30.01.22
08:12

JO-2022: en soft power, Pékin vise la médaille d'or

Des Jeux olympiques d'hiver sous le signe du Covid et des accusations occidentales en matière de droits de l'Homme: Pékin n'en attend pas moins de ses deuxièmes JO un regain de prestige sur la scène mondiale.

Face au "boycott diplomatique" des Jeux, observé par les Etats-Unis et plusieurs pays, le régime communiste ne perd pas une occasion de dénoncer "le mélange du sport et de la politique".

Mais la tenue des Jeux est par nature une décision politique visant à accroître l'influence (ou "soft-power") de la Chine, observe Steve Tsang, directeur du China Institute à l'Université de Londres (SOAS).

La dénonciation par Pékin du mélange sport et politique "ne manque pas d'ironie, pour ne pas dire qu'elle est totalement hypocrite", affirme-t-il.

Pékin n'a pas hésité par le passé à boycotter l'événement pour des motifs politiques.

Peu après la fondation de la République populaire, la Chine communiste participait à ses premiers Jeux olympiques à Helsinki en 1952, avant de boycotter l'événement pendant un quart de siècle.

Motif: protester contre la présence des sportifs du régime rival de Taïwan.

Il faudra attendre la mort du fondateur du régime, Mao Tsé-toung, en 1976, pour que la Chine revienne dans la compétition en 1980, lors des Jeux d'hiver de Lake Placid aux Etats-Unis.

Mais la même année, Pékin boycottait derechef les Jeux d'été de Moscou, aux côtés des pays occidentaux, pour protester contre l'invasion de l'Afghanistan par l'URSS.

 

Retombées de l'épidémie 

 

Depuis, Pékin a misé sur les Jeux pour asseoir son image de grande puissance, accumulant les médailles et tentant une première fois d'accueillir les JO pour l'édition 2000, finalement attribuée à Sydney. 

L'objectif est de proclamer le redressement du pays après l'humiliation de l'ère coloniale, la folie maoïste et l'écrasement du mouvement démocratique de Tiananmen en 1989.

La capitale chinoise triomphait enfin en 2008 avec des Jeux d'été très réussis de l'aveu général.

Cette fois, la Chine "a la fierté de voir des Jeux d'hiver et d'été accueillis par une même ville, ce qui est une nouveauté et une exception dans l'histoire olympique", relève Carole Gomez, spécialiste de la géopolitique du sport à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

Face à la menace épidémique, le pays où le Covid 19 a été détecté pour la première fois il y a deux ans reçoit les sportifs étrangers dans une bulle sanitaire dont ils ne pourront sortir.

Mais c'est aussi l'occasion pour le pouvoir de faire valoir sa maîtrise de la pandémie et son bilan officiel de seulement 4.636 morts, qu'il met au crédit de son système politique autoritaire.

 

Club restreint 

 

Pékin n'est certes pas seul à voir dans les Jeux un moyen d'afficher son retour sur la scène mondiale: Tokyo en 1964 ou Séoul en 1988 signaient la renaissance du Japon et de la Corée du Sud après les destructions de la guerre. Les Jeux de Berlin en 1936 étaient pour Hitler un moyen de célébrer l'émergence du nazisme.

Pour Pékin, les JO d'hiver, qui s'accompagnent d'importants investissements dans des infrastructures à fort contenu technologique, permettent aussi de s'afficher "dans le club restreint" de pays à même de recevoir une telle manifestation, souligne Carole Gomez.

"Accueillir les Jeux d'hiver dans sa capitale, c'est un moyen symbolique d'affirmer que la Chine n'est plus à la traîne des démocraties occidentales en termes de prestige international", abonde Jung Woo Lee, chercheur en politique du sport à l'Université d'Edimbourg (Ecosse).

L'enjeu est surtout à consommation intérieure.

"Le vrai message destiné aux Chinois consiste à démontrer que le Parti communiste a redressé le pays et lui a rendu sa fierté", estime Steve Tsang.

En dépit du risque épidémique ou de contestation à la faveur des JO d'hiver, les dirigeants chinois le referaient si c'était à refaire, suppose Richard Baka, du Réseau de recherche olympique de l'Université Victoria en Australie. 

"Pour eux, cela signifie: nous sommes désormais une vraie puissance dans le monde moderne, avec laquelle il faut compter".

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