29.11.21
08:53

La disparition annoncée de l’équitation désarçonne les pentathlètes

"Le pentathlon moderne doit évoluer. Le problème, c’est la manière": pour Elodie Clouvel, vice-championne olympique 2016, l'annonce de la suppression de l’équitation de son sport a été un choc, partagé par des jeunes espoirs qui s'interrogent sur leur avenir dans la discipline.

La décision le 4 novembre de supprimer l’équitation du pentathlon moderne, - un sport créé par Pierre de Coubertin en 1912 alliant tir, course, natation, escrime et équitation -, a été précipitée par un incident durant les Jeux de Tokyo en août dernier. 

Les images de l’Allemande Annika Schleu s’évertuant à faire avancer à coups de cravache et d’éperons le cheval Saint-Boy, ont relancé les débats sur les violences envers les animaux. Son entraîneure Kim Raisner avait été exclue des JO pour avoir frappé l’animal.

L'affaire Saint-Boy a mis en lumière les limites des règles de l’épreuve d'équitation dans le pentathlon: les cavaliers tirent au sort leur cheval et n’ont que vingt minutes de préparation avant l’épreuve. "On est conscient que le pentathlon moderne doit évoluer, explique Elodie Clouvel. Le problème, c’est la manière (dont l’annonce a été faite) comme ça, sans concertation".

"Aujourd’hui on ne peut plus manager de cette manière, il y a une concertation qui doit être faite", renchérit son compagnon Valentin Belaud, double champion du monde.

Pétition

La décision de la fédération internationale (UIPM) qui devrait entrer en vigueur après les JO-2024 de Paris a provoqué la colère des pentathlètes du monde entier: dans une pétition en ligne qui avait recueilli au 25 novembre près de 7.000 signatures, ils réclament la démission du bureau exécutif de l'UIPM.

Pour calmer les esprits, l’UIPM a lancé un large processus de concertation, avec un groupe de travail ad hoc qui examinera les propositions pour remplacer l'équitation et qui devrait rendre son verdict en novembre 2022. La suppression de l’équitation plonge les pentathlètes dans le flou, notamment les plus jeunes, qui pensent déjà aux JO-2028 de Los Angeles. 

"Je ne sais même pas si je continuerai le pentathlon après 2024, suivant le sport qui sera choisi. En plus, apprendre un sport à 22 ans, c’est difficile on ne sait pas si on sera performant", explique Pierre Dupuy, 19 ans, licencié au Racing Multi Athlon (RMA Paris) à Paris, une participation aux Championnats du monde junior 2019 en poche.

Cédric Chatellier, 18 ans, et Mathis Rochat, 19 ans, ses deux compagnons d’entraînement acquiescent: "Si la nouvelle discipline est annoncée en 2022, il faudra qu’on commence les entraînements pour ce nouveau sport, tout en continuant à pratiquer l’équitation. On aurait donc six disciplines à travailler", s'inquiéte Mathis Rochat. 

Les trois étudiants s'entraînent déjà plus de deux heures par jour, du lundi au samedi, séances auxquelles s’ajoute une semaine de stage intensif pendant les vacances.

"Un deuil"

"L’arrivée d’une nouvelle discipline va totalement changer notre sport, nos entraînements, notre préparation physique", soulignent les jeunes. Valentin Belaud, lui, nuance: "On ne change que 20% de notre sport, et puis c’est dans trois ans. Paris, ça sera la clôture de quelque chose, ça sera une belle histoire. Pour moi, ça sera un deuil, j’ai grandi avec des chevaux autour de moi... Los Angeles en 2028, ça sera la nouvelle génération".

Pour l’UIPM, il faut moderniser le sport, le rendre plus durable, plus abordable aussi pour garantir sa place aux Jeux et répondre aux attentes du Comité international olympique (CIO). "En France, on est privilégié, mais dans d’autres pays l’accès à l’équitation est réservé aux plus aisés, c’est un frein au développement de notre sport", concède Valentin Belaud.

Même en France pratiquer l’équitation en plus des quatre autres sports peut être un casse-tête. "L’équitation en général, on essaye d’en faire une fois par mois, alors que les autres sports on s’entraîne presque tous les jours", expliquent les trois licenciés du RMA Paris. "Moi mon club (d'équitation) est en Normandie donc je n’y vais pas souvent. On pratique l’équitation lors des stages d’une semaine, où on monte au moins deux fois", précise Mathis Rochat.

Tous sont conscients que leur sport joue gros: "Si le pentathlon n’est plus un sport olympique alors il n’existe plus", prévient, fataliste, Cédric Chatellier.

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