17.01.22
20:53

Jugé pour avoir tué afin de "connaître la sensation d'ôter la vie", il ne regrette rien

Mathieu Danel voulait "connaître la sensation d'ôter la vie", et Claire Reynier, 39 ans, a été sa cible, en juin 2018, après avoir été prise en stop par le jeune homme. Mais il n'a exprimé "aucun regret", lundi, devant les assises du Gard.

Aujourd'hui, l'accusé a 26 ans. Jean's et sweat-shirt gris sur une chemise blanche, cheveux châtain, barbe cachée par un masque chirurgical blanc, il répond d'une voix posée au président de la cour d'assises du Gard, après avoir pris le temps de la réflexion.

"Pour savoir quel effet ça fait de tuer, il n'y a pas d'autre solution que de tuer", explique-t-il, revenant sur cette question qui le taraudait alors depuis longtemps.

"Je sais que je devrais être accablé, je suis tout à fait conscient du mal que je vous ai fait, et que je devrais le regretter. Mais ce n'est pas le cas", ajoute-t-il, en s'adressant aux parents et à la sœur de sa victime. 

Le 21 juin 2018, ce même jeune homme se présentait au commissariat de Montélimar (Drôme) pour avouer un homicide commis deux jours plus tôt, à Sommières (Gard): après avoir dîné avec sa future victime, il l'avait tuée de plusieurs coups d'une dague de chasse achetée trois semaines plus tôt. Une arme qu'il gardait en permanence dans sa voiture, "au cas où l'occasion se présenterait", a-t-il confirmé lundi devant la cour d'assises.

Femme qui avait "une grande capacité à se faire des amis", Claire Reynier était atteinte d'une "pathologie psychiatrique", a témoigné lundi sa sœur Marianne, avec une émotion contenue.

Ce jour de juin 2018, Claire a reçu 17 coups de dague, portés avec une "très grande violence", essentiellement au niveau du cou et du visage. Le coup mortel a atteint le cœur en transperçant le sternum, selon le médecin légiste. Des blessures de défense ont aussi été relevées au niveau de la main gauche de la victime, dont des os ont été brisés par des coups d'une violence "pratiquement jamais vue".

Outre le fait qu'il pensait son arrestation "inéluctable", comme cela arrive dans les séries policières dont il s'abreuvait, il s'est d'abord rendu parce qu'il n'a ressenti "aucune" des sensations attendues, a expliqué lundi ce fan de mangas déjà condamné en correctionnelle pour des violences sur son ancienne petite amie.

 

Tuer comme changer de coiffure 

Sinon il aurait certainement cherché à se lancer dans une carrière de "tueur à gages ou de légionnaire", a-t-il reconnu. 

- "Mais il n'y a pas un moment où vous mettez les choses en balance ?", interroge le président de la cour d'assises.

- "J'étais allé trop loin, il n'y avait plus d'intérêt à arrêter", lui répond l'accusé.

- "Si, la vie", le coupe le juge.

- "Je ne me suis pas posé la question".

L'avocat de la famille de la victime, Me Antony Chabert, lui fait remarquer qu'il s'est "arrogé le droit" de mettre fin à la vie d'une femme qu'il avait pourtant décrite comme "sympathique", et "très bavarde".

"Je sais que c'est un problème, j'en cherche la raison, mais là, maintenant, tout de suite, non, aucun regret", affirme une nouvelle fois l'accusé, qui suit une thérapie en prison depuis son arrestation.

Puis, à l'avocat général, Stéphane Bertrand, il explique avoir expérimenté d'autres choses dans la vie, comme une relation homosexuelle, ou une nouvelle coupe de cheveux.

"Je crois qu'à partir du moment où on met sur le même niveau le fait de tuer quelqu'un et de changer de coiffure, je vais m'arrêter" de poser de questions, s'exclame alors le représentant du ministère public.

Jugé pour assassinat, Mathieu Danel encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Le verdict est attendu mardi soir, après les plaidoiries. 

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