25.01.22
16:55

Avec le pass vaccinal, les non-vaccinés sont entre résistance et résignation en France

"Je vis quasiment en confinement depuis deux ans": de nombreux Français non-vaccinés oscillent entre résistance et résignation, alors que l'entrée en vigueur du pass vaccinal lundi leur interdit l'accès à la plupart des lieux de culture ainsi qu’aux bars et restaurants.

"On attend, en espérant que le pass disparaisse", résume Anthony*, gérant d’un point de vente alimentaire. Ce trentenaire n’a pas reçu la moindre dose de vaccin et ne compte pas en recevoir.

"J’ai une petite fille de deux ans, à qui j’aimerais montrer des choses, comme le zoo ou des spectacles", glisse-t-il en espérant.

Depuis lundi, un test négatif ne suffit plus pour entrer dans de nombreux espaces publics, à l'exception des établissements de santé: les plus de 16 ans doivent justifier d'un statut vaccinal contre le Covid-19 afin d'avoir accès aux activités de loisirs, restaurants et bars, cinémas, foires ou transports interrégionaux.

Mais certains refusent obstinément de se plier à l'obligation de présenter un QR code attestant d'un schéma de vaccination. 

C'est le cas de Cathy Frigoli, 63 ans, pour qui se faire vacciner "serait contraire à (ses) convictions de liberté de choisir". Malgré cela, elle "rêve d’une bonne pizza fumante servie à table" depuis le 24 juillet 2021, date de mise en place du pass sanitaire. 

"J’irai peut-être me faire vacciner avant l’été, pour pouvoir assister à des festivals", confie Serge*, étudiant de 19 ans. En attendant, "seuls certains endroits où ils ne contrôlent pas le pass activement me sont encore accessibles, même illégalement, d’une certaine manière, malheureusement", regrette-t-il. 

 

"Rebut de société" 

D'autres, comme Simon*, 27 ans, ne veulent pas utiliser un faux-pass ou frauder, "pour ne pas participer à cette folie". "Le boycott dure depuis le début, parfois ça me manque, parfois moins", conclut-il.  

Actuellement au chômage, Simon se décrit comme un "rebut de société". Il estime que "la balance bénéfices-risques (du vaccin) n’est pas viable", et n'ira pas non plus se faire vacciner. "Je vis quasiment en confinement depuis deux ans, j’évite les interactions sociales, j’ai fait une seule soirée en 2020".  

"J'ai eu la chance de pouvoir par le passé profiter de ma vie, et j'accepte de mettre celle-ci entre parenthèses pour défendre nos valeurs fondamentales", renchérit Bastien*, la trentaine.

D'autres choisissent de se tourner vers l'étranger, où le pass vaccinal n'est pas obligatoire. C'est le cas de Matthieu*, chauffeur poids-lourds de 35 ans, résidant près de la frontière espagnole. "Dès que les tests sont devenus payants (en octobre dernier), j'ai préféré aller en Espagne car la vie y est moins chère, ce qui me +remboursait+ le coût du test", explique-t-il.

"Je suis prête à changer de pays, si les mesures deviennent trop contraignantes. Comme de nombreuses personnes dans mon entourage", assure de son côté Chloé Poirier, 35 ans, qui ne voit pas d'utilité à se faire vacciner.

 

Première dose 

Les contraintes pèsent effectivement sur les non-vaccinés, comme Charlène*, 50 ans. "Ça commence vraiment à être long, et lourd dans la vie quotidienne, car nous n’avons pas de visibilité, de date de fin de toutes les restrictions", souffle-t-elle, avant d’ajouter: "Je suis en train de réfléchir à franchir le cap de la première dose, mais ça sera par obligation".

D'autres ont finalement accepté la vaccination, comme Ayoub* qui a reçu sa première injection lundi, à proximité de l'Hôtel de Ville de Paris. 

En jogging, capuche grise sur la tête, il sort du centre de vaccination, certificat en main. "J'ai attendu car j'avais peur, mais avec le pass vaccinal, je me suis dit que c'était le moment. Pour les loisirs, oui, mais pour la santé aussi", sourit-il. 

Quelques minutes plus tard, Chanelle, étudiante de 20 ans, entre dans le centre, et coche la case "première dose" sur la "fiche navette" de renseignements. "Mon certificat de rétablissement du Covid, auquel j'étais positive en juillet, a pris fin. Je devais donc aller faire ma première dose", justifie-t-elle, sans s'être sentie contrainte par l'entrée en vigueur du pass vaccinal. 

Tous deux peuvent d'ores et déjà bénéficier d'un pass valide. C'est ce qu'a promis le gouvernement à tous ceux qui recevront une première injection avant le 15 février.

*Les prénoms ont été modifiés à la demande des intéressés.

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