11.01.22
14:12

Dans l'ombre de la saga Djokovic, le calvaire des migrants en Australie

Pendant quatre nuits, le centre de rétention pour immigrés de l'ex-Park Hotel de Melbourne est devenu la demeure du N°1 mondial du tennis, Novak Djokovic, mais les 32 personnes qui y sont retenues --certaines depuis des années-- en vertu de la stricte politique d'immigration de l'Australie ne l'ont pas aperçu.

Des dizaines de journalistes, mais aussi de supporteurs, manifestants anti-vaccins et militants des droits des migrants, se sont rassemblés quotidiennement pendant plusieurs jours devant cet ancien hôtel sinistre de cinq étages dont les pensionnaires n'ont aucune possibilité de sortir.

Mais mardi, au lendemain de la décision de justice rendant sa liberté à la superstar serbe au milieu des vivats de ses supporteurs en liesse, l'attention des médias est partie avec lui. Seuls deux reporters de télévision se trouvent devant l'hôtel et plus aucun manifestant. Une pancarte solitaire réclame: "libérez Novak et tous les réfugiés", un slogan repris par un graffiti à la craie sur la façade.

"Les médias parleront davantage de nous, le monde entier probablement, ce qui est vraiment triste, parce que ce n'est dû qu'à la présence de Djokovic ici pendant quelques jours", avait dit jeudi à l'AFP l'une des personnes en rétention, Mehdi Ali, peiné de voir son joueur préféré partager son sort.

"3.099 jours"

Durant la rétention de Djokovic, au moins une vingtaine d'activistes pro-réfugiés venaient chaque jour devant l'hôtel chanter, danser et brandir des pancartes. Autour d'eux, un mélange de manifestants de tout poil.

"Je trouve plutôt intéressant qu'ils manifestent pour Djokovic qui est en rétention depuis moins d'un jour", avait observé la militante Kim Matousek au premier jour de l'arrivée du joueur de tennis au centre. "Quant à nos amis, ils sont en rétention depuis quoi, 3.099 jours maintenant?" 

La nourriture servie est de mauvaise qualité, avait-elle ajouté. "La salade de chou sent l'alcool parce qu'elle est pourrie, ils ne la mangent pas". Des hommes en rétention avaient installé aux fenêtres des panneaux sur lesquels on pouvait lire: "neuf ans de trop" ou "ne sommes-nous pas des êtres humains comme vous?"

"Personne ne devrait être enfermé dans ce trou à rats", observait parmi les manifestants devant l'hôtel Deviani Segal, un professeur de piano âgé de 54 ans. L'établissement avait gagné en notoriété en décembre dernier lorsqu'un incendie s'y était déclaré, forçant son évacuation et provoquant l'hospitalisation d'une personne. 

Une semaine plus tard, des demandeurs d'asile avaient posté des photos sur les réseaux sociaux, affirmant que c'était la nourriture qu'on leur servait, infestée d'asticots et accompagnée de pain moisi.

"Nous craignons que bien après le retour de Djokovic sur le lucratif circuit mondial du tennis, ces hommes soient toujours en détention - beaucoup d'entre eux en sont à leur neuvième année de détention par le gouvernement australien", déclare le porte-parole de Refugee Action Collective, David Glanz.

"Ces hommes, comme tous ceux qui sont détenus, ont fui leur pays en quête de sécurité." Dans le cadre de la politique d'immigration draconienne de l'Australie, les migrants qui tentent d'arriver par bateau sont depuis des années envoyés dans des centres de rétention sur la petite île de Nauru, dans le Pacifique, et sur l'île de Manus, en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

"Un grand soutien"

L'année dernière, l'Australie et la Papouasie-Nouvelle-Guinée avaient annoncé que leur "accord régional de réinstallation" prendrait officiellement fin le 31 décembre 2021, mais Nauru s'est engagé à continuer d'accepter les demandeurs d'asile australiens.

Tous les migrants n'ont pas le même sort. Des Afghans ayant fui les talibans ont obtenu l'asile auprès du gouvernement australien. Ils sont hébergés temporairement juste au bout de la rue de l'ancien Park Hotel.

"Le gouvernement a été d'un grand soutien", a confié la semaine dernière à l'AFP l'une de ces réfugiés, Qamaria Sharani. "Nous avons tout laissé derrière nous", ajoute-t-elle, "nous sommes ici pour un avenir meilleur. Pour mes enfants, en particulier". Elle a compati avec ceux retenus dans l'ancien hôtel. "C'est un moment très difficile. Ils ne devraient pas être là et, si cela est possible, ils doivent sortir".

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