28.01.22
05:58

La sixième extinction

Ce n’est pas le titre d’un nouveau blockbuster de Netflix. Ca se passe dans la vraie vie , ici et maintenant, à cause du changement climatique.

L'Homme n’était pour rien dans la disparition des dinosaures. Ce n’est pas le cas aujourd’hui avec la disparition rapide de nombreuses espèces vivant sur la planète Terre. Ça s’appelle la 6e extinction de masse. Et non, ce n’est pas le titre d’un nouveau blockbuster de Netflix.

Ça se passe dans la vraie vie – ici et maintenant – à cause du changement climatique.

On n'a pas choisi de vous remonter le moral pour un vendredi matin mais, ce week-end, dans vos dîners, vous serez au courant de ce concept de 6e extinction de masse, un concept développé et argumenté par les biologistes et paléontologues à l’heure actuelle, et qui explique le déclin de certaines espèces. 

En fait, le concept a été mis sur la table et popularisé par une journaliste américaine du New-Yorker qui en 2015 a sorti un livre "La 6e extinction, comment l’Homme a détruit la vie", elle s’appelle Elizabeth Kolbert et a décroché le prix Pullitzer pour ses travaux.

On parle d'une extinction de masse quand un nombre important d'espèces disparaissent dans le monde sur une période de temps relativement courte à l'échelle des temps géologiques. Il existe, certes, un processus naturel d'extinction des espèces (la durée de vie d'une espèce est de l'ordre de 5 à 10 millions d'années), mais le processus s'accélère lors d'une extinction de masse.

On en parle aujourd’hui parce que les travaux et enquêtes de Mme Kolbert sont repris par des paléontologues et des biologistes qui essayent d’objectiver si oui ou non nous sommes dans la 6e extinction de masse. Ces travaux devaient être évoqués lors de la prochaine Cop-Diversité qui doit avoir lieu en mars en Chine, mais qui va probablement être reportée a cause du covid…C’est pour cela qu’on choisi de vous en parler ce matin.

La première extinction est intervenue il y a 445 millions d'années avec une première période de glaciation et éteint la faune essentiellement marine à l’époque, la seconde est pointée il y a 374 millions d'années et est provoquée par une chute du taux d’oygènisation des mers : potentiellement déclenchée par des éruptions volcaniques. La 3e est la plus massive est intervenue il y a 251 millions d'années, : elle détruit 90 % des espèces de l’époque et on enregistre de grands froids suivis de grands chauds. La 4e extinction de masse date d’il y a environ 200 millions d'années, elle est la plus petite et voir notamment l’émergence des dinosaures, et enfin, la 5e, le plus connue, intervient à la limite Crétacé-Tertiaire, il y a 65 millions d'années. Cette 5e crise, qui a vu s'éteindre les dinosaures, a probablement été causée par la chute d'une météorite au Mexique et un épisode volcanique destructeur. Tous les groupes ne sont pas touchés puisque de petits mammifères nocturnes – nos ancêtres – et des insectes survivent.

Aujourd'hui, des études de plus en plus nombreuses mettent en évidence la disparition importante d'espèces à un rythme élevé, laissant entendre que la sixième extinction de masse serait en cours. 

Vertébrés et invertébrés sont touchés. Pour de nombreux scientifiques, le seuil d'une sixième extinction massive est la perte de 75 % des espèces. Si toutes les espèces « menacées » disparaissent dans les 100 prochaines années et que le taux d’extinction demeure constant, on s'attend à ce que les vertébrés atteignent ce seuil en environ 240 à 540 ans. Si toutes les espèces en « danger critique » disparaissent dans les 100 prochaines années, on s'attend à ce que ce seuil soit atteint en environ 890 à 2270 ans.

La cadence de cette 6e extinction de masse est de 100 a 1000 fois plus rapide que lors des 5 précédentes extinctions, selon les experts.

Depuis le début du XVIe siècle, plus de 320 espèces de vertébrés terrestres se sont éteintes, on pense notamment au fameux dodo, oiseau emblématique, mais la mégafaune, les grands animaux (éléphants, rhinocéros, ours polaires...) sont particulièrement touchés, les oiseaux également, un tiers des oiseaux des campagnes françaises, par exemple, a déjà disparu.

Le changement climatique, causé par l’homme et non plus comme dans le passé par la chute d’une météorite ou par des éruptions volcaniques, la pollution, la surchasse, la surexploitation des ressources, l’introduction d’espèces envahissantes et la fragmentation de l’habitat joue aussi un rôle et a chaque fois une seule espèce se cache la derrière : Homo Sapiens, l’Homme.

La fragmentation de l’habitat de la faune est pointée par la journaliste Kolbert dans son livre comme une des causes majeures de la 6e extinction en cours.

Elle prend notamment l’exemple du rhinocéros de Sumatra. Ils étaient autrefois si nombreux qu'ils étaient considérés comme des animaux nuisibles, car ils détruisaient les récoltes. Cependant, à mesure que les forêts d'Asie du Sud-est ont été abattues, l'habitat du rhinocéros s'est fragmenté. Dans les années 1900, la population de rhinocéros n'était plus que de quelques centaines. Un programme d'élevage en captivité a été mis en place ; ce fut un échec, il a fallu des décennies avant qu'un seul bébé naisse, et le programme a entraîné la mort de plusieurs rhinocéros. Aujourd'hui, il ne reste plus qu'une quarantaine de rhinocéros de Sumatra

La question est également de savoir si ’Homme va pâtir de l’extinction massive qu’il provoque.

Dans une interview qu’elle a donné récemment au National Geographic, Elizabeth Kolbert répond ceci : "Je n’irais pas jusqu’à avancer que l’on ne peut pas survivre à la disparition de très nombreuses espèces. Nous avons déjà prouvé que nous en étions capables. L’Homme a en effet une forte capacité d’adaptation. Mais au bout du compte, je pense que nous n’avons pas envie de connaître la réponse à cette question.
Mettons-nous finalement en péril les systèmes qui ont jusqu’à présent gardé l’Homme en vie ? Et  même si nous arrivons à survivre, est-ce vraiment le monde dans lequel nous voulons vivre ? Est-ce le monde que nous voulons léguer à nos enfants ?"


Allez, on vous laisse avec cela. Bon week-end.

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