10.12.21
09:38

Coca Pola fâche Coca-Cola

"Nous n'avons pas peur d'eux"

La multinationale Coca-Cola a menacé de procès une petite entreprise communautaire indigène du sud-ouest de la Colombie si elle ne changeait pas immédiatement le nom de sa bière produite localement, Coca Pola, a-t-on appris de sources concordantes.

Selon une lettre rédigée par les avocats de Coca-Cola en Colombie et transmise à l'AFP jeudi, le géant mondial a demandé à la communauté Nasa de "cesser et de s'abstenir définitivement d'utiliser le nom Coca Pola ou tout autre terme similaire qui pourrait être confondu avec les marques commerciales détenues" par Coca-Cola. Son utilisation "pourrait aller à l'encontre de la loi sur les marques en Colombie" et "constituer également une violation de la loi sur la concurrence déloyale".

Les règles locales de la "propriété intellectuelle" permettent "d'engager une action civile pour violation de marque contre les utilisations non autorisées", met en garde la missive, datée du 26 novembre, rédigée par le cabinet d'avocats Brigard Castro. La bière, brassée par les Indiens Nasa du département de Cauca, a un nom "très similaire d'un point de vue orthographique et phonétique à la marque de mon client, ce qui pourrait générer une confusion sur le marché et constituer un avantage indu pour la réputation de TCCC (The Coca-Cola Company)", ajoute la lettre.

L'affaire a été révélée mercredi par le quotidien colombien El Espectador, qui en a fait sa Une. Coca Pola est une bière produite par la société Coca Nasa, une entreprise indigène d'alimentations, de médicaments traditionnels, boissons aromatiques et autres produits fabriqués à partir de la feuille de coca, une plante sacrée pour les communautés indigènes. Son nom vient du terme "pola", qui veut dire bière en Colombie, et "coca", diminutif de la plante qui est la matière première de la cocaïne. Le pays d'Amérique du Sud est le premier producteur mondial de cette drogue.

 

Pour David Curtidor, responsable juridique de Coca Nasa, ce n'est pas la première fois que la multinationale américaine les menace juridiquement. "Nous irons aussi loin que Coca-Cola nous mènera. Nous danserons sur n'importe quel air qu'ils joueront. S'ils nous menacent de notre existence même, nous résisterons", a-t-il assuré à l'AFP. Produisant 7.000 bières par mois, Coca Pola existe depuis quatre ans et emploie environ une vingtaine de salariés.

La multinationale a adressé la lettre à Tierra de Indio, un distributeur de la boisson, et lui a donné dix jours ouvrables pour répondre à la demande. "Ils engageront probablement une action en justice mardi ou mercredi, c'est-à-dire à l'expiration du délai d'avertissement, selon leur propre promesse, à moins que nous ne cessions d'utiliser le terme Coca Pola", a expliqué M. Curtidor. "Et comme nous n'allons pas cesser de l'utiliser, nous attendrons le procès et nous répondrons (...) Cela peut paraître un peu grossier mais nous n'avons pas peur d'eux", a prévenu le représentant de l'entreprise indigène.

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