Eglise pour qu'elle fasse la lumière sur son passé. "Pour l'instant, ils essaient d'étouffer l'affaire, mais il vaut mieux choisir d'enlever soi-même le couvercle que de se le faire arracher".

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