27.01.22
17:08

"L’objectif de la commémoration doit être de tenter de comprendre l'inhumain et donc l'incompréhensible"

Alexander De Croo a tenu ce jeudi à la Chambre un discours de commémoration de la Shoah.

Le discours du Premier ministre au Parlement fédéral à l'issue de la cérémonie de commémoration en Mémoire des Victimes de l'Holocauste: 

"Les histoires personnelles que vous venez de relater sont d’une grande importance (cfr au discours de la présidente de la Chambre Eliane Tilieux, ndlr).

Elles nous permettent de mettre un visage sur les pages les plus sombres de notre Histoire.

Un visage humain qui en appelle à la bonté de chacun d'entre nous et qui, espérons-le, nous assure que plus jamais l'humanité ne commettra de telles atrocités.

L’objectif de la commémoration annuelle de la Shoah doit être de tenter de comprendre l'inhumain et donc l'incompréhensible.

Comment expliquer qu'il y a exactement 80 ans - l'après-midi du 20 janvier 1942 pour être précis - 15 hauts responsables se sont réunis dans une villa aux portes de Berlin, et qu’en moins d'une heure et demie, ils ont décidé que 11 millions de Juifs devaient être exterminés en Europe, dont 43 000 en Belgique.

Comment est-il possible qu'après avoir pris cette décision moralement ignoble, ils soient allés déjeuner comme si de rien n'était ?

Une partie de la réponse à cette question est que la frontière morale a été repoussée de plus en plus loin.

La conférence de Wannsee de 1942 n'était en rien un point de départ, c'était en revanche le dramatique point d’orgue d’une série de décisions dénuées de toute morale.

Sept ans plus tôt, en 1935, les lois raciales de Nuremberg avaient déjà été proclamées.

Ces décrets établissent légalement, pour la première fois, la distinction entre Juifs et non-Juifs.

Les citoyens juifs étaient donc privés de leurs droits fondamentaux.

Ils ont été intimidés et discriminés dans l'espoir que, par frustration, ils quittent l'Allemagne et l'Europe de leur propre chef.

Cette émigration volontaire n'ayant pas eu lieu, les nazis ont prévu de les déporter d'Europe en Afrique, à Madagascar ;

Et lorsque ce plan a également échoué, la "solution finale" est arrivée, un euphémisme pour un projet d'une cruauté indicible et de souffrance humaine à l'échelle industrielle.

La destruction des Juifs d'Europe n'était qu'une étape supplémentaire dans une politique profondément immorale qui avait débuté bien plus tôt.

Les graines de toutes les souffrances ont été semées lorsqu'une distinction a été faite entre les Juifs et les non-Juifs,

La distinction entre les Übermenschen et les Üntermenschen.

La source de tous les maux a commencé par des idées et des mots erronés, par l'établissement de frontières invisibles mais bien réelles dans une société de citoyens égaux.

C'est la leçon de la Shoah, Mesdames et Messieurs,

Et c'est pourquoi cette commémoration est si importante :

Pour que nous n'oubliions jamais combien il est dangereux de tracer et déplacer des frontières qui traversent le cœur et l'esprit des gens."

 

Retrouvez ici notre émission 50 minutes avec Simon Gronowski, musicien et rescapé de l'holocauste.

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