26.10.21
14:55

A quoi sert encore le pass sanitaire en France ?

Le pass sanitaire, qui fait partie du quotidien des Français depuis l'été, joue un rôle de plus en plus incertain dans la lutte contre le Covid-19. Mais, par précaution, le gouvernement et certains chercheurs veulent le maintenir au moins tout l'hiver.

En Belgique, parmi les nouvelles mesures annoncées ce mardi 26 octobre: l'élargissement du Covid Safe Ticket dans tout le pays. Côté français, s'interroge encore...

"On a du mal à comprendre ce que vous attendez de la prolongation du pass sanitaire",

a demandé mardi le sénateur Bernard Jomier, également médecin, au ministre de la Santé, Olivier Véran.

Le gouvernement souhaite en effet faire adopter un projet de loi, dit de vigilance sanitaire, qui permettrait de prolonger pendant des mois l'usage du pass, actuellement prévu jusqu'à mi-novembre.

Pour quoi faire ? A son entrée en vigueur, pendant l'été, les choses étaient simples. Le pass, qui prouve qu'une personne est vaccinée contre le Covid ou qu'elle vient d'être testée négativement, devait accélérer la campagne de vaccination.

Sur ce plan, c'est un succès indiscutable. En imposant cet outil pour entrer dans de nombreux lieux - restaurants, cinéma, TGV... - les autorités ont fait de la France l'un des pays européens les plus vaccinés, alors qu'elle n'était pas très en pointe avant l'été.

La question, désormais, c'est de savoir si le pass peut servir à autre chose. Son usage est-il, par lui-même, en mesure de réduire la circulation de l'épidémie au prix d'une atteinte aux libertés publiques ? 

Plusieurs responsables politiques, comme M. Jomier, s'inquiètent de voir s'installer dans la durée un outil liberticide. De même, la Cnil, gendarme des données personnelles, s'inquiète d'un risque d'"accoutumance".

Pour ses défenseurs, à commencer par le gouvernement français, le pass sanitaire permet d'éviter de transformer des lieux publics en foyers épidémiques, en freinant l'accès des non-vaccinés.

Mais cet effet est difficile à évaluer.

"Le rôle du (pass) sanitaire en tant que mesure favorisant la protection des individus est plus difficile à mettre en évidence", admettait début octobre le Conseil scientifique, qui joue un rôle consultatif auprès du gouvernement.

Dans d'autres pays européens, les évolutions récentes plaident certes plutôt pour un maintien du pass. Le Royaume-Uni et dans une moindre mesure le Danemark subissent un net rebond des contaminations après avoir levé l'obligation du pass sanitaire.

 

"Ceinture et bretelles" 

Reste qu'il est difficile de déterminer ce qui vient de l'interruption du seul pass et ce qui est lié à l'allègement plus large de nombreuses restrictions sanitaires dans ces deux pays.

A ce titre, M. Véran a estimé mardi que l'usage du pass réduisait de 30% la circulation du virus mais a précisé que ce chiffre s'entendait en prenant aussi en compte "les mesures de jauges et de gestion qui sont encore en vigueur".

En l'absence de données précises, l'argument principal du ministre, qui assure de sa "volonté farouche" d'abandonner le pass dès que possible, se base surtout sur le principe de précaution.

"On n'a pas suffisamment de recul à ce stade pour pouvoir nous priver d'un outil qui est fonctionnel (et) qui est bien accepté par les gens", a-t-il déclaré aux sénateurs, reconnaissant une stratégie "ceintures et bretelles".

"Imaginez que vous ayez des voitures automatiques dont on vous dise qu'elle sont parfaitement sûres et ne produisent plus d'accidents de la route", a-t-il insisté. "Est-ce que, pour autant, dès les premiers mois vous allez retirer (...) la ceinture obligatoire?"

Certains chercheurs estiment aussi qu'il vaut mieux maintenir le pass le temps de s'assurer que les vaccins continuent à très bien protéger contre les formes graves du Covid-19, ce qui est pour l'heure le cas.

"La sagesse, c'est de ne pas trop toucher à un dispositif qui marche, qui nous permet d'être plutôt bien par rapport à certains de nos voisins comme les Anglais", juge auprès de l'AFP Arnaud Fontanet, épidémiologiste à l'Institut Pasteur et membre du Conseil scientifique.

Le gouvernement se laisse même la possibilité d'aller encore plus loin et de conditionner le pass à une dose de rappel de vaccin chez les personnes censées en bénéficier. M. Véran a confirmé qu'il demanderait aux autorités sanitaires un avis sur le sujet.

Mais le gouvernement a aussi semé le flou en excluant la semaine dernière de rendre le pass obligatoire lors des meetings politiques de la campagne présidentielle de 2022.

 

AFP

Partager cet article

En lien avec l'article