09.12.21
13:01

La grippe aviaire s'invite de nouveau chez les éleveurs français avant les fêtes

La grippe aviaire va-t-elle une nouvelle fois gâcher le réveillon des volaillers français ? Le virus est de retour en France après avoir provoqué des abattages massifs l'hiver dernier et créé des tensions parmi les éleveurs, dont certains refusent d'enfermer leurs animaux.

Dans la ferme de Jean-Paul Gobin, les chapons qui seront abattus pour Noël évoluent encore à l'air libre. "On met un point d'honneur à ce qu'ils soient dans les meilleures conditions. Ils auront passé au moins cinq mois dehors", dit l'éleveur bio des Deux-Sèvres, qui produit également des poulets, pintades et canards maigres.

Il a pourtant reçu une mise en demeure de l'administration lui demandant de se conformer aux règles en vigueur depuis début novembre, qui imposent d'enfermer les volailles habituées au plein air au regard du risque lié à la grippe aviaire. 

La France n'est toutefois pas parvenue à échapper au virus. Depuis le premier foyer détecté fin novembre dans une exploitation du Nord, où 160.000 poules pondeuses étaient élevées toute l'année en bâtiment, quatre autres foyers ont été confirmés dans ce département.

A chaque fois, les animaux sont abattus. 

L'an dernier à la même époque, le virus commençait à se répandre dans les élevages de canards du Sud-Ouest.

L'épisode laisse l'image d'autorités locales et de professionnels de la filière foie gras semblant démunis face à l'emballement des contaminations.

Cette crise - alors la troisième depuis 2015 - a fini par être enrayée au prix de l'abattage, souvent préventif, de plus de 3,5 millions de volailles, essentiellement des canards. Et les éleveurs ont dû attendre avant de pouvoir relancer la production dans les zones touchées, restreignant la production de canards gras (de 30 millions de têtes en 2019 à 23 millions en 2021).

L'interprofession du foie gras Cifog a évalué à 150 millions d'euros la perte globale pour la filière.

Indemnisation des animaux abattus, mesures de soutien économique... La crise a coûté à l'Etat entre 200 et 230 millions d'euros, selon un rapport du conseil général de l'alimentation (CGAAER) qui dépend du ministère de l'Agriculture.

Sans compter que dès qu'un cas est confirmé en élevage, la France perd son statut "indemne" vis-à-vis du virus et donc des débouchés à l'export (Afrique du Sud, Chine, Corée, Cuba, Madagascar, Philippines...).

Désobéissance civile

Pour éviter la répétition du phénomène, et suivant l'avis de l'agence sanitaire Anses, il a été décidé de produire moins de canards par endroits et d'imposer la "mise à l'abri" des volailles quand le risque est jugé "élevé" - c'est le cas depuis début novembre.

Cette dernière mesure, qui touche l'élevage plein air et bio, a fait bondir la Confédération paysanne pour qui c'est l'élevage industriel qui favorise la propagation du virus.

Avec sept autres organisations, dont la Fédération nationale d'agriculture biologique, le syndicat a déposé des recours devant le Conseil d'Etat et soutient les réfractaires au confinement, souvent issus de ses rangs.

"C'est une démarche citoyenne de désobéissance civile" pour Gérard Macé, éleveur bio en Loire Atlantique et membre du collectif "Sauve qui poule" du département. Il se dit toutefois prêt à enfermer ses poules pondeuses "si effectivement le danger est à nos portes". 

Tout comme Jean-Paul Gobin, qui ne s'y "résignera que s'il y a des élevages touchés près de chez (lui)". 

Du côté de la Confédération française de l'aviculture et de la Fédération nationale des producteurs de foie gras, sections spécialisées du syndicat majoritaire FNSEA, on dénonce "un comportement irresponsable, pétri d'idéologie, de clientélisme syndical, de démagogie et qui repose sur une mise en opposition systématique et simpliste des modes d'élevage".

Selon la directrice de l'interprofession du foie gras, Marie-Pierre Pé, les éleveurs récalcitrants, qui seraient privés d'indemnisation en cas de contamination, sont une "petite minorité". 

Elle espère que, grâce aux nouvelles mesures, "le modèle va être robuste maintenant". Tout en concédant qu'elle était "aussi confiante" l'an dernier.

Parmi les professionnels, "on tremble" devant un autre virus, responsable du Covid-19, qui recommence à provoquer des annulations d'évènements festifs, propices à la consommation de foie gras. 

Partager cet article

Partager cet article