27.10.21
13:32

Menacé d'une crise politique, le Portugal suspendu au vote du budget

Le Parlement portugais se prépare à rejeter mercredi le budget de l'Etat pour 2022 du gouvernement socialiste d'Antonio Costa, lâché par ses anciens alliés de la gauche radicale au risque de provoquer des élections législatives anticipées.

L'échec annoncé du projet de loi de finances ouvrirait la voie à la dissolution du Parlement et à la convocation d'élections, a prévenu le président de la République, le conservateur Marcelo Rebelo de Sousa, dans l'espoir de forcer un compromis entre l'exécutif minoritaire et les formations qui le soutiennent depuis fin 2015.

"Ma position est très simple: soit il y a un budget, soit c'est la dissolution", a-t-il insisté lundi, convaincu que le pays ne peut se passer d'un outil clé pour relancer l'économie grâce aux fonds européens alloués dans le contexte de la pandémie de Covid-19.

"S'il n'y a pas de budget, les élections doivent se tenir le plus vite possible", c'est-à-dire dès le mois de janvier, a renchéri mercredi le chef de l'opposition de droite, Rui Rio, qui va voter contre la loi de finances.

"Nous ne voulons pas d'élections, mais nous ne les craignons pas", avait indiqué ce week-end le Premier ministre. Il a depuis exclu de démissionner de son propre chef et promis de mener son camp si le chef de l'Etat use de son pouvoir de dissolution.

Avant le vote crucial qui doit intervenir en fin de journée, M. Costa semblait avoir renoncé à convaincre au moins une des deux formations de la gauche antilibérale, le Bloc de gauche ou le Parti communiste, de s'abstenir pour permettre l'adoption du projet de budget.

Fragile union de la gauche

Les socialistes sont arrivés au pouvoir il y a six ans à la faveur d'une alliance inédite avec ces deux partis. Ils l'ont soutenu pendant son premier mandat sans pour autant entrer au gouvernement.

A l'époque, la gauche avait surmonté ses divisions pour tourner la page de la politique d'austérité mise en œuvre par la droite en échange du plan de sauvetage international accordé au Portugal en 2011. Mais les discussions autour du budget 2022 ont buté notamment sur la volonté de la gauche radicale d'abroger des dispositions du code du travail héritées du temps de la "troïka" des créanciers (UE-BCE-FMI).

Cette fragile union de la gauche -- connue par les Portugais sous le nom de "geringonça", expression désignant un attelage de fortune -- a commencé à se fissurer dans la foulée des élections de l'automne 2019.

Vainqueur mais resté à huit sièges de la majorité absolue, M. Costa s'est alors dispensé de négocier de nouveaux accords garantissant la stabilité jusqu'aux législatives prévues fin 2023, préférant négocier les soutiens parlementaires nécessaires au cas par cas.

"Hara-kiri politique"

Il y a un an, le budget 2021 a ainsi été adopté de justesse grâce à l'abstention de la coalition communistes-verts et d'un petit parti animaliste.

Cette année, l'impasse budgétaire s'est matérialisée lorsque le Parti communiste, emboîtant le pas au Bloc de gauche, a annoncé lundi son intention de voter contre le projet du gouvernement, réclamant davantage d'efforts en faveur du pouvoir d'achat et des services publics.

Pourtant, le scénario de législatives anticipées risque de pénaliser toutes les forces en présence, à l'exception de l'extrême droite qui espère confirmer sa percée à l'élection présidentielle de janvier dernier, a commenté auprès de l'AFP la politologue Paula Espirito Santo, de l'Université de Lisbonne.

Dans sa volonté de se démarquer du pouvoir socialiste, la gauche radicale risque un "hara-kiri politique", tandis que le Premier ministre et le président doivent maintenant gérer "le pire scénario possible pour le Portugal", qui comptait émerger de la crise sanitaire grâce au succès de sa campagne de vaccination, a-t-elle ajouté. A droite, les deux partis conservateurs sont eux aussi pris à contre-pied, en proie à des disputes internes et en mal de leader faisant l'unanimité.

Partager cet article

En lien avec l'article