05.11.21
21:18

Le chanteur Jean-Luc Lahaye mis en examen pour viol et placé en détention provisoire

Six ans après sa condamnation pour corruption de mineure, le chanteur Jean-Luc Lahaye, 68 ans, a été mis en examen vendredi pour viol et écroué, soupçonné d'avoir agressé sexuellement deux adolescentes à partir de 2013, ce qu'il conteste.

A l'issue de quarante-huit heures de garde à vue dans les locaux de l'Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP), l'ex-vedette des années 1980 a aussi été mise en examen pour "agression sexuelle de mineurs de plus de 15 ans, corruption de mineur" et abus de faiblesse, a indiqué une source judiciaire. 

Il a en revanche été placé sous le statut plus favorable de témoin assisté pour "détention d'image à caractère pédopornographique", selon une source proche du dossier. Une juge des libertés et de la détention (JLD) a ordonné son placement en détention provisoire, conformément aux réquisitions du parquet.

Dans le box, le chanteur de variétés, masque et doudoune noirs, a répondu d'une voix rauque aux questions de la magistrate sur son identité, visiblement abattu. Ses avocats, Me Camilla Quendolo et Me David Apelbaum, n'ont pas souhaité faire de commentaire. L'interprète de "Papa chanteur" conteste avoir eu des relations sexuelles avec deux adolescentes qui avaient entre 15 et 17 ans, à partir de 2013.

Il leur aurait aussi "demandé, par internet et caméras interposées, de se dévêtir et de prendre des poses sexuelles", selon Le Parisien, une information confirmée à l'AFP par une autre source proche du dossier.

Interpellée également mercredi, la fille du chanteur a vu sa garde à vue pour "subornation de témoins et complicité de viol sur mineur de plus de 15 ans" levée le jour-même en raison de son état de santé. 

Deux femmes, entendues pour "non-dénonciation de crime et complicité de viol sur mineur de plus de 15 ans", ont été relâchées mercredi et jeudi, sans poursuite à ce stade. Il s'agit des mères des deux adolescentes: elles auraient encouragé leurs filles à avoir des relations avec le chanteur et leur auraient demandé ensuite de taire les faits.

Le parquet a ouvert une information judiciaire vendredi portant sur l'ensemble des chefs des gardes à vue, a indiqué la source judiciaire.  Une enquête préliminaire avait été ouverte début 2021, après une nouvelle plainte des deux jeunes filles, nées en 1998 et 2000. Elles avaient auparavant porté plainte contre le chanteur, mais s'étaient ensuite rétractées.

"Relation d'emprise"

Parmi les deux plaignantes figure l'adolescente à laquelle Jean-Luc Lahaye avait demandé de s'adonner à des jeux sexuels par webcam interposée, alors qu'elle avait 15 et 16 ans. Il avait été condamné pour ces faits à un an d'emprisonnement avec sursis le 18 mai 2015 pour corruption de mineure.

Dans les très nombreux messages échangés en 2013 et 2014 entre Jean-Luc Lahaye et l'adolescente, cités par le jugement consulté par l'AFP, le chanteur se montre d'abord hésitant. "Tu es vraiment un bébé", "je pourrais largement être ton père", "t'es trop jeune" lui écrit-il. Puis il devient de plus en plus pressant, sollicitant de l'adolescente actes sexuels et poses pornographiques. Parfois, il semble reculer: "ton âge me fait tellement peur", "le code pénal", "j'ai eu de gros problèmes".

Lors du procès, le chanteur de variétés avait fini par reconnaître les faits, tout en précisant que l'adolescente se montrait "très entreprenante et provocatrice" lors de "longues conversations téléphoniques". Dans son jugement, le tribunal avait considéré que l'interprète profitait "de la relation d'emprise établie grâce à sa notoriété" pour exiger "des actes obscènes de cette jeune fille qui n'a que des rêves romantiques". 

L'expert psychiatre qui l'avait examiné dans cette procédure avait relevé "des éléments de dysfonctionnement en rapport avec un passé douloureux, marqué par une carence affective majeure", rappelant l'abandon du chanteur à l'âge de six mois.  "Une injonction de soins est conseillée et même nécessaire", avait-il conclu, mais le tribunal n'en avait pas ordonné.  "J'avais décelé à l'audience les traits d'une grande perversité", a relaté à l'AFP Me Olivier Baratelli, avocat de la Fondation pour l'enfance.

Jean-Luc Lahaye avait également été condamné en 2007 à 10.000 euros d'amende pour des relations sexuelles avec une mineure de 15 ans.

Petite délinquance

Né le 23 décembre 1952 à Paris dans une famille très pauvre qui le confie rapidement à la DDASS, il alterne familles d'accueil et foyers de l'Assistance publique jusqu'à l'âge de 17 ans. Après une période de petite délinquance (il raconte dans Paris-Match avoir fait six mois de prison à l'âge de 17 ans en 1976 pour un vol de voiture), il passe un CAP d'ajusteur et cherche à devenir chanteur. 

Le beau gosse brun à l'allure un peu voyou sera un moment serveur dans un restaurant fréquenté par le show-biz, chauffeur de Zizi Jeanmaire, vendeur de motos, tout en étant hébergé dans un studio prêté par Dalida qui l'a pris en affection. Selon la légende qu'il entretient, il rencontre la chance à un feu rouge quand il tape dans l'œil d'un couple de paroliers qui lui font enregistrer le disque "Femme que j'aime".

Faute d'intéresser les grandes radios nationales, il fait le tour des radios libres, alors en plein développement, notamment la toute jeune NRJ qui lance véritablement sa carrière et fait de sa chanson le tube de l'été 1983. En 1984, nouveau succès avec "Papa chanteur", ballade écrite à la naissance de sa fille.

Revival nostalgique

Entre les galas, il publie un livre autobiographique "Cent familles", succès d'édition, qui sera le point de départ de la fondation du même nom venant en aide aux enfants défavorisés. Le premier établissement d'accueil est inauguré le 8 octobre 1986 à Clichy-sur-Seine, en présence du président François Mitterrand.

Le chanteur est devenu une vedette et va même animer pendant une saison une émission sur TF1, "Lahaye d'honneur". Avec l'arrivée des années 1990, les lumières des projecteurs s'éteignent progressivement. Jean-Luc Lahaye ouvre dans les années 2000 un resto-discothèque à Aubervilliers, en Seine Saint-Denis, "Studio 287", devenu un haut lieu des afters parisiennes. Mais incidents et descentes de police s'y multiplient et il revend ses parts.

En 2004, il revient à la chanson avec un nouvel album "Gloria", nouveau disque d'or, et remonte sur scène. Il chante notamment à l'Olympia à guichets fermés. Et le voilà alors surfant sur le revival nostalgique avec la tournée à succès RFM Party 80. Un show qui connaîtra son prolongement au cinéma, avec "Stars 80" et sa suite.

Où il s'amuse de son image sulfureuse et de son attirance pour les très jeunes femmes. En 2017, une de ses répliques apparue dans la bande-annonce de "Stars 80, la suite" - "Mes copines sont au lycée !" - suscite les critiques de l'association la Voix de l'enfant. Le producteur du film annonce d'ailleurs dans la foulée qu'il la retire du montage final.

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