15.12.21
19:51

15 ans requis contre le principal prévenu dans l'affaire du camion charnier qui a causé la mort de 39 migrants

Une peine de 15 ans de prison a été requise mercredi devant un tribunal belge contre un Vietnamien accusé d'avoir organisé le transport d'une partie des 39 migrants vietnamiens retrouvés morts dans un conteneur en Angleterre en 2019.

Deux ans après l’un des plus grands drames liés à la crise migratoire de ces dernières années, un important procès s’est ouvert ce matin à Bruges. 27 personnes sont jugées pour avoir organiser un réseau de traite des êtres humains.

En octobre 2019, 39 migrants vietnamiens ont été retrouvés morts dans un camion frigorifique au Royaume-Uni. Ce camion venait de Zeebrugge.

Le parquet a notamment requis 15 ans de prison contre le principal prévenu.

Il s'agit du principal prévenu, poursuivi comme "dirigeant d'une organisation criminelle", au procès qui se tient jusqu'à jeudi devant le tribunal correctionnel de Bruges (nord). 23 personnes au total sont jugées et la décision ne devrait pas être rendue avant plusieurs semaines.

Ce drame de l'immigration clandestine, qui avait ému le monde entier il y a deux ans, a fait l'objet de procédures judiciaires dans au moins quatre pays.

En Belgique, l'enquête s'est concentrée sur une "cellule" chargée de réunir à Bruxelles, en provenance de France, d'Allemagne ou des Pays-Bas, les candidats à la traversée de la Manche.

Le conteneur était parti du port belge de Zeebruges en direction de l'Angleterre, où a eu lieu la macabre découverte après une nuit de voyage, le 23 octobre 2019, dans la zone industrielle de Grays, à l'est de Londres.

Les victimes - 31 hommes et huit femmes, âgés de 15 à 44 ans - étaient toutes originaires du Vietnam. Elles sont mortes d'asphyxie et d'hyperthermie, en raison de la chaleur et du manque d'oxygène dans l'espace confiné du conteneur.

L'enquête belge a mis au jour une organisation "très bien rodée", disposant de deux planques dans la commune bruxelloise d'Anderlecht par lesquelles sont passées au moins 15 des 39 victimes, a expliqué mercredi la représentante du parquet fédéral.

 

"Conteneur de biscuits" 

Elle a assuré que le parquet était "convaincu que le premier prévenu est le leader de la cellule belge", demandant à l'encontre de Vo Van Hong 15 ans de prison, soit la peine maximale encourue.

Selon la magistrate, ce Vietnamien de 45 ans supervisait le séjour des migrants en transit dans la capitale belge, et leur donnait par exemple "les instructions sur quand allumer ou éteindre leur GSM".

A son service, un réseau de petites mains que l'on retrouve parmi les co-prévenus : les propriétaires des deux planques, les "intendants" chargés des achats de nourriture, de cartes téléphoniques, ou encore des chauffeurs de taxi.

Huit et 10 ans de prison ont été requis contre deux hommes considérés comme les principaux complices de ce trafic d'être humains. Pour les autres, des peines allant d'un à quatre ans de détention ont été demandées.

La majorité des prévenus sont des Vietnamiens ou des Belges d'origine vietnamienne. Six sont de nationalité marocaine et l'un d'eux est d'origine arménienne.

Ce réseau doté de ramifications dans les pays de départ, en Asie du Sud-Est, aurait organisé "au moins 130 transports" vers l'Angleterre via la Belgique, selon le parquet fédéral.

Chaque candidat au voyage a dû débourser en moyenne 24.000 euros, dont la moitié pour arriver en Europe et le reste pour franchir la Manche.

La représentante de l'accusation a aussi rappelé ce rôle de maillon essentiel du trafic qu'a eu une entreprise de transport nord-irlandaise spécialisée dans l'acheminement de biscuits vietnamiens. Elle fut au coeur de l'enquête au Royaume-Uni.

A l'embarquement du conteneur au port de Zeebruges, le 22 octobre 2019, les autorités belges ont été flouées: "D'après le bon de commande, il s'agissait de biscuits vietnamiens", a dit la magistrate, dévoilant un détail glaçant des investigations.

 

"Main ensanglantée" 

Elle-même s'est rendue à Grays pour collaborer avec les enquêteurs britanniques, quelques jours après la découverte des 39 corps. "Ce qui me reste le plus, c'est l'empreinte d'une main ensanglantée sur la porte d'un conteneur", a-t-elle raconté.

Ce drame a jeté une lumière crue sur les risques de l'exil via des filières clandestines, montrant aussi l'absence totale de scrupules de certains trafiquants.

Nombre des victimes étaient originaires d'une région pauvre du centre du Vietnam, où les familles s'endettent lourdement afin d'envoyer l'un des leurs au Royaume-Uni dans l'espoir d'une vie meilleure.

Au Royaume-Uni, sept hommes ont déjà été condamnés en janvier 2021 à des peines allant de trois à 27 ans de prison. Il s'agit notamment des hommes qui étaient chargés d'organiser les rotations de chauffeurs.

L'un d'eux, Eamonn Harrison, un chauffeur routier nord-irlandais âgé d'une vingtaine d'années, a écopé de 18 ans de prison pour avoir convoyé la remorque sur le continent, jusqu'à Zeebruges. Il a assuré lors de son procès à Londres qu'il ignorait la présence à bord de clandestins.

Au Vietnam, quatre hommes ont été condamnés dès septembre 2020 à des peines allant de deux ans et demi à sept ans et demi de prison ferme.

Compte rendu d’audience avec Pol Loncin.

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