27.10.21
13:59

Le ralentissement économique de l'Allemagne menace les ambitions du futur gouvernement

Reprise poussive, usines privées de composants, flambée des coûts de l'énergie, avenir des dépenses publiques: le nouveau gouvernement allemand n'a même pas encore pris ses fonctions que les défis économiques s'imposent déjà à son agenda.

Le gouvernement sortant d'Angela Merkel a révisé mercredi en nette baisse sa prévision de croissance pour 2021, à 2,6% contre 3,5% encore attendu au printemps. Principale cause: les pénuries de composants et de matières premières qui brident la reprise post-covid du pays particulièrement dépendant de sa puissante industrie exportatrice.

"De nombreux biens et marchandises ne peuvent être livrés, parce qu'il y a des pénuries de matières premières", a expliqué mercredi le ministre de l'Economie Peter Altmaier. Il s'est voulu rassurant, en prédisant un "veritable boom" en 2022 avec une hausse du PIB de 4,1%. "À la fin du premier trimestre [2022], nous aurons probablement atteint et dépassé le niveau (...) d'avant la pandémie", a-t-il détaillé lors d'une conférence de presse.

Mais cet objectif, "un trimestre plus tard que prévu", sera réalisé "à condition que (...) les blocages soient réduits dans les prochains mois".

Fin d'année morose

Pour le moment, les indicateurs inquiétants s'enchaînent comme autant de signaux adressés aux trois partis -sociaux-démocrates, Verts et libéraux- qui négocient actuellement la formation d'une coalition.

Les carnets de commandes des fabricants de voitures ou de machines-outils sont pleins mais les chaînes de production tournent au ralenti, ou sont contraintes à l'arrêt, tandis que la hausse du prix du bois, des plastiques, des métaux, du gaz alourdit la facture. En septembre, les industriels allemands ont vu leurs coûts grimper de 14,2 % sur un an. Ils n'avaient pas connu une telle hausse depuis octobre 1974, c'est-à-dire à la suite du premier choc pétrolier.

La production industrielle a plongé de 4% en août sur un mois. Les exportations, qui n'avaient cessé de se redresser depuis la première vague de Covid-19, ont fléchi de 1,2%. Ces pénuries ont fait grimper l'inflation, qui devrait atteindre 3,0% cette année, au plus haut depuis 1993, selon les prévisions du gouvernement publiées mercedi.

Au dernier trimestre, "l'économie allemande ne devrait pas faire mieux que stagner", prévoit Andrew Kenningham, économiste chez Capital Economics. D'autant que la menace liée à la crise sanitaire n'est pas totalement écartée. "Nous sommes à l'aube d'un deuxième hiver de pandémie, avec des chiffres d'infection qui grimpent (...) aussi en Allemagne, ce qui est alarmant", a également mis en garde Peter Altmaier.

La pandémie de coronavirus repart en Europe, après avoir stagné ces derniers mois, avec une hausse de 18% des cas cette semaine. Même si "aucun nouveau confinement n'est imposé", ce regain épidémique pourrait "entraîner des effets économiques négatifs", a expliqué le ministre.

"Créativité"

Face à ces incertitudes, le moral des entrepreneurs allemands a reculé en octobre pour le quatrième mois d'affilée. C'est "un indice pour la coalition naissante" qui va devoir "éviter autant que possible d'imposer des charges supplémentaires à l'économie", juge Jens-Oliver Niklasch, économiste à la banque LBBW.

Dans les négociations politiques en cours à Berlin, les trois partis font figurer en tête des priorités un plan d'investissements massifs, indispensable pour que l'Allemagne décarbone et numérise son économie. Le montant des dépenses à engager dans la prochaine décennie est évalué entre 30 et 50 milliards d'euros par an, selon différentes estimations.

Les futurs partenaires de gouvernement ont promis de faire preuve de "créativité" pour dégager les ressources nécessaires mais la voie est étroite: ils se sont engagés à ne pas augmenter les impôts, ni en créer de nouveaux; ils veulent aussi revenir au dispositif de "frein à l'endettement", qui empêche l'Etat d'emprunter plus de 0,35% de son PIB chaque année.

Cette règle a été suspendue, comme le permet la constitution, pour affronter la pandémie de coronavirus, à coup de centaines de milliards d'euros d'aides publiques. "Les recettes de l'Etat seront peut être plus faibles dans les prochains mois, mais cela sera ensuite compensé" par le rebond attendu, a voulu rassuré mercredi Peter Altmaier.

Avant de revenir à l'orthodoxie en 2023, plusieurs voix, y compris dans le camp des adeptes de la rigueur, plaident tout de même pour un tour de passe-passe budgétaire: gonfler au maximum l'enveloppe des nouveaux emprunts à contracter l'an prochain, dernière année de suspension du frein à l'endettement, pour constituer une cagnotte affectée aux investissements d'avenir.

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