11.10.21
11:07

Des manifestations ce dimanche aussi en Pologne, mais pro-européennes

Des manifestations ce dimanche, aussi en Pologne. Des manifestations pro-européennes. Une manifestation qui fait suite à la décision de la cours constitutionnelle polonaise de ne pas reconnaitre la supériorité du droit européen.

Chez nous, c’était pour le climat, mais en Pologne aussi, des milliers de personnes ont manifesté hier soir. Je vous ferais bien un florilège des meilleurs slogans de la manif, mais malheureusement je ne parle pas très bien polonais. Par contre, ce que je peux vous dire, c’est qu’ils avaient quasi tous des drapeaux bleus aux étoiles européennes.

Partout, des dizaines de milliers de personnes ont répondu à l’appel de l’ancien Premier Ministre Donald Tusk et sont descendues dans la rue pour “sauver la Pologne” comme il l’a écrit sur Twitter. Et défendre l’appartenance de leur pays à l’Union européenne. Une appartenance qui ne semble plus tenir qu’à quelques fils après la décision de la justice polonaise jeudi dernier.

Le tribunal constitutionnel polonais a estimé que certains articles du traité de l'Union européenne étaient "incompatibles" avec la Constitution. Une prise de position qui pourrait marquer un premier pas vers un Polexit, c’est-à-dire une sortie de la Pologne de l’Union européenne. Concrètement, qu’est-ce que cette décision veut dire ?

En gros, la Pologne ne veut plus que les traités de l’Union soient au-dessus de ses propres lois, de sa propre constitution. Elle y voit une ingérence européenne et un manque de souveraineté. Sauf que cela remet en question un des principes fondateurs de l’Union européenne. Le principe même que le droit européen s’impose aux pays membres. C’est un peu comme si, après plus de 15 ans de mariage, la Pologne disait “Ok, on reste ensemble mais je ne respecte plus notre contrat. Maintenant, je fais ce que je veux.”

Et forcément, cette volonté de changer les règles en plein milieu du jeu, règles que la Pologne a elle même signées et acceptées, fait trembler l’Europe toute entière. La Pologne frappe ici son dernier coup après plusieurs années de relations déjà très tendues avec l’Europe. Ça veut dire que la Pologne pourrait vraiment quitter l’Europe et annoncer son Polexit?

Serait-ce le premier pas vers un divorce annoncé ? Comme on l’a connu avec le Royaume-Uni ? On n’en est pas encore là. Mais cette prise de position par la plus haute juridiction polonaise rapproche quand même le pays d’un polexit. Législatif en tout cas. Qui plus est, cette décision est encore plus à craindre que lors du Brexit, car ici, la Pologne ne critique pas les décisions européennes, mais bien “ce qui fait” l’Europe. Qui plus est, la sortie de la Pologne peut faire mal en raison de son poids démocratique car c’est le cinquième plus grand pays d’Europe.

Et ce serait d’ailleurs plutôt paradoxal parce que l’opinion publique est clairement pro-européenne.
Selon les sondages, les Polonais soutiennent à plus de 80% l’appartenance à l’Union, à laquelle ils ont adhéré en 2004. Aujourd’hui, quels sont les moyens dont dispose l’Europe ? Comment peut-elle riposter ?

La décision polonaise est prise très au sérieux par la Commission et l’Europe cherche les meilleurs moyens d’agir, selon Didier Reynders, commissaire européen à la justice. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a assuré que “Bruxelles allait utiliser tous ses pouvoirs” pour garantir que la Pologne respecte le droit européen. Alors, concrètement, quels sont ces pouvoirs ? D’abord, il y a la carotte financière et donc, l’Europe pourrait sanctionner financièrement la Pologne pour non-respect de l’état de droit. C’est ce qu’il faudrait faire au plus vite selon les eurodéputés. Elle peut aussi porter l'affaire devant la Cour de justice, mais la procédure prendrait des années.

Mais le moyen le plus efficace reste de frapper directement au portefeuille. Car la Commission n’a pas encore donné son feu vert au plan de relance post-covid polonais. Une enveloppe de 57 milliards d’euros. C’est du chantage ? Oui, mais c’est le seul moyen de rappeler à la Pologne ce qu’appartenir à l’Europe veut dire. Défiée depuis quelques années par les dirigeants Hongrois et polonais sur des questions fondamentales de l’état de droit, sur les valeurs européennes. L’Europe ne peut plus tergiverser. Elle doit réagir.

Cela dit, depuis 2015 et l'arrivée au pouvoir du parti “Droit et Justice”, les relations entre Varsovie et Bruxelles sont plutôt tendues. D’où vient cette crise à la base ? Ça fait un moment que les deux parties se disputent. En fait, l’Europe accuse le PIS, parti nationaliste et conservateur, de mener des réformes législatives qui menacent les libertés fondamentales, la démocratie et l’état de droit. On parle de plusieurs mesures très controversées contre la liberté de la presse ou les droits des personnes LGBT. Par exemple, la Pologne est très en retard en matière de droit à l’IVG, ou de définition du féminicide.

En juillet, ce sont les “zones sans idéologie LGBT” qui faisaient polémique. En réponse, la cour de justice européenne multiplie les arrêts défavorables à Varsovie, mais ne parvient pas vraiment à faire peur. Il est désormais temps.

Julia Vanderborght

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