24.01.22
18:45

Des militaires annoncent avoir pris le pouvoir au Burkina Faso

Voici le film des événements au Burkina Faso, où des militaires se sont mutinés et, d'après des sources sécuritaires, ont arrêté le président Roch Marc Christian Kaboré.

Des militaires en uniforme ont annoncé lundi à la télévision nationale avoir pris le pouvoir au Burkina Faso, s'engageant au "retour à un ordre constitutionnel" dans "un délai raisonnable".

Lisant un communiqué signé du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, président du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) qui assure désormais le pouvoir, un capitaine a également annoncé la fermeture des frontières à compter de 00h00 (GMT et locales), la dissolution du gouvernement et de l'Assemblée nationale, ainsi que la suspension de la Constitution.

Samedi 22 janvier 2022, des incidents éclatent à Ouagadougou et dans d'autres villes du Burkina Faso entre les forces de l'ordre et des manifestants qui ont bravé une nouvelle fois l'interdiction de se rassembler pour protester contre l'impuissance des autorités face à la violence jihadiste qui ravage le pays depuis 2015.

Parfois mêlées à des affrontements intercommunautaires, les violences jihadistes ont fait depuis six ans plus de 2.000 morts et contraint 1,5 million de personnes à fuir leur foyer.

 

Tirs dans des casernes

Le dimanche 23 janvier, des coups de feu retentissent dans plusieurs casernes du pays: dans le camp Sangoulé Lamizana, à la sortie ouest de Ouagadougou, dans le camp militaire de Baba Sy, à la sortie sud de la capitale, à la base aérienne proche de l'aéroport, ainsi que dans des casernes de Kaya et Ouahigouya (nord).

Le camp Sangoulé abrite la prison où est détenu le général Gilbert Diendéré, proche de l'ancien président Blaise Compaoré renversé en 2014. Condamné à 20 ans de prison pour une tentative de putsch en 2015, le général Diendéré est actuellement jugé pour son rôle présumé dans l'assassinat en 1987 de l'ancien président Thomas Sankara.

Le gouvernement du président Roch Marc Christian Kaboré reconnaît l'existence des tirs, mais dément "une prise de pouvoir par l'armée".

Le pouvoir affirme que les institutions ne sont pas menacées "pour le moment". Depuis mi-janvier, plusieurs militaires sont détenus pour des faits présumés de "tentative de déstabilisation des institutions".

 

Siège du parti au pouvoir incendié

L'internet mobile est coupé.

Des partisans des mutins incendient à Ouagadougou le siège du parti au pouvoir, avant d'être dispersés par la police. 

A l'extérieur de la caserne Sangoulé Lamizana, une quarantaine de soldats tirent en l'air près de plusieurs centaines de personnes en liesse venues les soutenir.

Le périmètre autour de la caserne de la base aérienne est également bouclé par des soldats encagoulés tirant en l'air.

 

Revendications des mutins

Les militaires mutins réclament le "remplacement" des chefs de l'armée, des "moyens adaptés" dans la lutte contre les groupes jihadistes, ainsi qu'une meilleure prise en charge des blessés", selon un enregistrement sonore parvenu à l'AFP. Ils ne demandent pas en revanche le départ du président. 

Dans l'après-midi, des discussions se déroulent entre des représentants des mutins et le ministre de la Défense.

 

Couvre-feu, écoles fermées

Le 23 au soir, le président décrète un couvre-feu. Le ministère de l'Education annonce que les écoles resteront fermées les deux jours suivants. 

 

Tirs près de la résidence du président

En fin de journée, des tirs sont entendus près de la résidence du président, ainsi que dans les camps militaires Sangoulé Lamizana et Baba Sy.

 

Le président arrêté par des soldats

Le 24, des soldats prennent position devant la Radio télévision du Burkina (RTB).

Le président est arrêté, détenu à la caserne Sangoulé Lamizana, de même que le chef du Parlement et des ministres, selon des sources sécuritaires. 

Mais, selon une source gouvernementale, le président a été "exfiltré" de sa résidence dimanche soir par des gendarmes de sa garde "avant l’arrivée d’éléments armés qui ont tiré sur les véhicules de son convoi".

Sur le compte Twitter de M. Kaboré, un message posté lundi en début d'après-midi, dont il était impossible de savoir s'il avait été écrit par lui directement, ni dans quelles circonstances, invite "ceux qui ont pris les armes à les déposer dans l'intérêt supérieur de la Nation".

L'Union africaine (UA) condamne fermement la "tentative de coup d'Etat" tandis que le parti de M. Kaboré dénonce une "tentative avortée d'assassinat" du président. 

L'UE demande "que la liberté du Président Kaboré et des membres des institutions de l'Etat soit immédiatement rétablie". Les Etats-Unis appellent de leur côté l'armée du Burkina Faso à la "libération immédiate" de Roch Marc Kaboré et à "respecter la Constitution" et "les dirigeants civils" du pays.

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