07.12.21
17:24

Covid, conflit social: le secteur du tourisme en Martinique durement touché

Le secteur du tourisme en Martinique enchaîne les coups durs: après deux ans de Covid et alors qu'il comptait sur la venue de la Transat Jacques Vabre pour lancer la saison, la crise sociale vient encore le fragiliser

"Je ne veux pas que ce soit l'échec de ma vie" : Judith Talmann s'accroche pour sauver le bar-restaurant O'Pub en centre-ville de Fort-de-France qu'elle a racheté en janvier 2020, deux mois avant la crise du Covid.

"Le Covid et maintenant cette crise sociale", ça commence à faire beaucoup", explique à l'AFP la jeune femme de 38 ans qui emploie quatre salariés. 

"C'est difficile, le matin, on se demande si on pourra arriver au travail, si on aura de quoi servir nos clients parce que les magasins sont vides, nos fournisseurs se retrouvent bloqués sur la route", explique-t-elle.

En 2019, la Martinique a accueilli un million de touristes, moitié moins en 2020 et en prévoit 304.000 pour cette année, selon François Baltus-Languedoc, directeur général du comité martiniquais du tourisme. 

"La crise du Covid plus la crise sociale, notre visibilité en prend un coup pour 2022", assure-t-il depuis son bureau surplombant les bateaux de la Transat Jacques Vabre, qui avait choisi pour la première fois la Martinique comme ligne d'arrivée cette année.

Couvre-feu, barrages, population non vaccinée... En novembre, Judith Talmann n'a perdu "que 40%" de chiffre d'affaires au lieu des 50% du mois précédent, grâce aux skippers de la célèbre course partie du Havre. 

"Mais on avait anticipé un évènement incroyable", explique-t-elle "ils avaient annoncé 90.000 visiteurs sur dix jours, on avait fait des stocks, envisagés des menus spéciaux, des évènements au sein de l'établissement", et les barrages se sont installés.

"Que des crises "

"Les mouvements sociaux vont sûrement avoir un impact qu'on ne ressent pas encore parce qu'il y avait déjà des touristes sur l'île" avant que le conflit n'éclate, selon Celia Saintville, chargée du tourisme à la rhumerie Clément à Le François. 

C'est le cas d'Anne, 72 ans, et son mari, croisés sur une plage du Carnet, à l'ouest de Fort-de-France. "Dès qu'il y a eu les problèmes, on a vécu un autre confinement, on est resté tranquille. On n'a plus bougé", raconte-t-elle à l'AFP. "Mais c'est tellement magnifique ici qu'on ne va pas se plaindre", nuance la vacancière. 

Sur cette même plage de sable noir, Pierre et Amélie, un père de 49 ans et sa fille de 19 ans, avaient réservé depuis plusieurs semaines leurs vacances et n'ont pas modifié leurs plans malgré le conflit. "On a eu une petite appréhension" avant de venir, assurent-ils en cœur. 

"On a ressenti le conflit au niveau des stations essence et des supermarchés", explique Pierre qui n'a été bloqué qu'une fois par un barrage l'obligeant juste à faire demi-tour. 

L’inquiétude de Célia Saintville reste "l'impact" de ce conflit sur l'image de l'île. "Quel relais on va avoir sur les médias nationaux ? La métropole est notre marché principal", explique-t-elle. 

La rhumerie accueillait 200.000 visiteurs par an avant la pandémie. Ils étaient moitié moins en 2021 et devraient encore baisser de 15% cette année.

"Depuis deux jours on enregistre des annulations pour la deuxième quinzaine de décembre, ce qui est inquiétant puisque la saison commence vraiment avant les fêtes", explique M. Baltus-Languedoc. 

"Sur les compagnies aériennes, on a des chiffres d'annulation entre 10 et 15% et pour l'hôtellerie on est à moins 20%", selon lui. 

La compagnie Air Belgium a également reporté l'ouverture de la ligne vers la Martinique au mois de janvier parce que les croisières ne reprennent pas mais aussi à cause de la crainte de la nouvelle vague de Covid.

"Une crise en chasse une autre, depuis 20 mois, on ne gère que des crises. C'est assez lourd pour les professionnels", explique M. Baltus-Languedoc. 

Le tourisme (hôtellerie, activités...) représente 12% du PIB, selon lui. "S'il y a le variant, cela voudra dire que la saison est complétement morte. On croise les doigts", s'inquiète Jean-Yves Bonnaire, président d'une association de chefs d'entreprises. 

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