11.11.21
19:13

Loukachenko "bluffe" en menaçant l'UE sur le gaz, selon la cheffe de l'opposition bélarusse

La cheffe de l'opposition bélarusse Svetlana Tikhanovskaïa a qualifié de "bluff" jeudi la menace du président Alexandre Loukachenko de couper les livraisons de gaz russe transitant par son pays vers l'UE en cas de nouvelles sanctions européennes.

"Ce serait plus dommageable pour lui, pour le Bélarus, que pour l'Union européenne et je peux supposer que c'est du bluff", a-t-elle déclaré à l'AFP lors d'une interview à Berlin, ajoutant ne plus croire à une résolution de la crise par voie diplomatique.

"Je ne la prendrais pas au sérieux (sa menace), car il y a aussi un intérêt russe dans cette affaire", a-t-elle estimé après avoir assisté à un discours sur le sujet du ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas devant le Bundestag.

Ce dernier avait estimé qu'il était "grand temps" de tirer les conséquences contre le Bélarus, accusé de fomenter une crise migratoire à sa frontière avec la Pologne, et que l'UE allait dès la semaine prochaine "étendre et renforcer ses sanctions contre le régime de Loukachenko". 

En représailles, l'homme fort de Minsk a affirmé jeudi que son pays répondrait à toute nouvelle sanction européenne, notamment en menaçant d'interrompre les livraisons du gazoduc Yamal-Europe qui achemine du gaz russe en Allemagne et en Pologne, notamment.

Lors d'un nouvel entretien téléphonique jeudi avec la chancelière Angela Merkel, le second en deux jours, le président russe Vladimir Poutine a appelé l'Union européenne à rétablir les contacts avec le Bélarus pour désamorcer la crise.

Mais Mme Tikhanovskaya a demandé à l'UE de rester ferme. 

"Nous sommes reconnaissants envers la position des pays européens de ne pas communiquer avec une personne sans légitimité dans le pays, avec un criminel qui a commis tant de tortures au Bélarus", a-t-elle dit.

La réélection il y a plus d'un an du président Loukachenko avait été contestée pendant des semaines lors de manifestations sévèrement réprimées.

"Les migrants sont les otages de ce régime" qui les considère comme "de la chair à canon", a poursuivi Mme Tikhanovskaïa qui plaide pour une intervention des ONG pour venir en aide aux "personnes les plus vulnérables".

Cependant, elle a estimé que la voie diplomatique n'était plus suffisante car "ce régime ne comprend que la force du pouvoir".

"Les sanctions sont peut-être le seul levier dont dispose l'Union européenne pour faire changer le comportement de Loukachenko", estime-t-elle.

Elles devraient, selon elle, toucher en premier lieu les "organisations et les entreprises d'État qui ont été nationalisées" par le président Loukachenko.

Elle appelle également les pays européens à échanger avec les pays d'origine de ces migrants, notamment l'Irak, pour qu'ils empêchent leurs nationaux de rejoindre le Bélarus.

"Cela peut être un moyen de sortir de la situation, de ne pas communiquer avec le régime illégal" de Minsk, a-t-elle plaidé.

 

AFP

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