03.12.21
06:33

Sous pression de Pékin, le chinois Didi se retire de Wall Street

En cinq mois sur la place new-yorkaise, le titre Didi aura perdu environ 45% de sa valeur

Cinq mois et puis s'en va: le chinois Didi Chuxing, équivalent d'Uber dans son pays, se retire vendredi de la Bourse de New York où il était coté depuis cet été, victime de la rivalité technologique Pékin-Washington.

Les start-up chinoises ont longtemps été encouragées à lever des fonds aux Etats-Unis pour se développer. En 2014, le géant du e-commerce Alibaba avait réalisé à Wall Street la plus grosse introduction en Bourse de tous les temps, en levant 25 milliards de dollars.

Mais dans un contexte d'affrontement croissant avec Washington, en particulier dans le domaine technologique, la Chine incite désormais ses pépites à chercher des financements sur ses places boursières (Hong Kong, Shanghai, Shenzhen ou désormais Pékin).

A rebours de bon nombre de ses compatriotes, le chinois Didi avait maintenu fin juin une levée de fonds aux Etats-Unis.

L'entreprise, qui domine dans son pays le marché de la réservation de voitures avec chauffeur (VTC), avait récolté quelque 4,4 milliards dollars (3,7 milliards d'euros).

Mais l'opération avait provoqué le mécontentement de Pékin qui craignait un transfert de données sensibles aux Etats-Unis.

Dans la foulée, les autorités chinoises avaient déclenché une enquête administrative contre Didi en lien avec sa collecte de données privées.

Et elles avaient interdit en Chine le téléchargement de l'appli - une mesure inédite visant un géant de la tech.

La mesure était toutefois sans conséquence pour les utilisateurs de Didi qui avaient déjà installé l'appli sur leur téléphone.

'Dure leçon'

"Après mûre réflexion, la société a entamé le processus de retrait de la cote de la Bourse de New York avec effet immédiat et engagé les travaux préparatoires pour une cotation à Hong Kong", a annoncé Didi dans un bref communiqué. 

Cette décision n'est "pas surprenante", estime Angela Zhang, spécialiste du droit chinois à l'Université de Hong Kong, après la "dure leçon" des régulateurs chinois donnée à Didi.

"Désormais, toutes les entreprises technologiques chinoises vont prendre au sérieux les questions de sécurité autour des données", affirme Mme Zhang à l'AFP. 

Cette décision intervient quelques heures après l'adoption aux Etats-Unis de règles plus contraignantes pour les entreprises étrangères qui y sont cotées.

L'autorité américaine de régulation des marchés financiers, la SEC, est désormais autorisée à sortir de la cote les sociétés qui ne feraient pas auditer leurs comptes par une société agréée.

Les sociétés de Chine continentale et de Hong Kong sont connues pour ne pas se soumettre à cette procédure.

Ruée vers l'Orient

L'an dernier, le chinois Luckin Coffee, concurrent en Chine du géant américain Starbucks, avait défrayé la chronique après une retentissante affaire de fraude comptable. 

L'un des dirigeants de Luckin avait été accusé d'avoir gonflé à hauteur de 2,2 milliards de yuans (290 millions d'euros d'alors) le chiffre d'affaires de l'entreprise.

Sous pression, Luckin avait été contraint de se retirer de la Bourse de New York.

Soumises à une surveillance et des restrictions plus strictes aux Etats-Unis, nombre d'entreprises chinoises optent ces derniers mois pour une seconde cotation en Bourse à domicile, à l'image du moteur de recherche Baidu, ou d'Alibaba.

Présentes aux Etats-Unis, elles sont aussi désormais cotées à Hong Kong, devenue une place attrayante pour les entreprises technologiques chinoises. 

Le réseau social Weibo, coté depuis 2014 au Nasdaq, a ainsi annoncé lundi qu'il effectuerait prochainement une nouvelle levée de fonds dans l'ancienne colonie britannique.

Dans un contexte de nationalisme économique, le pouvoir communiste vient d'ouvrir une nouvelle Bourse à Pékin, destinée aux PME, particulièrement celles actives dans les nouvelles technologies.

Mais le marché chinois n'est pas forcément de tout repos. Il y a un an, Pékin avait bloqué in extremis une nouvelle entrée en Bourse record qu'Alibaba avait prévue à Shanghai et Hong Kong pour sa filiale de paiement électronique, Ant Group.

Ce coup de frein était intervenu au moment où les autorités s'inquiétaient des risques sur le système financier d'une telle levée de fonds, à 27,4 milliards d'euros, qui aurait été la plus grosse de tous les temps.

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