21.01.22
11:49

Zemmour: une campagne dans un trou d'air

Entre actualité judiciaire, déplacement chahuté et ressac dans les sondages, la campagne présidentielle d’Éric Zemmour traverse une période de turbulences, que son entourage s'efforce de relativiser en mettant en avant les nouveaux ralliés venus du RN.

Le candidat français d'extrême droite entame un déplacement dans les Alpes-Maritimes vendredi à Menton et Antibes, avant un meeting samedi à Cannes, où il espère réunir 4.000 personnes au Palais des Victoires.  Il ne manquera pas d'y afficher ses nouvelles recrues débauchées chez sa rivale Marine Le Pen (RN): l'eurodéputé Jérôme Rivière et l'ancien identitaire Damien Rieu qui a salué "le courage" du candidat.

Éric Zemmour compte s'exprimer sur le "scandale des squats" après plusieurs affaires fortement médiatisées dans la région, dont celle, à l'été 2020, de Théoule-sur-Mer (Alpes-Maritimes). L'occupation illégale d'une résidence secondaire de retraités lyonnais avait provoqué un vif émoi et entraîné une modification de la législation.

Son déplacement va-t-il être perturbé, comme à Calais mercredi ? Quelques appels à manifester circulent sur des réseaux sociaux. De son côté, la fédération communiste du département a rappelé que le PCF plaide pour rendre "inéligibles les personnes condamnées pour incitation à la haine raciale" et dit poursuivre "sans relâche le combat contre la haine raciste".

Ce voyage suit huit jours difficiles pour l'ancien polémiste, inaugurés par la bronca provoquée par ses propos contre "l'obsession de l'inclusion" des élèves handicapés à l'école. Sur les plateaux, le candidat Reconquête! a passé la semaine à nuancer sa sortie, plaidant pour trouver des solutions adaptées à chaque enfant, milieu scolaire classique ou établissements spécialisés.

Sur le front judiciaire, il a fait appel d'une condamnation lundi à 10.000 euros d'amende pour provocation à la haine, après des propos sur les mineurs migrants isolés en 2020 sur CNews, quand il était encore chroniqueur vedette de la chaîne.

Puis jeudi, la cour d'appel de Paris a rejeté sa demande de renvoi dans un autre procès, pour contestation de crime contre l'humanité, après avoir soutenu en 2019 sur CNews que le maréchal Pétain avait "sauvé" des juifs français. La décision de la Cour ne sera toutefois rendue qu'après la présidentielle. Le tribunal l'avait relaxé en première instance, estimant les propos prononcés "à brûle-pourpoint lors d'un débat sur la guerre en Syrie".

Aux yeux d’Éric Zemmour, ce sont des procès "politiques pour délits d'opinion. Je n'ai pas volé le sac d'une grand mère (...)  C'est la liberté d'expression qui est en jeu" et "la justice est instrumentalisée par des associations qui font de la politique", a-t-il dénoncé dès mercredi à Calais.

 

"Macron réussit son coup"

Le candidat avait choisi Calais et le site venteux de l'ancienne "jungle" pour donner sa vision de l'Europe, fustiger "l'invasion migratoire" et répondre à distance à l'intervention d'Emmanuel Macron devant le Parlement européen.  Mais son déplacement s'est conclu dans la précipitation dans la ville voisine de Marck. Une trentaine de militants associatifs et antifascistes ont manifesté devant le bistrot où il échangeait avec "des représentants" de policiers.

Sorti par une porte dérobée, avant de rentrer à Paris, le candidat soupçonne des journalistes d'avoir transmis les lieux de rendez-vous calaisiens à "des militants d'extrême gauche" pour perturber sa visite, une "collusion". Son entourage affirme avoir déposé plainte contre "un journaliste identifié".

Un déplacement qui rappelle certains autres durant sa précampagne, dont celui de novembre à Marseille conclu par un échange de doigt d'honneur avec une opposante.

Côté sondages, Éric Zemmour accuse un léger recul. A 80 jours du premier tour, il obtient autour de 12 à 13% des intentions de vote, paraissant décroché de Valérie Pécresse (LR) et de Marine Le Pen (autour de 17 et 18%) et loin d'Emmanuel Macron (LREM, 24-25%). "En ce moment, c'est Macron qui réussit son coup" en "instrumentalisant" la crise sanitaire, considère son entourage. "C'est comme aux Européennes (de 2019), pendant les +gilets jaunes+, où il a joué le parti de l'ordre", dit une proche qui pense que tout peut changer "le jour où ça redescend côté Covid...".

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