05.11.21
13:41

"On ne peut pas sélectionner les patients"

Les chiffres d'hospitalisation poursuivent leur hausse et des hôpitaux doivent reporter des opérations non urgentes pour se concentrer sur les patients covid. 364 patients Covid sont actuellement en soins intensifs.

Ces reports, "c'est une réalité et c'est un problème parce qu'évidemment, les gens ont besoin d'avoir une certaine prise en charge de pathologies autres que le Covid," explique Jean-Cristophe Goffard, chef du service de médecine interne et responsable des unités Covid 19 à l’hôpital Erasme. "Et on ne peut pas reporter indéfiniment des soins, ou choisir entre des personnes malades en fonction de la priorisation, ou de la gravité de la maladie, etc. Donc, c'est très compliqué mais c'est surtout lié à la diminution du personnel soignant et à la difficulté de gérer les horaires du personnel soignant. Qui sont parfois en quarantaine parce qu'ils ont été cas contact, ou qui sont en arrêt maladie, ou qui sont simplement épuisés par le nombre de décès qu'ils ont rencontrés... Et par la flexibilité dont ils ont dû faire preuve depuis un an et demi. On peut tout à fait comprendre notre personnel soignant."


"Mais c'est aussi parce que la vaccination est imparfaite. On a beaucoup de personnes vaccinées, heureusement, qui du coup échappent à l'hospitalisation. Mais vous êtes à 55% de vaccination à Bruxelles, donc très clairement l'immense majorité des personnes hospitalisées, en proportion des personnes vaccinées, sont à comorbidités, obèses, hypertendues, qui ont eu plus peur du vaccin que du virus, et se retrouvent hospitalisées. A la fois dans les salles d'hospitalisation - mobilisant du personnel soignant - et dans des salles de soins intensifs - empêchant d'avoir des interventions lourdes qui soient réalisées parce qu'il n'y a pas de lits disponibles aux soins intensifs."

 

D'autres sources sur le terrain évoquent des chiffres d'absentéisme au sein du personnel soignant, allant jusqu'à 40% pour ces mêmes raisons. 

 

"On ne peut pas sélectionner les patients"

De son côté, l’hôpital universitaire UZ Gent a annoncé qu’il ne réserverait plus de lits pour les patients atteints du Covid-19, "majoritairement non vaccinés" au détriment d’autres pathologies. 

"On ne peut pas sélectionner les patients. Notre rôle, c'est simplement d'offrir les meilleurs soins aux patients, quelle que soit la pathologie sous-jacente, quels que soient les risques qui ont été pris par les patients. La notion de faute en médecine n'a aucun sens. Nous soignons les gens. C'est notre rôle de combattre la maladie, quelle qu'en soit l'origine, la nature ou le degré d'évitabilité. La plupart des pathologies que l'on traite sont des pathologies évitables, chez des gens qui ont fumé, qui ont bu, qui ont une hygiène de vie moins bonne, etc. Quel que soit le facteur de risque, tous les patients sont pris en charge de façon adéquate."


"Nous avons une flexibilité pour pouvoir finalement adapter les soins à la demande à un moment donné. Quelqu'un qui doit avoir un pontage, il aura son pontage et c'est vraiment une flexibilité qui est nécessaire. Mais c'est aussi au prix d'un épuisement du personnel. Cette flexibilité. Ces changements constants d'horaires, de disponibilité, de réquisitions, etc. C'est compliqué, pour, de nouveau, une absence de valorisation promise par le gouvernement pour autant."

 

Une interview de Romuald La Morté

Partager cet article