31.01.22
06:25

En Autriche, vaccin obligatoire et tentation de "société parallèle"

Des dizaines de milliers d'habitants d'horizons très divers ont bruyamment crié leur colère dans la rue depuis l'annonce du projet en novembre pour dénoncer cette décision jugée trop "radicale", qui divise la société

La piqûre pour tous, "c'est du totalitarisme": Katharina Teufel-Lieli ne décolère pas contre l'instauration par l'Autriche de la vaccination obligatoire anti-Covid, une première dans l'UE, et s'organise pour continuer à mener une vie normale malgré tout.

Pour cette harpiste de 49 ans, mère de six enfants, le gouvernement va trop loin en menaçant les récalcitrants d'amendes salées selon les termes de la loi, qui entre en vigueur vendredi.

S'il faut en passer par là, elle paiera: sa santé "n'a pas de prix", dit-elle en ouvrant à l'AFP la porte de sa maison douillette à Neumarkt-am-Wallersee, non loin de Salzbourg (centre).

Respecter les gestes barrières, se plier aux tests à répétition pour protéger les groupes à risque, d'accord. Mais l'Etat "dépasse les bornes" en "agressant les gens".

"J'ai le droit de disposer de mon corps" et "de dire non, tout simplement", insiste la musicienne.

"Stress" 

Plus de 60% des Autrichiens la soutiennent d'après une récente enquête, mais de larges pans de la population y restent fermement opposés.

Katarina Teufel-Lieli, "apolitique" avant que la pandémie ne bouscule son existence, évoque les "attaques incroyables" qu'elle a subies pour son refus des restrictions. 

Au sein même de sa famille, les discussions ont été "stressantes", raconte-t-elle. Trois de ses enfants sont aujourd'hui vaccinés, deux "sous la pression" de leurs universités.

Faisant fi de la controverse, les conservateurs, qui dirigent ce pays prospère d'Europe centrale avec les écologistes, ont mis un coup de projecteur sur l'Autriche en optant pour la manière forte. 

Environ 72% des 8,9 millions d'habitants disposent à ce stade d'un schéma vaccinal complet, un pourcentage inférieur à celui de la France ou de l'Espagne, trop faible aux yeux du chancelier Karl Nehammer.

Selon lui, "la vaccination est la chance pour notre société d'atteindre une liberté durable et continue, sans que le virus nous restreigne".

Un million et demi d'adultes manquent encore à l'appel malgré des doses en abondance proposées gratuitement depuis un an. 

Coiffeurs et bars dédiés 

Actuellement exclus des restaurants, des salles de sport et des théâtres, même si le gouvernement a annoncé de prochains assouplissements, ces réfractaires risquent à présent une lourde sanction financière, comprise entre 600 et 3.600 euros.

Disproportionné pour Gerhard Pöttler, qui a décidé de fonder un parti contre les règles sanitaires à Linz (nord).

Son nom: "MFG", pour "Menschen, Freiheit, Grundrechte" ("Les Gens, la Liberté, les Droits fondamentaux"). Il "va souffler sa première bougie le 14 février", énonce-t-il fièrement.

"En moins de sept mois, nous avons réussi à faire entrer trois élus" au conseil régional de Haute-Autriche, proclame ce militant dans les locaux tout neufs de la formation.

Parmi eux, Dagmar Häusler, laborantine, qui "peut imaginer une campagne obligatoire profitable à tous dans le cas de la variole par exemple, puisqu'elle a un taux de mortalité de 20 à 30%. Mais avec le Covid-19, c'est contestable".

Selon les sondages, 6% des Autrichiens, lassés des confinements et des règles sans cesse modifiées, seraient prêts à voter pour MFG, qui compte désormais 23.000 adhérents dans tout le pays. 

"On nous reproche d'être des adversaires de la vaccination", déplore M. Pöttler, mais "nous voulons avoir le choix, c'est tout. Et ne pas subir des restrictions". 

Pour lui, "l'évolution est inquiétante", avec des commerçants qui se transforment en policiers et certaines galeries marchandes qui distribuent des bracelets ou des coups de tampon au "camp du bien" et "stigmatisent" les autres.

La cour suprême devrait "déclarer la loi anticonstitutionnelle", juge l'avocat Michael Brunner, qui a pris la tête du mouvement au niveau fédéral. "Si ce n'est pas le cas, nous déposerons une plainte au niveau européen", promet-il.

En attendant, Katharina Teufel-Lieli, elle, a trouvé la solution: elle a aménagé un bar chez elle pour recréer un peu de chaleur humaine et un espace de partage.

"Sur les réseaux sociaux, on trouve des coiffeurs prêts à accueillir ceux qui boycottent par principe ce système", révèle-t-elle. Avant de prévenir: "une société parallèle" des exclus est en train de se créer.

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