22.01.22
14:09

La bataille Zemmour-Le Pen se durcit

La guerre fratricide se durcit à l'extrême droite: Eric Zemmour, en terre amie à Cannes samedi, poursuit avec Gilbert Collard ses débauchages au RN pour tenter de fragiliser sa rivale à la présidentielle Marine Le Pen, laquelle tente de minimiser.

L'eurodéputé RN et avocat de 73 ans est attendu à 18H30 au meeting cannois, où Eric Zemmour espère 4.000 personnes pour conclure son déplacement dans les Alpes-Maritimes.

Dans un café à la mi-journée, le candidat s'est déjà vanté de "rassembler" le "peuple de droite qui a été artificiellement divisé depuis 40 ans".

Gilbert Collard avait suggéré son changement d'écurie sur Facebook vendredi. "Demain je vais me baigner à la rivière (...) Rubicon", avait-il affirmé sur le réseau social. D'autres noms circulent aussi au RN à 78 jours du premier tour de la présidentielle.

L'eurodéputé Jérôme Rivière RN et l'ancien membre de Génération identitaire Damien Rieu accompagnaient déjà Eric Zemmour vendredi à Menton.

Ces transfuges ont en commun, sur une ligne proche de Marion Maréchal, d'invoquer "l'union des droites", l'identité catholique de la France, et de juger que Marine Le Pen s'est "ramollie" dans son discours anti-immigration.M. Rivière a ainsi raillé samedi "les petits renoncements de Le Pen. Elle est tellement obsédée par le second tour qu'elle devient l'ultime variant du système."

Le Pen veut minimiser 

"Les égos surchauffent et les trahisons baignent dans tous les rubicons des aigreurs et des jalousies puériles", a fustigé sur Twitter Louis Aliot, le maire RN de Perpignan, resté fidèle au camp Le Pen. La candidate aura, elle, l'occasion de réagir dimanche, lors de son passage à l'émission Dimanche en politique sur France 3.

Avant le ralliement de Gilbert Collard, relativement marginalisé dans le parti, Marine Le Pen avait minimisé le phénomène. 

"Dans les campagnes électorales, il y a toujours quelques vicissitudes qui font d'ailleurs l'objet d’un intérêt inversement proportionnel à l'effet que cela a sur les électeurs", souriait-elle à Fréjus jeudi.

"La technique du salami consistant à annoncer chaque jour un ralliement je la connais par cœur. Les chiraquiens l'ont connue avec Balladur et nous l'avons nous-même vécue avec Mégret. Je pense qu'avec Balladur et Mégret ça a duré beaucoup plus longtemps que ça ne va durer avec Eric Zemmour", ironisait-elle encore.

Bruno Mégret, longtemps numéro 2 du Front national, avait fait scission avec toute une partie de la direction en 1998.

A ce stade, la candidate du RN reste au-dessus de M. Zemmour dans les enquêtes d'opinion, qui la placent au coude-à-coude avec la candidate de la droite Valérie Pécresse, souvent autour de 17 ou 18% au premier tour, devant Eric Zemmour (autour de 13%), mais loin derrière Emmanuel Macron (24% à 25%).

Zemmour peine chez LR 

Son concurrent Reconquête! exhibe aussi les ralliés pour tenter de rebondir après une séquence délicate de 8 jours. Ses propos sur "l'obsession de l'inclusion" des enfants handicapés à l'école ont provoqué une bronca.

Eric Zemmmour a en outre été condamné lundi à 10.000 euros d'amendes pour provocation à la haine, pour des propos tenus en 2020 sur Cnews au sujet des mineurs migrants isolés. Il a fait appel.

Mais les ralliements de Le Pen et Zemmour "ça installe une tendance" et Marine Le Pen "semble essouflée", pense une source proche des deux campagnes.

M. Zemmour semble en revanche davantage peiner à convaincre des cadres chez les Les Républicains (LR), hormis l'ancien numéro 2 Guillaume Peltier. 

"Soyez patients! Février et mars, ça compte plus que janvier", répondait celui-ci bravache vendredi soir, avant un dîner à Antibes entre Eric Zemmour et des avocats acquis à sa cause.

Certains s'interrogent surtout sur la "recomposition" post 2022 en cas d'échec des deux rivaux d'extrême droite à la présidentielle. Avec en embuscade, Marion Maréchal, qui avait accompagné M. Zemmour à Budapest, mais n'a pas exprimé de préférence entre sa tante Marine Le Pen et Eric Zemmour.

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