27.01.22
19:17

"Il est plus que temps d’arrêter la vente de nos ainés", la CNE réagit au scandale des résidences Orpea

Depuis la publication lundi dans le quotidien Le Monde d'extraits du livre "Les Fossoyeurs" du journaliste Victor Castanet, les déclarations indignées se succèdent.

La sortie de l'ouvrage pose la question du traitement, de l’accompagnement, de l’encadrement de nos ainés au sein de résidences appartenant à de grands groupes commerciaux multinationaux comme Orpea.

Le livre décrit un système où les soins d'hygiène, la prise en charge médicale, voire les repas des résidents sont "rationnés" pour améliorer la rentabilité du groupe de maisons de repos privées. Et ce alors que les séjours sont facturés au prix fort - plusieurs milliers d'euros par mois. Une dame dont la mère est résidente dans l'un des 80 établissements Orpea de Belgique nous a livré un témoignage glaçant, relevant certains traitements inappropriés dans la maison de repos.

Du côté de la CNE, ce n’est pas une révélation mais des confirmations de nombreux témoignages quotidiens "que nous recevons des travailleurs du secteur se trouvant dans ce type de structure et ce depuis plusieurs années." La CNE dénonce depuis longtemps la dérive de la commercialisation des soins de santé et particulièrement d’un secteur comme celui des maisons de repos. Il faut être clair, la recherche de la rentabilité et la rémunération des actionnaires ne peut rester sans conséquences ni sur la qualité de vie des résidents ni sur les conditions de travail dans ces établissements.

"Il est plus que temps d’arrêter la vente de nos ainées, le commerce de l’or gris ne peut plus se faire au détriment du bien-être des résidents.",

indique le syndicat.

Que demande la CNE ?

"Nous demandons aux autorités européennes de ne plus considérer la prise en charge des ainés dépendants comme un service marchand, et donc de le réintégrer dans les services publics protégés des lois du marché.  Nous demandons aussi aux autorités régionales, compétentes en la matière depuis la dernière réforme de l’Etat, de prendre leurs responsabilités pour répondre aux enjeux du secteur et de privilégier dès maintenant le retour à une gestion publique et associative.

Un réinvestissement public important doit permettre  de revoir les normes d’encadrement à la hausse pour correspondre aux besoins réels des résidents, mais en évitant tout détournement vers les bénéfices. Nous demandons donc également que les services d’inspection soient renforcés et que ces inspections ne soient pas annoncées. Le financement public ne peut plus permettre des situations telles que, dans l’exemple d’ORPEA, une  rentabilité de 304% sur les 10 dernières années.

Avec une crise Covid qui a eu un impact énorme dans le secteur (faut-il rappeler les nombreux décès ?), avec une proportion importante de son personnel de soins parti vers des secteurs plus attractifs ou tout simplement qui a arrêté de travailler, avec des familles qui osent enfin prendre la parole pour dénoncer des situations inadmissibles et intolérables, il est évident que l’amélioration de la qualité doit aussi passer par une amélioration des conditions de travail et salariales. Il faut faire en sorte que du personnel motivé  puisse retrouver un attrait à y venir travailler. Les temps partiels avec bas salaires restent pourtant légion dans ce secteur fort féminisé.

La CNE continuera sans relâche à dénoncer ces abus qui n’ont que trop duré. La pandémie a montré les limites du système. Il faut non seulement interroger la question de l’institutionnalisation des ainés dépendants, mais sûrement aussi de la place de l’argent dans notre système de santé.",

communique la CNE ce jeudi.

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