24.12.21
05:56

Ouïghours: les Etats-Unis se ferment aux importations du Xinjiang et mettent en garde les entreprises

Joe Biden a signé jeudi une loi interdisant l'achat de produits qui seraient issus du travail forcé des Ouïghours en Chine, et la Maison Blanche a déjà mis en garde les entreprises américaines tentées de fléchir face à Pékin

Le texte signé par le président américain prévoit le bannissement de produits fabriqués en totalité ou en partie dans cette province chinoise, à moins que les entreprises ne soient en mesure d'apporter la preuve que les produits n'ont pas été fabriqués avec du travail forcé.

Il s'agit d'une première mondiale.

La loi demande de porter une attention particulière aux importations de trois produits: le coton, dont le Xinjiang est l'un des grands producteurs mondiaux; les tomates, également produites en masse dans la région; et le polysilicium, un matériau utilisé dans la production de panneaux photovoltaïques. 

Cette loi donne au gouvernement "de nouveaux outils pour empêcher l'entrée sur le territoire de produits fabriqués avec du travail forcé au Xinjiang et pour tenir responsables les personnes et entités derrière ces abus", a indiqué jeudi le secrétaire d'Etat Antony Blinken dans un communiqué, appelant le gouvernement chinois à mettre fin "au génocide et aux crimes contre l'humanité".

Pékin a fustigé ce texte vendredi, accusant les Etats-Unis de "violer le droit international" et de "calomnier" la Chine.

Dans un communiqué, le ministère chinoise des Affaires étrangères a exhorté Washington à "réparer immédiatement ses erreurs", menaçant dans le cas contraire de représailles.

Biden discret 

Dans une rare unanimité, le Sénat a voté le 16 décembre ce texte porté à la fois par des démocrates et des républicains, partisans d'une politique agressive envers Pékin.

Ce vote est intervenu malgré une campagne de lobbying des entreprises américaines, pour certaines très dépendantes de leurs approvisionnements en Chine et qui agitent l'épouvantail de perturbations supplémentaires des échanges commerciaux mondiaux, déjà désorganisés par la pandémie.

Cette mesure est "la plus importante et efficace prise jusqu'à présent pour tenir le Parti communiste chinois responsable de son recours au travail forcé", a commenté le sénateur républicain de Floride Marco Rubio, l'un des auteurs du projet de loi, que la Maison Blanche a remercié dans un communiqué annonçant la promulgation de la loi.

Pendant le processus législatif, l'opposition républicaine a reproché à la Maison Blanche de chercher à ralentir le texte.

Et jeudi, la porte-parole de la Maison Blanche Jen Psaki a été interrogée sur la relative discrétion dans laquelle Joe Biden, qui fait de la rivalité avec la Chine l'axe majeur de sa politique étrangère, a signé le texte.

Ses services ont seulement diffusé une photo de la signature sur Twitter alors que, le même jour, le président a signé en direct devant les caméras une autre loi, destinée à soutenir la recherche contre une maladie neurodégénérative rare.

Imbroglio autour d'Intel

"Parfois il signe les lois sans les caméras, parfois devant les caméras. Nous soutenons ce texte et nous avons mené l'offensive dans le monde pour dénoncer les violations des droits humains", a-t-elle répondu.

Pékin est accusé par les pays occidentaux d'enfermer massivement les Ouïghours, une communauté à majorité musulmane et turcophone de l'ouest de la Chine, dans de vastes camps de travail.

En plus des frictions diplomatiques, cette loi a déjà provoqué jeudi une controverse autour du géant américain des semi-conducteurs Intel.

Dans la foulée de l'adoption du texte au Sénat, et après une volée de sanctions américaines contre des entreprises chinoises, Intel avait envoyé un courrier à ses fournisseurs leur demandant d'éviter de se fournir dans la région.

Cela a suscité une levée de boucliers en Chine, que le fabricant de puces a ensuite tenté de calmer avec un communiqué publié jeudi sur Weibo, la plateforme de réseaux sociaux chinoise: "Notre intention initiale était de garantir le respect des lois américaines (...). Nous nous excusons pour les problèmes causés à nos respectés clients chinois, à nos partenaires et au public."

"Nous pensons que le secteur privé et la communauté internationale devraient s'opposer à l'instrumentalisation, par la Chine, de leurs marchés pour étouffer le soutien aux droits humains", a commenté Jen Psaki, interrogée sur ce communiqué d'Intel.

"Nous pensons également que les entreprises américaines ne devraient jamais ressentir le besoin de s'excuser pour avoir défendu les droits humains fondamentaux ou s'être opposées à la répression", a ajouté la porte-parole de l'exécutif américain.

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