26.01.22
22:04

"Dans les maisons de repos Orpea, on prend soin des actionnaires mais pas des pensionnaires"

Depuis la publication lundi dans le quotidien Le Monde d'extraits du livre "Les Fossoyeurs" du journaliste Victor Castanet, les déclarations indignées se succèdent. 

Le livre, sorti mercredi, décrit un système où les soins d'hygiène, la prise en charge médicale, voire les repas des résidents sont "rationnés" pour améliorer la rentabilité du groupe de maisons de repos privées. Et ce alors que les séjours sont facturés au prix fort - plusieurs milliers d'euros par mois. Une dame dont la mère est résidente dans l'un des 80 établissements Orpea de Belgique nous a livré un témoignage glaçant, relevant certains traitements inappropriés dans la maison de repos.

"Il n'y a pas que moi, plusieurs de mes amis ont vécu la même chose et certains ont retiré leurs proches d'Orpea",

nous a confié le témoin.

"Je commence à bien connaitre tous les groupes de maisons de retraite et je peux vous dire qu'il y a un gros gros problème avec Orpea où on prend soin des actionnaires mais pas des pensionnaires."

"Le problème existait déjà avant le covid, il y avait déjà un problème flagrant de sous-effectif avant le covid"

"Les médicaments sont donnés, mais les pochettes sont fermées et laissées sur la table"

"Les résidents ont souvent des problèmes d'incontinence, mais on ne les change pas et on ne les lave pas et quand j'arrive et que je demande du matériel de nettoyage on me dit qu'il est sous clé et ne sera ouvert que le lendemain matin, donc ma mère a parfois passé des nuits dans sa mer**",

explique cette dame.

 

Indignations, patron convoqué et poursuite de la chute en Bourse

Des révélations "absolument révoltantes" si elles sont avérées selon le gouvernement français, un patron convoqué au plus haut niveau et un cours de Bourse en chute libre: les pratiques du groupe Orpea au sein de ses Ehpad privés, décrites dans un livre explosif, ont continué mercredi de susciter l'indignation.

"Les révélations faites dans ce livre sont absolument révoltantes, vous avez le ventre noué en lisant des choses pareilles. Et si ces faits sont avérés, ils devront évidemment être sanctionnés avec la plus grande sévérité",

a déclaré le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, à l'issue du Conseil des ministres. 

"Nos aînés méritent le respect, ils méritent le meilleur, et il est hors de question que de tels agissements puissent être tolérés dans notre pays",

a-t-il ajouté.

Depuis la publication lundi dans le quotidien Le Monde d'extraits du livre "Les Fossoyeurs" du journaliste Victor Castanet, les déclarations indignées se succèdent. 


Orpea conteste

Orpea conteste ces accusations, qu'il qualifie de "mensongères, outrageantes et préjudiciables". Le groupe a annoncé mercredi soir avoir mandaté "deux cabinets de premier plan pour mener une évaluation indépendante afin de faire la lumière sur l'ensemble des allégations graves" à son encontre.

"Nous prenons connaissance de l’ensemble des éléments du livre de Monsieur Castanet, paru aujourd’hui, et de ses allégations graves que nous traitons avec le plus grand sérieux. En conséquence, le Conseil d’administration, en accord avec la Direction générale, annonce qu’il a décidé de mandater immédiatement deux cabinets reconnus pour leur confier une mission indépendante d’évaluation sur l’ensemble des allégations rapportées dans ce livre. Ces deux cabinets auront accès à toutes les informations d’ORPEA et de ses établissements qu’ils jugeront nécessaires. Leurs noms seront communiqués dans les prochains jours. Ils présenteront leurs conclusions au Conseil d’administration dans les meilleurs délais. Ces conclusions seront par ailleurs tenues à la disposition des Autorités compétentes et feront l’objet d’une communication. Nous continuons à affirmer qu’à aucun moment la direction du Groupe n’a mis en place un système quelconque pour orchestrer les pratiques qui lui sont reprochées. Nous restons à la disposition de toutes les Autorités compétentes pour répondre à toutes leurs demandes. Nous tenons à renouveler notre engagement envers les familles, les résidents et les collaborateurs, dont nous comprenons les inquiétudes, mais aussi l’incompréhension et la peine face à ces allégations."


Des pressions? 

Ces deux cabinets, dont les noms seront communiqués prochainement, "auront accès à toutes les informations d’Orpea et de ses établissements qu’ils jugeront nécessaires", a indiqué Orpea dans un communiqué. Ils "présenteront leurs conclusions au conseil d’administration dans les meilleurs délais" et ces conclusions "seront tenues à la disposition des autorités compétentes et feront l’objet d’une communication".

La ministre déléguée chargée de l'Autonomie des personnes âgées, Brigitte Bourguignon, rencontrera "dans les plus brefs délais" le directeur général d'Orpea, Jean-Christophe Romersi, "à la demande du ministre de la Santé, Olivier Véran", selon Gabriel Attal.

"Nous avons déjà demandé à l'ARS (Agence régionale de santé, NDLR) d'Île-de-France le rapport d'inspection du contrôle inopiné mené en 2018 et les suites apportées aux recommandations faites ensuite", a précisé Mme Bourguignon dans un communiqué.

Les députés socialistes, eux, veulent auditionner le patron d’Orpea et créer une commission d’enquête, a annoncé le député Boris Vallaud dans un tweet.

Spécialiste des cliniques privées et des maisons de retraite, le groupe français Orpea est présent dans 23 pays avec un total de 1.156 sites. En France, il gère un réseau de 354 établissements, qui prennent en charge les personnes fragiles et en perte d'autonomie.

L'auteur des "Fossoyeurs" a dit avoir "subi" des "pressions" au cours de son enquête: "Il est arrivé à la moitié de mon enquête qu'un intermédiaire me propose une importante somme d'argent pour me dissuader d'aller au bout", "15 millions" d'euros, a-t-il détaillé sur France 5.

Dans une déclaration transmise à l'AFP, la direction du groupe Orpea "dément formellement avoir proposé un quelconque montant en échange de la non-parution du livre".

 

"Pur scandale " 

Acteurs du secteur, syndicats et partis politiques condamnent unanimement les faits dénoncés.

"Si les faits dénoncés sont avérés, certains d'entre eux sont inacceptables et susceptibles d'être condamnés", écrit dans un communiqué l'Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA).

Pour Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, "si la situation est celle décrite dans le livre, c'est un pur scandale". 

L'Union fédérale de la santé privée CGT dénonce "depuis des années les conditions de travail et de prise en charge des résidentes dans ces établissements", "sans que rien ne change".

Les révélations de l'ouvrage ont fait chuter le titre Orpea à la Bourse de Paris. Il a encore baissé de 21% mercredi, finissant à 43,66 euros à la clôture. Au total, l'action a plongé de quelque 47% depuis lundi et la publication d'extraits du livre dans Le Monde.

D'autres groupes du secteur ont subi des turbulences boursières en début de semaine, comme Korian et LNA Santé.

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